Syndicate content

Au Yémen, la corvée d’eau tue des enfants

Farouk Al-Kamali's picture
Cette page en : العربية | English
Oleg Znamenskiy l Shutterstock.com
Théâtre d’une guerre dévastatrice depuis l’an dernier, le Yémen pâtit également d’une crise de l’eau alarmante qui menace d’assoiffer la population et fait peser sur le pays, déjà miné par les conflits et les crises, la menace supplémentaire et toujours plus grande de l’insécurité hydrique. Avant la guerre, le Yémen figurait déjà parmi les pays les plus exposés aux pénuries d’eau ; les experts avaient tiré la sonnette d’alarme sur l’épuisement des nappes phréatiques dès 2017. La situation s’est largement détériorée depuis la guerre : parallèlement à l’instabilité du pays, à la vacance du pouvoir et à l’expansion du conflit armé, les pompages sauvages des nappes phréatiques se sont multipliés et les régies de l’eau se sont effondrées.
 
Un haut fonctionnaire du ministère yéménite de l’Eau souligne que le gouvernement avait adopté une loi pour l’interdiction de forages non autorisés de puits de surface, et que son application était assurée par les services de sécurité et les conseils locaux, chargés de la délivrance des permis de forage. Toutefois, les troubles qui agitent le pays depuis plus d’un an ont semé le chaos, et beaucoup de puits de surface ont été forés dans de nombreuses régions du pays.
 
La ville de Ta’izz au sud du Yémen, où l’eau n’était acheminée chez les habitants que tous les 40 jours, est l’une des zones les plus touchées. Avec le conflit, la situation est de plus en plus éprouvante : l’opérateur public, responsable de la distribution en eau des foyers par pompage, a cessé toute activité lorsque la guerre a éclaté. Des centaines de jeunes enfants sont aujourd’hui réduits à aller chercher de l’eau dehors, en dépit des combats qui font rage. Munis de jerrycans, ils vont s’approvisionner auprès des mosquées voisines ou des tonneaux « d’eau de rue » mis à disposition dans les quartiers par des organisations caritatives et civiles. De nombreux enfants ont été tués ou blessés sur le chemin de la corvée d’eau.
 
Mira Hazzam, une fillette de huit ans, explique : « Comme les écoles sont fermées, ma mère m’envoie chercher de l’eau à la mosquée du quartier ou dans les tonneaux qui sont dans la rue. J’y vais cinq fois le matin et deux fois l’après-midi, parfois avec ma mère et parfois seule. La mosquée a des robinets à l’extérieur, ce qui permet de ravitailler tout le monde en eau. Quand on a entendu dire que des enfants avaient été tués en allant chercher de l’eau, ma mère m’a interdit de sortir pendant deux jours, et puis elle m’a demandé d’y retourner parce qu’il n’y avait plus d’eau pour boire ou laver le linge. »
 
Comme le relèvent les organisations internationales, Ta’izz souffre d’une grave crise de l’eau qui s’enlise toujours plus du fait des combats qui font rage dans la ville.
 
Un rapport de la Coalition pour l’aide humanitaire indique que 100 % des habitants de Ta’izz sont privés d’eau et d’électricité et que l’approvisionnement d’urgence en eau potable concerne 1,6 million de personnes. D’après les associations locales, le prix de l’eau acheminée par camion-citerne a triplé et quatre à cinq jours sont nécessaires pour ravitailler toute la ville. Ce document ajoute également que les habitants sont tributaires de l’aide humanitaire pour l’approvisionnement d’eau potable, un service assuré par des organisations locales et internationales qui distribuent l’eau dans les quartiers au moyen de camions-citernes.
 
L’ONG Generations Without Qat a déclaré avoir procédé à la mi-mars à la deuxième phase d’un projet de distribution d’eau potable en faveur de la population de Ta’izz. Cette initiative prévoit la livraison quotidienne de 99 000 litres d’eau potable dans 33 zones, à raison de 3 000 litres par zone, sur une période de quatre mois. Toutefois, la crise de l’eau ne se limite pas à la ville de Ta’izz : plusieurs régions du pays connaissent des pénuries d’eau (qu’elle soit destinée à la consommation, à l’agriculture ou à d’autres usages), et la crise s’est aggravée avec la guerre destructrice qui sévit depuis mars 2015.
 
Les ressources hydriques du Yémen sont parmi les plus basses au monde : le volume d’eau disponible par habitant est de 120 mètres cubes par an, contre 7 500 m3 dans le monde et 1 250 m3 en moyenne dans les pays d’Afrique et du Moyen-Orient.

Vos questions et commentaires (soumis à modération)