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Témoignage : Juan Pablo et l'aide aux populations après un conflit

Andrea Alarcon's picture

Carrière dans le développement - témoignage C’est à Washington (États-Unis), en plein hiver, que nous retrouvons Juan Pablo Castro. Un contraste déroutant lorsqu'on sait que quelques jours auparavant, il se trouvait dans un environnement chaud et humide, dans la cacophonie si typique des villes des pays en développement, en Afrique.

Juan Pablo avoue qu’il souffre encore du décalage. En comparaison, la ville de Washington lui parait glaciale, dans tous les sens du terme : le climat, les gens, l’allure des rues et des bâtiments en béton...

« Pour être honnête, après avoir passé un peu de temps à Washington, je dois dire que je m'ennuie... » explique ce jeune Colombien de 25 ans dont le visage, couvert de piercings, laisse entrevoir l'intelligence et la détermination « J'ai besoin d’aller là où se trouvent les victimes que je peux aider ».

Il est très jeune et pourtant il est déjà chef de projets humanitaires dans des États fragiles. Quelques jours avant l’interview, Juan Pablo se trouvait à Goma, une ville de la République démocratique du Congo (RDC), où les cicatrices de la guerre civile – qui a pris fin il y a près de dix ans – ne se sont pas encore toutes refermées.

Une guerre ne s’achève pas le jour de la signature d’un traité de paix.

C’est ce qu’affirme Juan Pablo. En RDC, la paix a été proclamée en 2003, avec la création d’un nouveau gouvernement, après ce qui fut l’un des conflits les plus sanglants de l’histoire du continent africain. Aujourd’hui, la paix reste fragile. Les infrastructures ont été détruites et la croissance économique figure parmi les plus faibles du monde. L’ONU indique que 2,3 millions de personnes ont été contraintes de se déplacer à travers le pays, tandis que 320 000 autres vivent dans des camps de réfugiés dans des pays voisins.

Juan Pablo explique que « en réalité, au sortir d’un conflit, les problèmes auxquels un pays doit faire face sont très nombreux ».

Selon la Banque mondiale « la fragilité et le conflit vont de pair dans de nombreux pays, et ils se renforcent mutuellement. Sortir de cet "engrenage de la guerre" s’avère très difficile pour les pays qui ont connu une période de conflit ».

Mais c'est précisément la mission de Juan Pablo, son travail consiste en effet à déverrouiller la situation afin de pouvoir briser cet "engrenage" et remédier à l'instabilité sociale et politique du pays. Pour cela, il faut combattre la corruption – qui a tendance à se développer dans les pays sortant tout juste d’un conflit – et redonner confiance aux populations, pour qu’elles puissent mener une vie productive et pour que la société puisse se concentrer sur le développement.

On ne peut pas toujours compter sur le gouvernement pour aider les organisations internationales, explique Juan Pablo, « on doit parfois attendre une semaine pour obtenir quelque chose qui ne prendrait pas plus d’une heure dans n’importe quel autre pays qui ne sort pas d’un conflit ».

Le manque de coordination est un autre obstacle majeur rencontré par l’aide humanitaire et les ONG. Sans synchronisation, quels que soient les efforts mis en œuvre, ils sont souvent réduits à néants. « Le principal problème, c’est la duplication des efforts […] au final, tout l’argent qui est investi est perdu ».

Le quotidien d'un travailleur humanitaire

Juan Pablo supervise des projets qui doivent permettre aux populations déplacées d’acquérir des compétences qui leur permettront pas exemple d’installer des panneaux solaires, de construire des centres de santé ou de fabriquer des lits en bois. L’un des projets qu’il a dirigés en RDC consistait à bâtir six salles de classe pour une école située dans une région qui vient de sortir d’un conflit. Le matin, Juan Pablo quittait son hôtel situé dans une zone protégée et se dirigeait vers les camps de réfugiés. Il y rencontrait des milliers de personnes démunies, qui avaient tout perdu, leur terre, leur maison et leur emploi. La plupart avaient été forcées de fuir leur communauté à cause des guerres ethniques.

Juan Pablo se concentre sur l'évaluation et la gestion des projets de formation destinés aux victimes déplacées afin de les aider à se réinsérer dans leurs communautés. Selon lui, chaque individu a un rôle fondamental à jouer dans le processus de reconstruction. « C’est la communauté elle-même qui doit travailler à sa propre reconstruction », insiste-t-il, « sinon, les gens n’ont pas le sentiment que leur sort se trouve entre leurs mains et les compétences qu’on leur transmet disparaissent rapidement ».

Cet objectif de renforcer la responsabilité des communautés est un défi particulièrement complexe à relever, car les tensions qui ont fait naître les conflits ethniques au Congo n'ont pas encore été apaisées. Le jeune responsable de projet explique : « on doit s’assurer que les personnes déplacées puissent retourner sur leurs terres et ne pas être marginalisées à nouveau... sinon, tout est à refaire ».

L'argent ne suffit pas

Juan Pablo ajoute qu’il est important d'installer des systèmes de résolution des conflits au niveau local, pour que les citoyens apprennent à résoudre leurs problèmes de manière pacifique sans dépendre uniquement des institutions nationales ou de l'État qui sont encore trop faibles pour gérer toutes les tensions auxquelles le pays est confronté.

C’est pour cette raison que les agences internationales veulent responsabiliser les populations et les aider à traiter les problèmes à la racine. Si, au contraire, elles investissaient leurs efforts uniquement sur l’aide au gouvernement, ce serait comme « mettre un pansement sur une grave hémorragie […] concrètement, dans une situation de post-conflit, tout projet de développement doit commencer par le bas, c’est-à-dire s’adresser directement aux populations ». Lorsque les institutions sont encore instables, monter des projets et mettre de l'argent à la disposition du gouvernement ne suffit pas à établir des progrès durables.

« Le but est d’enseigner aux communautés les connaissances qui leur permettront de continuer à progresser et qu’elles transmettent ce savoir aux prochaines générations ».

Vous aimeriez travailler dans ce domaine ?

Juan Pablo a sa profession dans le sang depuis l’université. Pendant ses études, il a participé à un programme d’aide à la réinsertion des personnes déplacées par le conflit dans son pays natal, la Colombie. Puis il a obtenu son premier emploi chez Management Systems International (MSI), une société spécialisée dans le recrutement d'experts en développement basée à Washington.

Il travaille pour MSI depuis 2009. Il a d’abord été stagiaire puis il a été embauché après avoir obtenu son diplôme d'économie et de sciences politiques à l'Université de Floride (États-Unis). Il a ensuite rapidement gravi les échelons au sein de MSI. Sa première mission a été de retourner en Colombie pour poursuivre le travail qu’il avait commencé pendant son stage auprès des réfugiés.

Par la suite, MSI l'a envoyé en Afrique, où il a travaillé avec des populations déplacées qui parlaient des langues qu’il ne comprenait pas et dont il connaissait très mal la culture.

Lorsqu’il nous parle de son travail – consolider la paix après une période de conflit –, Juan Pablo explique qu’il espère pouvoir bientôt retourner en Afrique et avoue qu’il est devenu « accro aux territoires post-conflits […] c’est le risque du métier ». « Ce n'est pas aussi dangereux que vous pouvez l’imaginer », dit-il. « En tant que travailleurs humanitaires, nous bénéficions d’une sorte d'immunité ». Le rythme de la vie de Juan Pablo exige des sacrifices, comme changer de pays tous les deux mois, et devoir s’adapter aux cultures locales. Par exemple, avant de partir pour la RDC, il a dû abandonner son choix d'être végétarien, car cette  pratique était inadaptée à la culture congolaise.

« Vous ne pouvez pas refuser la nourriture qui vous est offerte », dit-il, « donc vous devez vous adapter. C'est la seule façon d'obtenir la confiance des gens que vous voulez aider ».

La maîtrise de plusieurs langues étrangères est indispensable, explique Juan Pablo. C’est parce qu’il parlait français et qu’il avait déjà travaillé avec des réfugiés qu’il s’est vu confier des missions en Afrique.

« En réalité, mon français est médiocre », dit-il, « mais j'en sais assez pour pouvoir communiquer avec les personnes que je dois aider et c’est ça le plus important ».

Finalement, l’entretien se termine et nous devons laisser Juan Pablo dans le froid de Washington. Il est sans doute déjà occupé à planifier ses missions à venir. Il va devoir patienter avant de pouvoir retourner au Congo car on l’envoie maintenant en Haïti, où il supervisera des travaux de reconstruction (suite au tremblement de terre qui a détruit une grande partie du pays en 2010) pour la société Chemonics.

Crédits photo : Un enfant dans un camp de réfugiés en Republique démocratique du Congo. Par James Martone / Banque mondiale.

Commentaires

Soumis par jonathan le

Je salue pleinement cette initiative, de faire installer des panneaux solaires dans des pays très pauvres ou en conflit. J'ai d'ailleurs lu sur ***url supprimée*** que ce type d'installation était mieux rentabilisé dans ce genre de pays que dans les pays développés.
Bien à vous,
Jonathan

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