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Apprentissage des langues : comment renforcer la résilience des réfugiés syriens et des communautés d’accueil

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Syrian refugee children in the Ketermaya refugee camp
Aujourd’hui, 400,000 enfants syriens d’âge scolaire vivant en Jordanie et au Liban ne sont pas scolarisés. Pire encore en Turquie, où, selon les estimations du HCR, 433 000 réfugiés d’âge scolaire ne vont pas à l’école. Et l’on compte plus de 27 000 enfants non scolarisés dans la région du Kurdistan d’Iraq.

En mars dernier, la société d’études internationale Ipsos a mené une enquête auprès de 2 200 familles de réfugiés en Jordanie et au Liban. Dans l’incapacité de trouver un emploi régulier, 9 familles sur 10 sont tributaires d’une forme d’assistance. La plupart des réfugiés ne vivent pas dans des camps, mais dans des logements privés et consacrent une grande part de leur argent à l’alimentation et au loyer. 79% des personnes interrogées valorisent l’éducation. En revanche, la faible qualité de l’enseignement et les barrières physiques, sociales et économiques entravent les efforts des réfugiés pour envoyer leurs enfants à l’école et les y maintenir.

Il n’existe pas de solutions faciles. Néanmoins, le British Council estime que l’expérience établie de longue date au Moyen-Orient lui permet d’améliorer la qualité de l’enseignement des langues dans les pays voisins de la Syrie. Aider les professeurs, les directeurs d’école, les responsables de l’éducation et les enfants permettra à ces derniers d’acquérir les compétences nécessaires pour reprendre leur avenir en main et avancer dans leur vie.

Nous savons que cette méthode est efficace. Dans le camp de Zaatari, en Jordanie, nous avons établi un partenariat avec Relief International afin de former les professeurs d’anglais. Avoir des compétences en langues étrangères constitue un atout pour les élèves syriens qui obtiennent plus facilement des bourses d’études universitaires et des emplois au sein d’organisations internationales.

L’acquisition d’une deuxième langue offre aussi aux jeunes élèves des possibilités de formation professionnelle offrant de véritables débouchés. Le sondage Ipsos a révélé que seulement 23% des Syriens en Jordanie et au Liban travaillent, et que plus de la moitié d’entre eux occupent des emplois temporaires peu rémunérés.

Dès que leur est donnée l’opportunité de travailler ou d’étudier, les réfugiés peuvent commencer à gagner de l’argent pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles, ce qui augmente leur capacité de résistance. En outre, leur mode de vie s’améliore et ils acquièrent davantage d’assurance sur le plan de l’expression personnelle.

Par ailleurs, le sondage Ipsos a établi que 77% des Syriens interrogés se disent extrêmement frustrés de devoir recommencer à zéro dans un nouveau pays, et que seul 1 réfugié sur 10 pratique une activité de loisir. Un tel isolement aggrave le ressentiment et empêche l’intégration, mais l’apprentissage d’une nouvelle langue offre de nouvelles opportunités sociales.

A l’école, l’apprentissage d’une nouvelle langue donne aux élèves un moyen d’exprimer leurs sentiments de perte, d’angoisse et de désespoir. La plupart des familles qui ont fui la Syrie ont vécu des événements traumatiques. Les recherches ont montré que permettre aux enfants d’exprimer ce vécu dans une langue neutre les aide à faire face aux émotions refoulées et, de ce fait, à développer leur capacité de résistance.

D’importants changements ont aussi concerné les professeurs. Le British Council coopère activement avec les responsables de l’enseignement en Jordanie et au Liban, où les écoles publiques ont été submergées par le nombre de réfugiés. Beaucoup d’entre elles ont dû avoir recours à un système de double vacation - le matin est consacré aux enfants locaux et aux élèves syriens établis dans ces deux pays ; les enfants syriens arrivés récemment sont accueillis l’après-midi.

L’intégration de ces élèves est un défi majeur et c’est pour cette raison que nous avons conçu un cours de perfectionnement professionnel qui offre aux enseignants et aux inspecteurs scolaires des méthodes éducatives nouvelles et créatives.
Notre philosophie est de motiver les élèves syriens et de leur faire intégrer le plus rapidement possible le système d’enseignement général. Jusqu’à présent, ce programme de formation a touché 128 000 élèves dans les deux pays.

Quelle langue doivent-ils apprendre alors ? Évidemment, nous sommes spécialisés dans l’apprentissage de l’anglais - le British Council est le plus grand fournisseur de formation en langue anglaise dans le monde entier.

Toutefois, au Liban, nous travaillons aussi en français, en partenariat avec l’Institut Français du Liban, et nous continuerons d’apporter notre soutien aux autres enseignants et d’inclure d’autres langues de la région MENA afin de favoriser le développement des compétences.

Une dernière statistique du sondage Ipsos – si la guerre prenait fin, 85% des personnes interrogées ont dit vouloir retourner dans leur pays dans un délai de six mois. La grande majorité des Syriens ne veulent pas rester dans d’autres pays. Ils éprouvent une vive nostalgie de leur patrie. Nous pensons que l’acquisition de compétences linguistiques aidera les réfugiés à se libérer de la dépendance et de l’impuissance en acquérant une véritable résilience.

En disposant d’une meilleure capacité à communiquer, cette « génération perdue » aura une chance de progresser vers un avenir d’espoir et d’opportunités.

Le nouveau rapport du British Council intitulé « La langue pour renforcer la résilience » examine l’impact de la langue sur les réfugiés et les communautés d’accueil affectées par la crise syrienne. Pour en savoir plus et télécharger le rapport, cliquez ici.

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