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Un monde de migrants

Liviane Urquiza's picture

Jeunes, migration et développement
Photo: Bucarest, Roumanie. © Flore de Préneuf/Banque mondiale

Si les migrants étaient citoyens d'un seul et même pays, ce serait le 5ème le plus peuplé du monde.

D'après l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), trois personne sur cent vivent dans un pays différent de celui où elles sont nées.

Je suis française et comme beaucoup de familles en Europe, la mienne est un mélange de langues et de cultures. Depuis toute petite, j'ai toujours été fière de dire que j'étais franco-espagnole. Je me souviens qu'à l'école, lorsqu'on me demandait où j'étais née, je préférais dire d'où je venais et je répondais que je venais de Grenada, en Espagne, la ville où mon père est née.

J'étais fascinée par les voyages et l'exil. Pourtant, il m'a fallu des années pour réaliser qu'on quittait rarement son pays par choix, et beaucoup plus souvent par nécessité. 

Ce n'est pas parce qu'on est enfant d'immigré que l'on sait ce que c'est de devenir à la fois l'émigré, celui qui part, qui laisse derrière lui tout ce qu'il connait, et l'immigré, celui qui arrive et doit apprendre à trouver sa place. C'est grâce à des rencontres que j'ai commencé à comprendre à quel point l'enfance de mon père a dû être différente de la mienne. 

Les premiers pas d'un jeune immigré

Salah était Irakien. J'avais 12 ans lorsque je l'ai rencontré. Il est arrivé dans la classe au milieu de l'année. Je me souviens que son nom était compliqué, il comptait trois ou quatre particules, personne n'arrivait à le prononcer. Et puis, très vite, on n'a gardé que les deux premières syllabes de son prénom et c'est ainsi que celui qu'on appelait "le Nouveau" est devenu "Salah". 

Je crois qu'on sentait tous que Salah avait dû vivre des choses difficiles. Peut-être parce qu'il ne parlait pas beaucoup. C'est vrai que le français n'était pas sa langue maternelle. Pourtant, je crois que la vraie raison de son silence c'est qu'il ne se sentait pas à sa place. Du coup, il avait trop peur de faire des erreurs. Cela n'a pas duré, avant la fin de l'année il avait rejoint le groupe des garçons "cool" de la cour.

Ce n'est que des années plus tard, quand nous étions devenus des amis proches, qu'il m'a raconté des bribes de souvenirs ici et là, jamais rien de très consistant... comme si c'était tout ce qui restait de son enfance, des petits morceaux éparpillés.

Partir avec une mission à accomplir

Plus tard, lorsque j'étais étudiante à l'université, j'ai rencontré Ndiaya, un étudiant sénégalais. 

Ndiaya n'avait pas de revenu fixe. Néanmoins, grâce à quelques aides locales  et aux petits boulots "au noir" qu'il trouvait avec l'aide de la diaspora locale, il parvenait à mettre un peu d'argent de côté, pour l'envoyer "au pays".

Ndiaya espérait pouvoir retourner au Sénégal et aider sa famille à améliorer ses conditions de vie. Mais il n'était pas optimiste, car pour aider sa famille ce qu'il fallait c'était gagner de l'argent, et pour cela il devrait sans doute rester en France ou même partir au Canada. S'il rentrait trop tôt au Sénégal, tous ses efforts seraient vains.

Tenter le tout pour le tout

Les migrants partent avec l'espoir de trouver de meilleures conditions de vie même s'ils courent le risque de voir leur situation devenir encore plus précaire.

Selon l'OIT (Organisation internationale du travail) les travailleurs migrants et leurs familles représentent 90% du total des immigrés. On émigre et on part étudier à l'étranger dans le but de trouver un travail, pour subvenir au besoin de sa famille, financer l'éducation des enfants, bâtir un patrimoine pour s'assurer qu'ils ne replongent pas dans la pauvreté du jour au lendemain. 

Si je considère ces chiffres à mon échelle, j'observe qu'aujourd'hui, plus de la moitié de mes amis sont des migrants, parfois par choix, souvent par nécessité. Beaucoup considérent qu'ils ont déjà  ou sont sur le point de  réussir leur vie.

Je peux comprendre que des millions de gens continuent de tenter leur chance chaque année, malgré le risque... Et il me semble que si le monde des migrants était un pays, sa plus grande richesse nationale brute serait certainement le courage. C'est sans doute pour cette raison que l'ONU a souhaité leur rendre hommage en déclarant que le 18 décembre de chaque année serait la Journée mondiale des migrants.

Pour en savoir plus consultez le site de l'Organisation internationale pour les migrations et découvrez quels sont les principaux mouvements migratoires dans votre pays grâce à cette carte interactive

Commentaires

Soumis par mohamed djigo le
J’ajouterai juste que la migration peut être bénéfique aussi bien pays d'origine que pour le pays d'accueil des migrants. Certains migrants contribuent de façon significative au développement de leur pays à travers les initiatives qu'ils mettent en œuvre dans leur village d'origine.
J'ai vu une association de mauritanien très active basé en France qui à contribué à l'amélioration des conditions de vie des enfants d'un village en Mauritanie (Tekane) a travers la construction d'une médiathèque

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