Publié sur Blog de Données

Les dessous des chiffres : comment nous mesurons la pauvreté mondiale

Les dessous des chiffres : comment nous mesurons la pauvreté mondiale Une jeune fille mène une enquête dans son village, dans l'État indien du Gujarat, dans l’ouest du pays. Photo : Shutterstock

Selon les dernières estimations de la plateforme Pauvreté et inégalités (PIP) de la Banque mondiale, 831 millions de personnes dans le monde vivent dans l’extrême pauvreté, avec moins de 3 dollars par jour.

Mais comment ce chiffre est-il établi ? D’où proviennent les données ?  

Dans ce billet, nous vous invitons à découvrir les dessous des chiffres. Pour comprendre comment la Banque mondiale mesure la pauvreté dans le monde, il faut retracer le cheminement des données, de leur collecte à leur intégration dans la plateforme PIP. C’est un processus en cinq étapes conçu pour produire des estimations de la pauvreté transparentes, de haute qualité et comparables à l’échelle internationale, quel que soit le pays d’origine des données. 

 

1re étape : interroger les ménages 

Tout commence avec les enquêtes menées auprès des ménages (a). 

Les instituts nationaux de statistique (INS) collectent directement auprès des ménages des informations sur leurs revenus, leurs dépenses et leur consommation. L’objectif est de recueillir un indicateur des conditions de vie d’un échantillon représentatif (a) de la population d’un pays sur une période donnée. 

Dans certains pays à revenu faible et intermédiaire, les INS collaborent (a) avec les économistes de la Banque mondiale à la conception et à la réalisation de ces enquêtes.  

 

2e étape : calculer le panier de consommation 

Une fois les données recueillies, l’étape suivante consiste à créer une mesure unique du bien-être monétaire d’une famille, que l’on appelle l’« agrégat du bien-être ». 

Pour cela, il faut comptabiliser la valeur totale des revenus ou des dépenses de consommation d’un ménage. Dans la plupart des pays à revenu faible et intermédiaire, on quantifie ce que consomment les ménages, tandis que, dans la majorité des pays à revenu élevé, on mesure leurs revenus. Dans les deux cas, il s’agit de faire en sorte que ce panier-type soit le plus complet possible et qu’il intègre soit les diverses sources de revenus des ménages soit les biens achetés, ainsi que la valeur des aliments qu’ils produisent eux-mêmes. 

Les variations dans la manière dont les enquêtes auprès des ménages sont conçues et dans les questions posées (a) créent inévitablement des difficultés de comparaison (a) — tant à l’intérieur d’un pays qu’entre pays —, que nous nous efforçons de documenter au mieux.

 

3e étape : convertir les agrégats dans une monnaie commune 

L’étape suivante consiste à améliorer la comparabilité des agrégats du bien-être entre les pays et dans le temps. Six équipes statistiques régionales de la Banque mondiale convertissent les agrégats en une monnaie commune, ce qui permet de comparer les coûts des biens entre les pays et les régions, malgré les différences de devises et de prix. 

On utilise, pour cela, deux outils essentiels. D’abord, les indices des prix à la consommation (a) permettent de tenir compte de l’inflation dans un pays. Ensuite, les parités de pouvoir d’achat (PPA) (a) permettent de prendre en compte les écarts de prix entre les pays. Ce procédé garantit que le pouvoir d’achat d’un dollar est toujours identique, que l’on se trouve à New York ou à New Delhi, et quel que soit le moment où l’enquête auprès des ménages a été réalisée. 

 

4e étape : effectuer le décompte final 

Une fois toutes les données converties dans la même monnaie, elles sont transmises à une équipe qui administre l’ensemble des données provenant du monde entier et harmonisées, et qui produit, à partir des enquêtes auprès des ménages, des estimations de la pauvreté et des inégalités. 

C’est à ce stade que le seuil international de pauvreté (a) sert de référence : fixé actuellement à 3 dollars par personne et par jour, il correspond au seuil de pauvreté utilisé dans les pays les plus pauvres. 

Afin d'offrir une vision plus complète de la pauvreté (a), des inégalités (a) et de la prospérité (a), nous calculons également un large éventail d’autres indicateurs. La mesure de la pauvreté multidimensionnelle (a), notamment, s'attache à appréhender, en plus du revenu et de la consommation, d’autres dimensions essentielles du bien-être, comme l’accès à une éducation de qualité, à l’eau potable et à l’électricité.

 

5e étape : combler les lacunes 

Tous les pays ne mènent pas une enquête auprès des ménages chaque année. Des modèles statistiques permettent de compléter les données et d’obtenir un panorama mondial complet. Ils consistent à utiliser les taux de croissance macroéconomiques, tels que la croissance du PIB par habitant, pour procéder à des prévisions immédiates (a), des extrapolations (a) ou des interpolations (a) et remplir ainsi les trous. De cette manière, nous disposons d’une estimation pour chaque économie, chaque année. 

Pour les pays qui ne disposent d’aucune donnée (a), nous avons mis au point un modèle qui prédit leur agrégat du bien-être à partir de facteurs dont on sait qu’ils sont corrélés à la pauvreté. 

Voilà comment nous parvenons à obtenir le tableau complet et actualisé de la pauvreté dans le monde et ses régions et à alimenter ainsi la plateforme PIP, point d’aboutissement de notre travail.

Pour autant, les choses ne s’arrêtent pas là. En mettant ces données à disposition (a) à travers divers outils, nous espérons qu’elles seront exploitées pour mieux suivre et guider les progrès dans la lutte mondiale contre la pauvreté.

 

Les auteurs adressent leurs plus vifs remerciements au gouvernement britannique pour son soutien financier dans le cadre du programme de recherche « Data and Evidence for Tackling Extreme Poverty » (DEEP).

Ce billet a bénéficié de nos échanges avec Christoph Lakner, Gabrial Lara Ibarra, Minh Nguyen et Martha Viveros. 


Daniel Gerszon Mahler

Économiste senior, Groupe de gestion des données sur le développement, Banque mondiale

Kimberly Bolch

Économiste, pôle Pauvreté et équité, Banque mondiale

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