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Des interventions urbaines ciblées pour redonner à Kinshasa sa splendeur d’antan

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​Photo aérienne : le quartier de la Gombe vue du Ciel. Photo: Dina Ranarifidy/Banque mondiale


Sur la route menant de l’aéroport de N’djili au centre-ville de Kinshasa, préparez-vous à vivre une expérience urbaine unique : si le chaos ambiant, les embouteillages et les rues surpeuplées ne sont pas sans rappeler d’autres villes africaines, à Kinshasa - Kin comme la surnomment affectueusement les habitants - tout est plus grand, plus rapide et plus bruyant...
 
La capitale de la République démocratique du Congo (RDC) est un festival pour les sens, où les extrêmes semblent coexister en parfaite harmonie : des citadins aisés cohabitent avec ceux luttant pour leur survie quotidienne, des gratte-ciels à l’architecture futuriste côtoient de larges bidonvilles... Bien que la pauvreté soit visiblement frappante, le désir de vivre, le dynamisme des cultures locales et la manifestation vivante des expressions artistiques et culturelles forgent le caractère des Kinois.

La mégapole la plus peuplée d’Afrique d’ici 2030

Avec une population estimée à 12 millions d'habitants en 2016, Kinshasa représente l'agglomération urbaine la plus importante et la plus dynamique d'Afrique centrale. La Revue de l’urbanisation de la République démocratique du Congo, publiée l’année dernière, révèle qu’avec un tel rythme de croissance à 5,1 % par an, Kinshasa pourrait accueillir 30 millions de personnes d’ici 2030, et pourrait devancer le Caire et Lagos au rang des villes les plus peuplées d’Afrique. Cette perspective constitue une opportunité si le pays tire parti des économies d'agglomération potentielles.
 
Scène de vie quotidienne dans une rue à Kinshasa. Photo: Sameh Wahba/Banque mondiale

Des populations confrontées à une exclusion urbaine aux multiples facettes

L’expérience internationale a démontré que, à mesure qu’un pays s’urbanise, les différences de niveaux de vie ont tendance à s’estomper. À Kinshasa, cependant, le manque d’infrastructures, la morphologie particulière de la ville qui l’expose aux inondations et les mauvaises conditions de gestion urbaine contribuent à l’exclusion spatiale, économique et sociale d’une grande partie de la population de la ville.

Exclusion spatiale. À Kinshasa, on estime à seulement 6,4 % la superficie de la ville disposant de quartiers bien aménagés et bien desservis. Sur l’autoroute à huit voies qui relie le centre-ville à l’aéroport, vous trouverez de nombreux quartiers mal desservis à basse altitude, privant les populations de l’accès aux services de base. De surcroît, les lacunes de la réglementation en matière de gestion et de planification du foncier contraignent les plus pauvres à s’installer dans des zones périphériques exposées aux risques d’inondations et d’érosion. Selon la Croix-Rouge, plus de 2 600 ménages ont été affectés par les pluies diluviennes de janvier 2018.

Exclusion sociale. La ségrégation spatiale a également aggravé l'exclusion sociale en milieu urbain. Les opportunités de participer efficacement à la prise de décision locale sont en effet limitées pour les habitants des nombreux quartiers précaires de Kinshasa. Les besoins de ces communautés ne sont pas systématiquement pris en compte dans la planification urbaine et la fourniture de services, les excluant encore davantage de la société.

Exclusion économique. L’accès limité au marché du travail est un facteur déterminant de la pauvreté à Kinshasa. L’insuffisance de l’offre de transports publics et la mauvaise qualité du réseau routier contribuent à exclure une grande partie de la population des activités économiques. À Kinshasa, environ 80 % des déplacements se font à pied et seuls 15 % environ des Kinois empruntent les transports en commun. Cela limite considérablement l'accès aux emplois. Dans le même temps, Kinshasa fait partie des villes les plus chères d’Afrique, avec des prix environ 40 % plus élevés que ceux pratiqués dans des pays ayant un revenu et un taux d’urbanisation similaires. Votre cappuccino de 4 dollars dans un café de Washington vous coûtera au moins deux fois plus cher à Kinshasa !

​Les déchets : triste réalité du quartier précaire de Matete à Kinshasa. Photo: Dina Ranarifidy/Banque mondiale

Par où commencer ?

La Revue de l’urbanisation propose d’utiliser le cadre politique des 3 Is - institutions, infrastructures et interventions - pour aider les villes à tirer parti de leur degré d’urbanisation. Kinshasa, qui se trouve à un stade d’urbanisation avancée, a besoin d’investir dans les trois domaines - des institutions plus solides, davantage d’infrastructures de liaison et des interventions ciblées.

  • Les institutions constituent la base du développement. Le manque de planification, même lorsqu'il existe des ressources pour les investissements dans les infrastructures, constitue la cause première de la formation des bidonvilles, tout comme le manque de systèmes de droits de propriété est une cause d'informalité et de conflit. Il est donc essentiel que Kinshasa renforce ses institutions et systèmes responsables de la planification urbaine et des droits de propriété.
  • Les infrastructures de liaison doivent être renforcées pour que la planification et la fourniture de services reposent sur des bases institutionnelles solides. Rompre le cycle du sous-investissement dans les infrastructures nécessitera un effort considérable en faveur de l’amélioration de la qualité de vie et des infrastructures à Kinshasa. Il est essentiel d’accroître l'accès aux services dans les zones où les emplois sont concentrés, tout en améliorant les services de transport pour élargir le bassin de main-d'œuvre. De même, investir dans des services et des équipements dans des quartiers pauvres et non desservis constitue une des priorités. Cependant, étant donné la capacité d'investissement limitée, l’enjeu consistera à séquencer ces investissements et à les coordonner efficacement entre les secteurs et dans l'espace.
  • Enfin, Kinshasa aura besoin d’investissements et interventions spatialement ciblées sur des zones prioritaires. Des zones centrales bien équipées et dotées d'infrastructures postindustrielles, par exemple, seraient des emplacements idéals pour des centres de création d'emplois et des logements.

Kinshasa se trouve à la croisée des chemins. Les décisions prises aujourd'hui guideront la trajectoire de la ville pour les décennies à venir. Si les institutions en charge de la planification urbaine ne se développent pas et que les investissements dans les infrastructures restent limités, Kinshasa pourrait malheureusement se voir attribuer le triste trophée du plus grand bidonville du monde d'ici 2030. En revanche, si le renforcement institutionnel s’accompagne d’investissements dans les infrastructures, Kinshasa pourrait redevenir la ville africaine prospère qu’elle fut autrefois et devenir une agglomération urbaine dynamique qui fait la fierté des Kinois. L’élégance flamboyante des Sapeurs épouserait alors parfaitement la prospérité et le dynamisme de Kin la Belle.
 

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