Rached Boussema (non vérifié)

avril 17, 2012

La situation décrite de ce jeune diplômé au chômage est un stéréotype largement répandu dans les pays maghrébins et arabes. Jusqu’à il y a deux décennies environ, les études supérieures étaient considérées comme des ascenseurs sociaux par excellence. Le jeune qui termine ses études obtenait rapidement un emploi, voire plusieurs offres et il avait le loisir de choisir.
Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Plusieurs facteurs rentrent en jeu. Je ne voudrais pas évoquer ici les questions liées à la mondialisation. Je préfère me concentrer sur les facteurs endogènes. Ces facteurs sont à la fois quantitatifs et qualitatifs. Ils sont aussi liés à la personne ou engendrés par la politique socio-économique du pays où il se trouve. Certes, le système éducatif y est pour beaucoup. La démographie dans ces pays est fort inquiétante. Le nombre de jeunes qui arrive sur le marché du travail est très important. En Tunisie, plus de 70000 jeunes diplômés sont demandeurs d’emploi chaque année. Et cela va perdurer encore longtemps. Il faudrait un tissu industriel de grande capacité pour absorber ce flux. Il faudrait aussi que le secteur des services soit bien développé et que la population ait les moyens pour s’offrir ces services.
Les gouvernements, même s’ils ont les ressources suffisantes, auront du mal à investir ou à encourager les investissements dans les secteurs à un fort taux d’employabilité. Le problème se trouve par conséquent en amont. Il est à la fois éducatif et culturel. En effet, chaque pays a des atouts qu’il peut exploiter. En Tunisie par exemple, les secteurs de l’agriculture, la pêche, le tourisme, les mines et les énergies renouvelables sont des atouts majeurs. Le passage de ces secteurs de l’état actuel quasi rudimentaire à une situation plus innovante devrait générer des milieux d’emplois au profit des diplômés du supérieur. L’agriculture biologique, la mécanisation, la structuration et une meilleure gouvernance rendrait ce secteur beaucoup plus performant et surtout exportateur. Nous exporterions des dattes, des agrumes, des huiles de meilleure qualité et en plus grande quantité.
Disposant d’environ 1500 km de littoral, la pisciculture et la pêche utilisant les technologies modernes de géo-localisation et de télédétection motiveront de nombreux jeunes. La création de tours opérators, le développement du tourisme culturel et écologique, une meilleure gouvernance de l’infrastructure touristique attireraient davantage de touristes et créeraient davantage d’emplois pour les jeunes. Le secteur du phosphate et celui du pétrole ainsi que les autres mines sont des secteurs qui ont besoin par excellence de la main d’œuvre et du savoir-faire. Les énergies renouvelables solaires et éoliennes sont dans leurs états de balbutiement. Chaque pays doit par conséquent évaluer et reconnaître ses atouts et s’évertuer par la suite à les mettre en valeur. Ils sont générateurs d’emplois.
Il s’agit en même temps de revoir de fond en comble la politique éducationnelle à tous les niveaux. Il faudrait changer de paradigmes et intégrer les nouvelles technologies d’information et de communication. De nouvelles cultures pédagogiques devraient se mettre progressivement en place dans nos écoles, centres de formation professionnelle, lycées et universités. L’objectif est de faire en sorte que les nouvelles générations en soient imbibées.
Ces cultures on les connaît aujourd’hui. C’est l’esprit d’entreprendre, d’être créatif, de savoir travailler en équipe, résoudre des problèmes, analyser, … Ce jeune plein de désillusion a-t-il cherché à développer sa propre entreprise ? A-t-il essayé de résoudre son problème à travers les contacts, en tentant de s’associer à d’autres jeunes dans la même situation que lui ? Il faudrait aussi que les jeunes maitrisent à la fois les nouvelles technologies d’information et de communications et les langues étrangères. Ce sont là les nouveaux passeports pour l’emploi dans son propre pays ou à l’étranger. Un dernier élément.
Le changement de paradigme doit aussi toucher les qualifications professionnelles, scientifiques et technologiques. C’est ce qui est recherché par les employeurs car les diplômes, au-delà du savoir, ne sont plus révélateurs des compétences. Aujourd’hui, on a besoin de développer davantage le savoir-faire et le savoir-être. En attendant, on peut tâtonner pour trouver des solutions au chômage de ces jeunes.