Saad Belghazi (non vérifié)

avril 25, 2012

La lecture du blog me donne le sentiment d'étouffer dans le cadre des catégories et des concepts avec lesquels le phénomène du chômage est pensé. Le chômage n'appartient qu'aux sociétés modernes, les sociétés de liberté où le travail n'est pas forcé, forcé ni par la famille, ni par l’État, ni par une classe dominante aristocratique ou guerrière. Le chômage est le prix de la liberté. Il est supportable lorsqu'il est limité à un temps de recherche d'emploi de quelques jours ou même de quelques mois. Lorsqu'il dépasse plusieurs mois, il devient un coût qui devient difficile à soutenir pour le chercheur d'emploi et pour ceux qui le prennent en charge. Le coût humain du chômage est inégalement réparti. Cette inégalité de répartition est observable entre compatriotes et parmi eux en fonction de différences de sexes, de niveau éducatif, d'appartenance à des milieux sociaux. Il est aussi observables entre membres de régions et de nations différentes. Aucune société n'est inactive face au chômage.
Plusieurs solutions, en réalité, sont effectivement mises en pratique pour réduire la durée du chômage: une meilleure transparence du marché du travail assuré par un service d'intermédiation correctement équipé et organisé, une plus grande mobilité internationale, une formation complémentaire pour permettre aux chercheurs d'emploi de répondre plus rapidement aux attentes des entreprises en terme de compétences, une incitation accordée à l'entreprise pour lui permettre d'attendre que le jeune acquière un niveau de productivité marginale justifiant son recrutement et, enfin, une mise à la disposition du jeune d'un capital, d'un espace immobilier et d'encadrement jusqu'à ce qu'il devienne capable de porter sa productivité au niveau de viabilité requis. Si l'on observe nos sociétés moderne de marché, toutes ces solutions existent. Elles sont mises en oeuvre dans le contexte de la concurrence, concurrence des unités économiques sur les marchés des biens et services, et concurrence entre les porteurs de force de travail qui se font compétition pour arracher les positions les mieux rémunérés et les moins risquées. Entre le jeune et l'emploi, entre l'école et le travail, il y a le plus souvent un intermédiaire formel ou informel et un bailleur de ressources. Ces fonctions d'intermédiation et d'appui matériel et financier aux chercheurs d'emploi sont tout d'abord mises en oeuvre dans le cadre de réseaux familiaux. Ces activités peuvent, aussi être prises en charge par des institutions publiques ou par des organisations de la société civile. L'activité des institutions publiques et des ONG se superpose à celle des familles. Dans le cas des pays du Maghreb que je connaît mieux, ces activités ont démarré durant les années 80. Les pays ont adopté des lois en faveur de l'emploi des jeunes. Ensuite, ils ont été amenés à réformer les services, héritées de la période coloniale où la gestion administrative de l'emploi était rapprochée, et délaissés ensuite, sauf pour l'organisation de vagues d'émigration du travail. Les agences d'emploi sont montées en puissance durant les années 90 et les années 2000. Les fonctions prises en charge par les réseaux familiaux sont assumées progressivement et de plus en plus par les agences publiques. Les Etats évaluent les besoins et allouent des budgets.
Alors comment expliquer que le chômage prenne les proportions observables dans les sociétés du monde arabe ? Pour combien de personnes ce chômage est-il une question de survie ? Pour combien s'explique-t-il par une revendication de statut social, c'est à dire d'une inclusion professionnelle de meilleure qualité ? Combien de familles ont été paupérisées en soutenant des charges d'éducation qui se sont traduite par un très bas rendement ou même un rendement négatif ? Les problèmes d'emploi des jeunes ne sont-ils pas, dans certains, les problèmes d'insertion de leurs familles, victimes, de sécheresse, de dynamique de prix, de manque de ressources pour améliorer leur productivité ? Ne sont-ils pas dans d'autres un problème d'accès à des emplois de qualité supérieure (fonction publique par exemple; professions libérales; encadrement dans de grandes entreprises; enseignement universitaire ou secondaire; ...) en pénurie ?
La question du chômage des jeunes dans le monde arabe n'est pas seulement le résultat d'un manque de solidarité vis à vis des jeunes ou encore d'une absence d'équité au niveau social dans la distribution des chances d'accéder à des emplois décents. Les pays arabes doivent affronter deux défis, le premier est celui du travail décent, celui de rendre attractifs le plus grand nombre d'emploi possibles. Le second consiste à mettre son système éducatif au service de son appareil productif.
Pour le premier défi, c'est un problème de structures qui nécessite de longues années pour arriver à une revalorisation satisfaisante des produits et des services et une adaptation des unités de production qui assure l'amélioration de la qualité des emplois. Comment servir cet objectif de rapprochement de la qualité du travail dans les organisations puissantes (l'Etat, les grandes entreprises à capitaux) et dans les unités économiques qui ont un caractère familial ?
Le second défi est celui de l'arrimage de l'appareil éducatif au monde de la production. L'appareil éducatif dans les pays a été amené à se développer rapidement pour faire face à la contrainte démographique. Le pôle productif principal demandeur de formation académique est le secteur public et un petit secteur privé. Là aussi, il me semble que le temps d'adaptation sera long. Mais, au delà de ces défis, j'aurais tendance à être moins pessimiste et j'inviterais à regarder le travail de créativité à l’œuvre dans l'économie d'en bas, celle des petites unités économiques, qui connaissent un processus de modernisation et qui peu à peu absorbent des ressources humaines qui ont bénéficié d'une éducation générale, certes peu adaptée à la demande immédiate des entreprises, mais qui les a doté de facultés réelle d'auto-apprentissage.