Après avoir été confronté à une série de chocs climatiques et de sécheresses entre 2018 et 2023 et mené de multiples dialogues avec ses partenaires internationaux, le Maroc a placé le changement climatique au cœur de son programme de politiques publiques. Les exportations de cultures de rente, la production d'énergie hydroélectrique et la disponibilité en eau potable ont considérablement affecté la croissance économique et les recettes nationales. Le ministère de l'Économie et des Finances (MEF) a donc donné la priorité à l'adoption d'une approche « pangouvernementale » forte en matière de politique climatique, soutenue par le Groupe de la Banque mondiale à travers un Projet Climat axé sur les résultats et une assistance technique (AT) financée par la Facilité de soutien au climat. Le Maroc s’est hissé à la 6ème place de l’Indice de performance climatique 2026, aux côtés du Danemark, du Royaume-Uni et du Chili, et loin devant ses pairs. Il a également adopté la nouvelle stratégie « Génération verte » afin de libérer le potentiel de création d’emplois tout au long des chaînes de valeur agricoles.
Au Maroc, le changement climatique a un impact croissant sur l'emploi, en particulier dans les zones rurales. Selon le rapport du Groupe de la Banque mondiale sur le climat et le développement (CCDR), les populations les plus pauvres sont particulièrement vulnérables aux sécheresses et à la pénurie d'eau, puisque 79 % des personnes en situation de pauvreté vivent en milieu rural. Le secteur agricole emploie près de 30 % de la main-d'œuvre nationale et plus de 80 % de la population rurale. Les moyens de subsistance en milieu rural sont intrinsèquement liés à l'agriculture ; la grande majorité de la population dépend des précipitations pour ses revenus et son alimentation.
Compte tenu des sécheresses fréquentes et du stress hydrique structurel attendus dans les années à venir, les opportunités d'emploi en milieu rural diminueront au cours des prochaines décennies si l'adaptation au changement climatique n'est pas considérée comme une priorité.
La transition vers les énergies propres est un autre élément clé du programme climatique du Maroc, pour sa croissance et la création d’emplois. Une telle transition entraînerait une création nette d’emplois à grande échelle, les investissements prévus jusqu’en 2030 pouvant générer environ 28 000 emplois nets par an dans l’ensemble de l’économie, soit environ 9 % du déficit annuel de 300 000 emplois actuellement estimé au Maroc. Cette transition est absolument nécessaire pour garantir l'accès au marché de l'Union européenne (UE) et maintenir la forte compétitivité du Maroc, compte tenu du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l'UE, qui exige une faible empreinte carbone des industries exportatrices.
Mais malgré les progrès, les engagements internationaux et deux décennies de réformes soutenues et d’investissements publics, les efforts en matière de politique climatique restent limités par rapport aux défis à relever. Le Maroc a été l’un des premiers pays à soumettre ses CDN (contributions déterminées au niveau national à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) en 2016. Certaines initiatives phares ont également été mises en œuvre, telles que l'hydroélectricité, les énergies renouvelables à grande échelle, l'irrigation par goutte-à-goutte et la gestion des risques de catastrophe (CCDR 2022). Cependant, la mise en œuvre des politiques reste entravée par des défis tels que la collaboration limitée entre les institutions, la contestabilité et l'innovation (Rapport sur le développement mondial 2024, traitant du piège des pays à revenu intermédiaire). Ainsi, la mise en œuvre des politiques n'a pas encore pleinement atteint le niveau des engagements formulés dans les nombreuses stratégies relatives au changement climatique.
C'est pourquoi, début 2025, le MEF a mis en place une Cellule Climat chargée des réformes de la gestion des finances publiques liées au climat, afin de faciliter une collaboration « à l'échelle de l'ensemble du gouvernement » sous une direction tournante. Cette Cellule Climat n'est pas un département à part entière, mais un comité doté d'un cadre flexible permettant de consulter et de coordonner chaque mois les départements concernés au-delà du MEF. Cela a permis d'atténuer l'effet de cloisonnement de l'administration publique et la concurrence avec les commissions officielles déjà en place.
Le premier résultat concret est l’alignement entre les CDN 3.0 de 2025 et le budget 2026-2028. Pour la première fois, la loi de finances 2026 inclut des informations sur le financement public des CDN climatiques pour la période 2026-2028, et le gouvernement dispose d’une vision claire des déficits de financement. Cette dynamique doit être reproduite dans le prochain processus de préparation du budget et étendue à l’étiquetage budgétaire climatique.
D'autres mesures préparatoires ont été prises afin de permettre à l'approche « pangouvernementale » de produire des résultats concrets. Le Maroc a achevé l'année dernière le « verdissement » de ses marchés publics grâce à un nouveau manuel, et son portail de passation électronique des marchés publics intègre désormais un label climatique. Un cadre pour les obligations souveraines vertes a été rédigé et une liste de projets éligibles est en cours d'élaboration. Enfin, le Maroc examine actuellement le projet de cadre de reporting environnemental, social et de gouvernance (ESG) ainsi que la base de référence pour les entreprises publiques.
Les budgets nationaux sont le reflet financier des politiques publiques. C’est pourquoi le succès réside dans l’adoption d’un budget concret pour soutenir les contributions déterminées au niveau national en matière de climat, permettant ainsi au Maroc de transformer ses ambitions en une feuille de route réalisable et concrète. Ces changements politiques sont le fruit d’une étroite collaboration avec de nombreux partenaires internationaux tels que la Banque mondiale, le Partenariat des Nations unies pour les CDN, l’AFD, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB), l’UE, la GIZ et la KfW.
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