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Construire pour la croissance, pas pour une élite

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Infrastructure et développementLa presse a largement relayé la découverte d’un véritable labyrinthe de souterrains climatisés sous le complexe de Kadhafi. Avant sa chute, Saddam Hussein s’était fait construire près de 80 palais dont il avait fait graver de ses initiales tous les murs, les colonnes et les plafonds. De telles démesures ne sont évidemment pas l’apanage de la région : la Maison de la République de Ceausescu reste le deuxième plus grand bâtiment du monde, avec son bon millier de pièces et ses quelque 500 chandeliers en cristal....

Ces extravagances mettent en lumière pourquoi, en l’absence d’une bonne gouvernance, les investissements d’infrastructure ont rarement de bonnes retombées sur la croissance. Faute de transparence et de responsabilité publique, des dépenses discutables se font en toute impunité.

Notre prochain rapport sur les perspectives économiques dans la région souligne ce problème, surtout dans les pays en développement exportateurs de pétrole comme la Libye, la Syrie et le Yémen. Des données empiriques confirment l’existence d’une relation positive significative entre l’augmentation de l’investissement public et la croissance du revenu dans les pays qui respectent (plus que la médiane) les règles de l’État de droit, cette corrélation s’amenuisant dans les pays avec un faible niveau de gouvernance.

Quand un pays est bien gouverné, les investissements publics tendent à amplifier les investissements privés car ils fournissent les réseaux énergétiques, routiers, logistiques et de communication dont les entreprises ont besoin pour produire.

Dans le cas inverse, les investissements publics auront tendance à évincer les investissements du secteur privé en captant des ressources que ce dernier aurait pu utiliser. En effet, lorsque l’État procède à des investissements massifs, cela augmente le coût des ressources pour le secteur privé, ce qui est particulièrement vrai lorsque l’État emprunte abondamment et que les dépenses publiques font grimper les taux d’intérêt.

En outre, en cas de mauvaise gouvernance, l’investissement public ne risque pas de doper la croissance puisqu’il est consacré à des actifs non productifs qui ne profitent qu’à des groupes d’intérêt particuliers — rappelez-vous les souterrains de Kadhafi et les palais de Saddam Hussein... Quand l’État n’est pas tenu de rendre des comptes, l’investissement public risque aussi d’engendrer une recherche de rente abusive et stérile, chacun rivalisant pour obtenir des contrats lucratifs.

En définitive, les recherches confirment que les investissements publics ne peuvent pas remplacer les investissements privés, surtout lorsque la gouvernance est médiocre. L’inverse est également vrai : les agents privés rechignent à investir dans des pays où les règles de l’État de droit sont mal respectées car ils ne peuvent pas compter sur des droits de propriété bien établis et sont exposés à des coûts de ressources aléatoires.

Pour relancer les investissements à des niveaux supérieurs à ceux d’avant le printemps arabe, il faut prendre rapidement le chemin de la transparence et de la responsabilité publique. L’histoire montre que les pays en transition économique qui, très tôt, ont manifesté leur désir d’améliorer la gouvernance ont vu les capitaux affluer. Et les pays qui respectent davantage les règles de l’État de droit sont nettement plus attractifs aux yeux des multinationales.

La gouvernance, c’est donner voix au chapitre à la population, mais il s’agit aussi d’empêcher que les ressources ne soient affectées à de mauvaises fins.

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