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Photographe des droits humains et de l'exil

Liviane Urquiza's picture

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Matthieu Alexandre dévoile en images des situations d'exil et de non-respect des droits humains. En 2010, son reportage sur des Irakiens réfugiés en Syrie et au Liban a reçu le 1er Prix du reportage Ars-Imago à Rome et a été exposé en Italie, en Suisse, aux USA et au Canada. Matthieu a accepté de nous raconter son itinéraire et les motivations qui l'ont poussé à devenir un photographe engagé. ...

La photographie : une vocation qui se révèle suite à un voyage scolaire

La passion de la photographie m'a gagné très tôt, à l'âge de 14 ans lors d'un voyage scolaire en Grèce. Ma mère m'avait donné un petit appareil-photo un peu vieillot. Comparé aux beaux appareils modernes des autres élèves de ma classe, je trouvais mon appareil ridicule. Je n'ai pas osé le sortir de ma poche et j'ai répondu à mes copains de classe que « Non, je n'ai pas d'appareil photo ! ». De fait, j'ai poursuivie mes 15 jours de voyage sans prendre une seule photo

De retour à Paris, je trouvai ma réaction stupide et pour que cela ne se reproduise pas, je me suis documenté pour trouver un appareil qui me convienne, afin de ne plus jamais "manquer" une photo. De là est née ma passion de la photographie. Depuis lors je ne me suis plus jamais déplacé sans un appareil-photo.

L'ethnologie : étudier les cultures et les rites pour mieux comprendre les hommes

Gamin j'étais passionné par les habitants du Grand Nord, ceux que l'on nomme vulgairement les Eskimos (terme péjoratif de langue algonquine qui signifie "mangeurs de viande crue"), eux-mêmes se définissent comme des Inuits, des "hommes vivants". J'ai donc plongé dans les récits de Pol-Emile Victor et plus tard de Claude Lévi-Strauss. L'ethnologie s'est alors imposée comme un choix évident pour poursuivre mes études après le baccalauréat.

À l'université, j'ai commencé par deux années de sociologie. Pour mes premières études de terrain, je me suis intéressé aux SDF (personnes sans domicile fixe) qui vendaient des journaux dans la rue pour gagner leur vie. Cela m'a permis de découvrir les foyers Emmaüs fondés par l'abbé Pierre. J'ai décidé d'y séjourner quelques mois dans le cadre de ma 3ème année universitaire, en Ethnologie.

Cette étude s'est rapidement transformée en reportage-photo qui s'est retrouvé présenté à l'Hôtel de Ville de Mantes-la-Jolie, chef lieu du département où je réalisais mon reportage. Lors du vernissage de l'exposition j'ai rencontré des responsables d'Emmaüs, puis j'ai eu la chance de rencontrer l'abbé Pierre, mes photos ont alors été diffusées par une grande agence de presse, Sygma (à l'époque).

Et c'est ainsi que j'ai commencé un tour du monde des communautés Emmaüs pour l'agence Sygma. Une aventure humaine qui a duré 10 ans (1997-2007).

Les voyages et la thématique de l'exil

J'ai parallèlement commencé à partir en reportage pour différentes ONG et j'ai pris conscience de la problématique de l'exil à laquelle j'ai décidé de me consacrer pendant 8 ans (2002-2010).

Alors que je rencontrais tous ces hommes et ces femmes qui se battaient pour survivre, les questions de l'égalité en droits, de la liberté d'expression et de déplacement se sont rapidement imposées à moi. J'ai décidé de faire du reportage mon métier, car le journalisme permet de témoigner de manière engagée, tandis que l'ethnologie exigeait une objectivité à laquelle je me refusais.

Le pouvoir de la photographie

Nous vivons dans un monde où l'image prend une place de plus en plus importante. Je crois sincèrement que la photographie permet de toucher les consciences. Pour le spectateur, c'est déjà un engagement de regarder un portait, un paysage sous forme de photographie, car pour le décrypter ou lui donner un sens cela demande de prendre du temps et de l'engagement, on doit devenir un lecteur actif (contrairement à la vidéo ou à la télévision qui permettent de rester passif).

J'aime en outre l'aspect symbolique du langage de la photographie, qui ne nécessite pas de traduction et qui peut même se passer de légende. La photographie est un langage quasiment universel. Quoi de mieux pour éveiller les consciences ? Cela suffit-il pour réussir à changer le monde ? En tout cas, la photographie témoigne de ce changement.

Être photographe

Je ne considère pas être un artiste. Je suis journaliste de profession, photographe de métier.

Mon travail consiste à recueillir des témoignages et à les transmettre à un public. Il se trouve que la photographie est une technique visuelle qui implique des choix de cadrage et d'exposition. Je tente de maîtriser et d'utiliser cette technique au mieux afin de faire passer dans une image l'information telle que je l'ai vécue.

L'information passe aussi par l'émotion. Si certaines de mes photographies sont jugées comme "artistiques", alors tant mieux, c'est qu'elles suscitent une émotion.

Citoyen engagé !

Les reportages que j'ai réalisé pour différentes organisations humanitaires participent directement à la communication de ces associations et donc à la sensibilisation des thématiques que ces dernières tentent de mettre en avant. Pour ma part, je considère que l'éducation est la base fondamentale pour l'émancipation des esprits et par conséquent pour une plus grande égalité dans les Droits. Étudiant, j'ai monté une petite association Enfants du Népal et ensemble, avec une équipe népalaise, nous avons construit et parrainé une école au Népal.

Si je devais donner un conseil aux jeunes photo-reporters en devenir, je leur dirais que l'essentiel dans ce métier, c'est de témoigner de sujets qui nous touchent... mais aussi de bien se documenter ! Et pour cause, la forme sans le fond n'apporte rien. Je leur conseillerais aussi d'investir dans de bonnes chaussures, car ils en auront besoin !

La photo qui exprime le mieux l'espoir et la foi en l'avenir

Peut-être le Pêcheur de soleil (ci-dessus), une photo que j'ai prise au Népal en 1998. Parce que cette image invite à cultiver une certaine utopie et donc à nourrir un espoir. Pour citer Théodore Monod : « L'utopie, ce n'est pas l'irréalisable, c'est l'irréalisé ».

Pour en savoir plus : Matthieualexandre.net