Face au coronavirus, les Africains se réveilleront-ils pour réagir à la crise de l’eau ?

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Student washing his hands with water and soap at the Kailahun District Education Committee School (KLDEC). Located in Eastern Sierra Leone, at the border with Guinea and Liberia, Kailahun District was one of the country’s first hotspots in the Ebola outbreak.
Face au coronavirus, les Africains se réveilleront-ils pour réagir à la crise de l’eau ?

À l’heure où les pays africains font face à l’épidémie du Coronavirus (COVID-19), il est temps de remettre la crise de l’eau au cœur des priorités de nos responsables politiques. 

Ces dernières années, de nombreuses villes africaines ont dû prendre des mesures drastiques pour éviter des pénuries d’eau potable. Nous nous souvenons tous de la pénurie historique subie par la ville du Cap en 2018. Les autorités sud-africaines avaient évité de justesse la catastrophe en rationnant l'eau potable à 50 litres par jour et par habitant, dans une ville habituée jusque-là à des niveaux élevés de consommation.

La même année, la ville de Bouaké en Côte d’Ivoire recevait un financement d’urgence 8,5 millions de dollars de la Banque mondiale pour faire face à une grave pénurie d’eau potable. Cette intervention a permis de juguler la pénurie grâce à la construction de stations compactes de traitement, l’équipement de nouveaux forages et la réhabilitation de pompes manuelles dans les villages raccordés au réseau de Bouaké tout en développant la distribution d’eau potable par des camions citernes.

L’eau, l’assainissement et l’hygiène au centre de la crise de COVID-19

Alors que la première recommandation de l’Organisation mondiale de la santé pour se protéger du coronavirus est de se laver les mains fréquemment avec du savon, il est évident que pour lutter de façon durable contre la propagation du COVID-19 et prévenir toutes les pandémies à venir, la disponibilité d’eau potable à proximité immédiate des habitations pour l’ensemble de la population est un impératif.

Or, en Afrique subsaharienne, près de 63 % des populations urbaines, principaux foyers de la maladie, ont du mal à accéder aux services élémentaires d’alimentation en eau et ne peuvent pas se laver les mains . On estime que 70 à 80 % des maladies sur le continent sont dues à la mauvaise qualité de l'eau et à l’absence d’installations d’assainissement adéquates, comme la dysenterie et le choléra, qui sont parmi les principales causes de mortalité infantile.

Les gouvernements africains viennent de mettre en place des plans d’urgence pour lutter rapidement contre la crise de COVID-19. Mais la plupart de ces plans mettent surtout l’accent sur la réponse d’urgence sanitaire et peu sur l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement, si ce n’est à travers l’installation d’équipements pour le lavage des mains dans les centres de santé et autres lieux publics.

L’urbanisation rapide oblige à trouver des solutions durables pour améliorer l’accès à l’eau

Le problème de l’accès à l'eau potable est d’autant plus vital que la démographie urbaine augmente très rapidement sur le continent.  En 2050, plus de 1,6 milliard d'Africains habiteront dans des villes et des bidonvilles. Dans les prochaines années, une centaine d’immenses mégapoles actuelles, comme Lagos au Nigéria qui compte 23 millions d'habitants ou Kinshasa en République démocratique du Congo et ses 12 millions d’habitants, doubleront leurs populations. Par ailleurs, le monde connaîtra d’autres pandémies. Et le changement climatique ne fera qu’accroître les épisodes de sècheresse ou d’inondations qui affectent déjà de nombreuses villes.

Il est dès lors primordial que les gouvernements africains mettent en place des stratégies, mobilisent une partie de leur budget et élaborent des politiques en faveur de la fourniture de services d’eau, d’assainissement et d’hygiène à l’ensemble des Africains. Plusieurs solutions s’offrent à eux :

  • Augmenter les investissements dans l’eau et l’assainissement : Conformément au 6e Objectif de développement durable, l’Afrique doit investir massivement dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement au cours des dix prochaines années. Il faudrait entre 10 et 15 milliards de dollars d’investissement annuels pour approvisionner toute la population en eau potable et fournir un service d’assainissement de base. Or actuellement, les pays africains ne consacrent pas plus de 0,5 % de leur PIB à ce secteur et n’y investissent qu’une petite partie de l'aide internationale.
  • Garantir la viabilité financière des sociétés de traitement et distribution d’eau : Selon une étude récente de la Banque mondiale sur la performance des services d’adduction d’eau en Afrique, la moitié des sociétés ne disposent pas de recettes suffisantes pour couvrir leurs coûts d’exploitation et d’entretien. Il faudra donc renforcer les capacités opérationnelles et la résilience des sociétés publiques ou privées, afin qu’elles puissent fournir de l’eau de bonne qualité, en quantité suffisante et à un tarif politiquement et socialement acceptable tout en étant viables financièrement.
  • Réutiliser les eaux usées : Dans de nombreux pays, les eaux usées deviennent une autre manière de répondre à la demande en eau, surtout autour des zones urbaines où se développent des périmètres maraîchers indispensables pour nourrir les habitants des villes. En Israël, par exemple, 91 % des eaux usées sont traitées et 71 % servent à l’irrigation des cultures. Or, dans les pays africains, seuls 10 % des eaux usées sont traitées. En réutilisant davantage l'eau pour irriguer les terres agricoles, ces pays pourront assurer la sécurité alimentaire du continent tout en appliquant des approches d’économie circulaire et de sécurité de l’eau.

La crise sanitaire historique que nous traversons va frapper durablement l’économie mondiale mais elle portera un coup encore plus dur aux économies africaines fragiles. Plus ces dernières réagiront vite, plus elles seront résilientes. Et une riposte durable au COVID-19 et aux pandémies qui lui succèderont ne pourra occulter l’eau et l’assainissement.

 
 
Thèmes
Régions

Auteurs

Fadel Ndaw

Ingénieur en eau et assainissement

Prenez part au débat

Samba Ba
04 mai 2020

Ele dignosttic est bien fait et complet. Et en effet l heure est à l 'urgence pour de nouveau,x investissements integrant et generalisant le recyclage mais egalement les infiltrations artifielles pour une augmentation des capacites de nos nappes surexploitees par une demande de plus en plus croissantr de nos villes Excellentt article

Faye
04 mai 2020

Bonjour.Pour moi Fadel il faut que l'Afrique commence a la rétention des eaux de pluie pour pouvoir s'en sortir.Qui oze dire qu'il ne pleut pas en afrique.les pays développés oblige les communes a la rétention d'eau de pluies par des gouttières sur toute nouvelle construction vers le bassin de rétention d'eau il faut faire comme eux.Abel Faye.

Eric sope
04 mai 2020

Nous sommes la fédération congolaise pour la santé et la sécurité alimentaire, fecossa. Nous avons besoin de travailler avec vous sur la gestion de l'eau potable, l'urbanisation des forêts urbaine pour lutter contre le réchauffement climatique et les fermes urbaine à Kinshasa RDC

Amadou Seydou Dia, ex Direteur Hydraulique Urbaine,
04 mai 2020

Effectivement, la situation merite une attention particuliere pour la problematique de l'eau à l'avenir autant pour la production que sa gestion. Parlant de gestion, je repose avec plaisir un volet que nous avions ensemble mis sur le pipe. Il s"agit de la " Reduction des gaspillages d'eau dans l'Administration et services associès". Il s'agit là non seulement d' une economie d'eau substantielle a redistribuer mais aussi d'une economie financiaire considerable de nos Etats .

Aliou Albert DAO
04 mai 2020

Bonjour avec un plaisir et l'amour de l'OMS que je vais participer à cet débat. J'apprécie beaucoup tous ceux vous venez de signaler comme la crise d'eau et pourtant le véritable moyen de se protéger contre covid19 est de laver régulièrement les mains. Au Mali, dans les régions du sahel, la crise est en permance des dites zones. Leurs situations sont vraiment inquiétantes en cette période de pandémie. Je vous remercie de votre aimable lecture et compréhension.

Amadou Diallo
04 mai 2020

Bonjour Fadel. Félicitations pour ces réflexions très pertinentes et actuelles. Je note seulement que des efforts ont été faits dans les ODD pour démontrer les interlinkages entre par exemple l'eau, l'assainissement et la santé. Mais à mon avis on devrait maintenant penser à relever le rating mais aussi la transversalité de l'eau dans les différentes politiques de développement durable. A cet effet, je pense que le nouveau plaidoyer à développer à l'endroit des autorités politiques et des instances internationales est d'adresser l'eau désormais comme un marqueur important de résilience des politiques et programmes. En effet, au même titre que les changements climatiques, l'eau et l'assainissement, au delà d'un ODD spécifique est aussi en réalité un secteur vecteur d'un potentiel critique pour la réussite de toutes politiques nationales. Du coup, il conviendrait de réfléchir à plus grande échelle à mettre en place une grille ou une matrice d'analyse de vulnérabilité de ces politiques face à la sécurité de l'eau. Une sorte de Water Security Led Politics.

Dina Rakotoharifetra
04 mai 2020

Toutes mes félicitations Fadel pour ce blog.
Un appel plus qu'important en ce moment pour être plus pro-actifs que réactifs dans la résolution des problèmes mondiaux en général et en Afrique en particulier.
Je suis particulièrement intéressée à développer avec toi un policy brief et un investment case pour le secteur eau et assainissement en Côte d'Ivoire. Trouvons le moment d'en discuter.

Bonne réussite à ton blog
Dina

Antoine kolamou
04 mai 2020

En tout cas l'investissement en eau est très peu en Guinée Conakry

Fadel Ndaw
04 mai 2020

Ce blog a été initié pour susciter un débat sur la crise de l'eau en Afrique au moment où toute l'attention des médias et des décideurs politiques est portée vers la crise du Covid-19

Jean Claude COURAU
26 mai 2020

Merci Fadel message fort bien venu.