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La corruption n’est pas inscrite dans les gènes culturels

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World Bank  l Arne Hoel 2011

Le président Mikhail Saakashvili s’est récemment adressé à une salle comble à l’occasion de la parution d’un ouvrage intitulé Fighting Corruption in Public Services. Ce petit ouvrage, qui propose une étude de cas des réformes menées en Géorgie, est une sorte de vade-mecum de la lutte contre la corruption que tous les responsables publics fraîchement aux commandes et soucieux de reformater le système devraient lire. À l’époque de la révolution des roses, la Géorgie était connue pour être l’une des nations les plus corrompues de l’ex-Union soviétique, et l’une des plus touchées par la criminalité. Les policiers se comportaient en voyous et, au lieu de protéger les citoyens, les harcelaient pour des pots-de-vin ; la ville de Tbilissi étaient aux mains de groupes de criminels organisés dont les mallettes pleines de billets servaient à acheter des sociétés, des appartements de luxe et des Mercedes noires. Puis, contre toute attente, la Géorgie est parvenue, en quelques années seulement, à réduire la corruption considérablement. 

En 2002, avant la révolution, la Géorgie se situait au 83e rang dans l’indice de perception de la corruption établi par Transparency International, juste après le Venezuela et bien au-dessous de nombreux pays d’Afrique du Nord. En 2011, la voilà au 35e rang, devançant très nettement tous les pays d’Afrique du Nord. La Géorgie occupe désormais la deuxième place parmi les pays d’Europe centrale et orientale.

Comment la Géorgie est-elle parvenue à un tel résultat ?

Trois enseignements s’imposent.

Montrer une volonté politique et des avancées rapides. Le parti s’était donné pour slogan "La Géorgie sans corruption". Au lendemain des élections, des responsables publics et des criminels furent arrêtés. Partout sur les autoroutes, des panneaux donnaient le numéro de téléphone à appeler pour dénoncer des faits de corruption.

Changer d’environnement. Les autorités ont congédié l’intégralité des forces de police (ce qui s’est d’ailleurs traduit par une baisse des crimes et des accidents !) et formé de nouveaux effectifs. Aux ministères, on appela des jeunes gens instruits, dynamiques et mobilisés pour le changement. L’aide extérieure fut utilisée pour offrir aux fonctionnaires des salaires décents et des primes.

Dégraisser l’État en promouvant la transparence et la responsabilisation. Les autorités géorgiennes simplifièrent les réglementations, contribuant ainsi à limiter les occasions de corruption et les incitations à la prévarication. Poussant la transparence à un extrême inédit, elles sont allées jusqu’à entourer de vitres le ministère de l’intérieur et les commissariats ! Faisant un usage effectif des technologies, elles s’en sont servies pour limiter les contacts entre fonctionnaires et citoyens, et pour mettre en place les dispositifs de contrôle nécessaires à la responsabilisation.

L'importance du beau !

Pour réussir, il faut prendre des risques et il faut aussi, bien sûr, une petite dose de chance. Le président de la Géorgie a par ailleurs mis en avant l’importance du beau dans la vie quotidienne : de beaux bâtiments publics, de beaux jardins publics, de belles écoles, de beaux hôpitaux… Il peut sembler incongru de parler esthétique dans le contexte d’une réforme. Et pourtant, le fait de renouveler et d’améliorer le paysage induit chez les gens une autre manière de voir, ainsi que des desseins et des comportements différents. Cela contribue à nourrir l’espoir d’un avenir meilleur chez les citoyens et à forger leur confiance dans un État prestataire de services.

L’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement géorgien dans le sillage immédiat de la révolution lui a offert une occasion unique d’entreprendre des réformes majeures car il bénéficiait du soutien massif de la population en faveur du changement. Cette expérience livre des enseignements importants aux nouveaux gouvernements en place en Égypte, en Tunisie et en Libye. La réussite de la Géorgie prouve que la corruption n’est pas inscrite dans les gènes culturels. La corruption est une réaction à la mauvaise gouvernance.  

À la question "Avec le recul, qu’auriez-vous différemment ?", M. Saakashvili répond : faire moins de compromis et avancer plus rapidement.