Cette histoire s’inscrit dans le cadre de la nouvelle initiative Health Works, dirigée par le Groupe de la Banque mondiale et ses partenaires, visant à aider les pays à étendre l’accès à des soins de santé de meilleure qualité, tout en renforçant le capital humain, créant des emplois et stimulant la croissance économique.
Le Mécanisme de financement mondial pour les femmes, les enfants et les adolescents (GFF), un partenariat piloté par les pays et hébergé par la Banque mondiale, a pour objectif d’améliorer les résultats de santé des femmes, des enfants et des adolescents. Le GFF soutient l’ambition du Groupe de la Banque mondiale d’aider les pays à offrir des services de santé de qualité, accessibles et abordables à 1,5 milliard de personnes d’ici 2030.
Depuis toute petite, je savais que je voulais travailler dans le domaine de la santé. Devenir sage-femme a été un choix évident — une manière d’accompagner les femmes et les familles, surtout dans les zones rurales où les professionnels de santé formés manquent cruellement. J’ai travaillé pendant dix ans dans plusieurs structures avant d’être affectée à Fass Mambaba en 2021. Dès mon arrivée, j’ai su que j’étais à ma place.
Quand j’ai rejoint le poste de santé, j’étais la toute première sage-femme du village. J’étais enthousiaste à l’idée de me lancer dans cette nouvelle aventure. Mais les premiers jours ont été rudes, je n’étais pas préparée à cela.
Avancer dans le noir
Il y avait un manque de matériel au poste de santé, et pire encore, pas d’électricité. La nuit, nous travaillions à la lumière des lampes torches – rechargeables si le soleil avait brillé dans la journée, ou sinon, avec les lampes de nos téléphones. Dans le noir, il était difficile d’établir une relation de confiance. Ça créait un vrai sentiment d’insécurité chez les patientes — et chez nous aussi.
Au début, les gens du village gardaient leurs distances. Ils pensaient que nous n’étions pas capables de leur fournir les soins dont ils avaient besoin et parcouraient de longues distances pour aller consulter ailleurs. Des femmes me racontaient comment elles avaient marché des kilomètres dans l’espoir d’atteindre la ville la plus proche alors qu’elles étaient en plein travail, certaines accouchant sur le bas-côté quand la pluie rendait le chemin de terre impraticable. Elles pouvaient faire 14 kilomètres à pied avec leur bébé pour le simple privilège de le faire vacciner.
Le poste de santé était là, mais ça ne faisait pas tout.
La transformation prend forme
Peu à peu, tout a changé. L’arrivée de l’énergie solaire a bouleversé nos services. Du jour au lendemain, nous avons pu travailler à toute heure, dans de bonnes conditions. Nous avons pu utiliser notre unité néonatale, réchauffer les nouveau-nés pendant les nuits froides, et accueillir les patientes dans un environnement sécurisé et respectueux.
En tant que professionnelle de santé, j’ai également bénéficié d’un accompagnement et d’un encadrement renforcés. Grâce aux formations organisées au niveau du district, que ce soit sur la surveillance du travail, la prise en charge des complications ou les pratiques recommandées par l’Organisation mondiale de la santé, j’ai gagné en assurance.
Aujourd’hui, nous disposons de l’équipement nécessaire et d’un personnel bien formée. Nous assurons les accouchements, les soins prénatals et postnatals, la planification familiale et les vaccinations. Avec le nouveau programme de mutuelles de santé, davantage de familles peuvent accéder à ces services. Fass Mambaba montre qu’un accès à des soins de qualité et abordables est possible, même dans les zones les plus reculées du Sénégal.
Des vies sauvées, une fierté immense
Être sage-femme demande de la passion et une vigilance de chaque instant. On est parfois la seule professionnelle de santé formée à des kilomètres à la ronde. C’est un métier exigeant, parfois épuisant – mais d’une richesse inestimable.
Prenez l’exemple d’une de mes patientes, Rokhaya Ndao, qui a mis au monde ses deux enfants ici. Lors de son premier accouchement, elle a donné naissance à sa fille dans la pénombre. Son fils est lui né dans la lumière, avec un équipement adapté. Elle m’a raconté à quel point cela avait changé la donne : la sécurité, le confort, la manière dont tout s’était déroulé.
C’est aussi une grande fierté de constater qu’aucun décès maternel n’a été enregistré dans notre poste de santé depuis l’installation d’une source d’électricité fiable.
Faire partie d’une communauté
La nouvelle s’est vite répandue dans le village : des soins de qualité, assurés par du personnel formé, étaient désormais disponibles ici même. Les familles des villages environnants ont commencé à venir jusqu’à nous, plutôt que de risquer un accouchement à domicile ou un long déplacement vers un autre centre.
À Fass Mambaba, j’ai trouvé bien plus qu’un poste : une communauté. Les habitants m’ont accueillie à bras ouverts. Aujourd’hui, je me sens pleinement chez moi. Trois petites filles du village portent désormais mon prénom, un symbole d’humilité et de confiance que nous avons construite ensemble.
Ndeye a été recrutée comme sage-femme grâce au soutien du projet Investir dans la santé de la mère et de l’enfant (ISMEA), cofinancé par le Mécanisme de financement mondial pour les femmes, les enfants et les adolescents (GFF), et par la Banque mondiale.
L’intégration de professionnels de santé comme Ndeye vient compléter les efforts du gouvernement du Sénégal, qui s’attache à affecter dans chaque poste de santé le couplet gagnant — infirmier et sage-femme — afin d’assurer une meilleure prise en charge de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum.
Le projet ISMEA appuie également les structures de santé, en formant le personnel et en les dotant d’installations solaires et d’équipements médicaux.
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