Vous êtes-vous déjà demandé comment des satellites en orbite à des milliers de kilomètres au-dessus de la Terre pouvaient aider les agriculteurs à produire davantage de nourriture ? Depuis la cartographie de l’utilisation des sols et du suivi de la croissance des cultures jusqu’à la prévision des impacts climatiques et de la productivité agricole, les technologies qui exploitent les données d’observation de la Terre (OT) contribuent largement aux efforts de développement. Elles offrent des possibilités sans précédent pour améliorer la sécurité alimentaire, la résilience et la durabilité, soit quelques-uns des enjeux abordés lors du récent Séminaire sur les technologies spatiales d’OT pour les données agricoles qui s’est tenu à l’Agence spatiale européenne (ESA) à Frascati, en Italie.
Pendant trois jours, 24 participants issus d’institutions nationales et internationales de premier plan, représentant 12 pays de trois régions d’Afrique, ont discuté de la manière dont les données satellitaires et les innovations de la technologie géospatiale s’appliquent à l’agriculture. Ce groupe diversifié de professionnels, riche de multiples expériences et points de vue, était uni par une mission commune : exploiter les données d’OT et de terrain sur l’agriculture pour favoriser le développement durable en Afrique. Ils se sont particulièrement intéressés aux défis restant à relever pour déployer ces solutions à plus grande échelle et aux moyens de garantir que les technologies profitent directement aux agriculteurs et aux décideurs politiques. L’événement était coorganisé par l’Académie et le Centre de développement des données du Groupe de la Banque mondiale, l’initiative 50X2030 et l’Agence spatiale européenne (ESA) dans le cadre de son Programme d’aide au développement mondial.
Pourquoi la combinaison de la technologie d’observation de la Terre et données d’enquêtes de terrain est-elle si déterminante pour l’agriculture ?
Imaginez pouvoir surveiller les cultures, prévoir les sécheresses et planifier des interventions, tout cela depuis l’espace. C’est la promesse de cette technologie, qui permet de combiner l’imagerie satellite avec les données d’enquête sur site pour obtenir une vue d’ensemble et en temps réel de ce qui se passe dans les champs. Pour l’Afrique, par exemple, où l’agriculture est le pilier de l’économie et des moyens de subsistance, cette intégration change la donne : elle se traduit par une augmentation de la productivité, une plus grande sécurité alimentaire et davantage de perspectives d’emploi, en particulier pour les jeunes et les populations rurales. La participation au séminaire de membres du personnel d’institutions internationales basées à Rome (notamment des experts de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture [FAO] et du Fonds international de développement agricole [FIDA]) témoignait de la pertinence de ces travaux non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour servir de modèle à d’autres régions.
Le Programme d’aide au développement mondial (GDA) de l’ESA était au cœur des débats, car il démontre comment les données d’observation de la Terre par satellite peuvent accélérer et amplifier l’impact sur le développement des opérations internationales. À cet égard, deux initiatives clés de l’ESA visant à donner aux acteurs du développement et aux pays les moyens de tirer parti de l’observation de la Terre pour l’agriculture ont été présentées : les projets WorldCereal (a) et Sen4Stat (a). Le premier est axé sur le développement d’un système open source basé sur le cloud pour la surveillance des cultures dans le monde, à l’échelle locale. L’accès en temps utile à des cartes précises des types de cultures est un préalable essentiel pour de nombreuses applications de surveillance agricole en aval. À ce titre, WorldCereal permet à quiconque de générer des cartes des types de cultures entièrement personnalisées, adaptées à sa région, à la saison et aux cultures qui l’intéressent, en exploitant les données d’OT provenant des missions Copernicus Sentinel.
Pour sa part, le projet Sen4Stat est spécifiquement conçu pour aider les instituts nationaux de statistique à intégrer les données d’OT dans leurs processus statistiques agricoles. Son objectif est d’améliorer la précision, la rapidité et la pertinence politique des données agricoles en présentant et en développant à la fois des produits basés sur l’observation de la Terre et des bonnes pratiques en matière de protocole d’enquête. En résumé, alors que WorldCereal vise à améliorer l’accessibilité à des outils innovants et opérationnels de cartographie des cultures basés sur l’observation de la Terre pour l’ensemble de la communauté chargée de la surveillance agricole, Sen4Stat est conçu pour aider les gouvernements et les instituts de statistique à améliorer leur collecte de données et leurs rapports à l’aide de la technologie d’OT.
Plus d’informations sur nos produits et services : https://esa-worldcereal.org/en/worldcereal-products.
Le séminaire était axé sur la complémentarité entre les données d’OT et celles collectées in situ, en particulier grâce à des initiatives telles que 50x2030 qui déploie des programmes d’enquêtes agricoles et rurales intégrées, ces programmes étant ciblés, financièrement viables et adaptés aux besoins des pays. En y intégrant la technologie d’OT, l’initiative favorise une culture décisionnelle fondée sur les données dans le domaine agricole afin d’améliorer non seulement la qualité et la pertinence des données agricoles, mais aussi d’en garantir l’exploitation efficace pour prendre des décisions politiques et opérationnelles.
Le volet « Développement de méthodes et d’outils » de l’initiative 50X2030 est essentiel. Il génère des connaissances qui améliorent la qualité, la pertinence et la rentabilité des enquêtes agricoles et rurales, en s’attachant à faciliter et optimiser l’intégration des données géospatiales. En conférant une valeur ajoutée aux données issues des enquêtes et en produisant des directives opérationnelles fondées sur des recherches méthodologiques rigoureuses, 50x2030 ouvre la voie à l’intégration de méthodes validées dans les futures enquêtes, même au-delà du champ d’application de l’initiative elle-même. Pour résumer, l’intégration de la technologie d’OT aux données d’enquête de terrain révolutionne la surveillance agricole et la prise de décision. Grâce à des partenariats solides, à des méthodes innovantes et à la priorité accordée au renforcement des capacités, des initiatives telles que 50x2030 aident les pays à exploiter pleinement le potentiel des données pour favoriser un développement agricole durable.
Du développement des compétences à l’amplification des impacts
Le séminaire avait pour but de maximiser des résultats concrets. Grâce à la conjugaison d’apports théoriques et de sessions pratiques, les participants ont acquis des compétences réelles dans l’utilisation des outils d’OT et leur application dans leur travail quotidien au sein des instituts nationaux de statistique et des agences internationales. Cette approche de « formation de formateurs » permettra aux participants de transposer et de développer ces compétences dans différents pays à travers le monde. Une enquête menée avant et après le séminaire montre que :
les participants ont déclaré avoir amélioré de 40 % leurs connaissances sur le sujet ;
84 % des participants s’attendent à une amélioration de leurs performances professionnelles grâce à ce qu’ils ont appris ;
la grande majorité (4,6 sur 5) des participants recommanderaient le programme à leurs collègues.
Si des progrès significatifs ont été réalisés, du travail reste à faire pour garantir que les données de terrain utilisées pour la surveillance agricole par OT soient à la fois de haute qualité et véritablement adaptées à l’usage prévu, ce qui nécessite des modalités harmonisées de collecte des données. Il faut aussi que ces précieuses données soient accessibles et largement partagées au sein de la communauté, car leur disponibilité limitée continue de nuire à la qualité et à l’impact des produits basés sur l’OT. Le séminaire contribuera directement à remédier à ces problèmes en dotant les participants de compétences pratiques, en favorisant l’échange de connaissances et en créant un réseau d’experts engagés dans l’amélioration des normes en matière de données et des pratiques de partage. Grâce à un enseignement pratique et à la résolution collaborative de problèmes, le séminaire a permis aux conseillers et aux praticiens agricoles d’intégrer plus efficacement les données d’OT et de terrain dans leur travail quotidien, ouvrant la voie à des solutions innovantes, à une meilleure prise de décision et à un impact plus important là où cela compte le plus.
Bien plus qu’une simple rencontre parmi d’autres, ce séminaire a été le point de départ de nouvelles idées, de nouveaux partenariats et de nouveaux progrès, ce qui démontre qu’en misant sur une collaboration continue et un renforcement des capacités, l’avenir de l’agriculture peut être technologique, fondé sur les données et inclusif, avec un coup de pouce de l’espace !
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