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On trouve de tout sur la route de Djibouti à Addis-Abeba: des semi-remorques, des camions-citernes, des dromadaires et du sel...

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Ce billet a été co-écrit par Vincent Vesin and Graham Smith.

Nous avons parcouru en voiture la route nationale qui relie le port de Djibouti à la frontière éthiopienne, soit quelque 220 kilomètres de désert. Notre but : nous faire une idée plus précise du transport de marchandises entre les deux pays. L’activité de Djibouti réside essentiellement dans son port de haute mer, autour duquel sa capitale s’est développée au fil des siècles. C’est le port le mieux équipé et le plus proche d’Addis-Abeba, la capitale de l’Éthiopie, qui n’a pas de littoral. L’Éthiopie compte entre 85 et 90 millions d’habitants, soit plus qu’aucun pays d’Europe, tandis que Djibouti n’atteint pas le million. Quasiment tous ses habitants vivent dans la ville portuaire.

L’Éthiopie, pour la majorité de ses importations, dépend fortement de la route montagneuse qui relie Djibouti à Addis-Abeba. Le transport des marchandises par camion entre le port et Addis-Abeba génère une énorme activité, dominée par de grandes entreprises de camionnage éthiopiennes. Ce que nous avons vu au cours de notre voyage vaut toutes les explications. Sur l’étroite route goudronnée, dont une partie a été rénovée il y a quelques années grâce à un prêt de la Banque mondiale et à un autre de l’Union européenne, nous avons dû slalomer entre les dizaines de camions-citernes d’hydrocarbures, les convois de semi-remorques acheminant des conteneurs, les transporteurs de voitures d’occasion et autres camions chargés jusqu’à ras bord de tout ce qui est nécessaire pour approvisionner 90 millions de personnes (en plus, bien sûr, de ce qu’elles font produisent localement). 

Et le train ? Cela ne serait-il pas plus efficace ? En fait, il y avait bien une ligne de chemin de fer, entre 1917 et 2009, mais l’usure, les dégâts subis durant la guerre civile et la mauvaise gestion ont en eu raison. Quant à savoir si cela vaut la peine de la réhabiliter ou d’en construire une nouvelle, là est la question.

En trois heures de trajet jusqu’à la frontière (et autant pour le retour), nous n’avons rencontré qu’une seule ville, et quelques très petits villages. Et, dans l’intervalle, nous nous sommes émerveillés de la capacité des nomades à tirer de quoi vivre de l’élevage de chèvres et de dromadaires dans le désert. Les nomades vivent dans des tentes qu’ils fabriquent en cousant ensemble des feuilles de palmier séchées. Ils tirent de l’eau de quelques puits très épars situés dans le lit de ruisseaux asséchés ou à proximité, qu’ils complètent grâce à de rares points d’approvisionnement municipaux, le long de la route, où ils remplissent leurs bidons en plastique aux camions-citernes. Nous avons aussi vu une caravane de dromadaires portant de gros sacs, probablement du sel, que les nomades récoltent dans le désert et vendent en ville : une image intemporelle, aussi intemporelle que le transport et le commerce dans cette région du monde.  Quelles que soient les améliorations qui pourraient être apportées à cet environnement, il faudrait le faire en gardant à l’esprit qu’il ne s’agit pas seulement d’une route ou d’un chemin de fer.

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