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Se nourrir sainement est encore loin d'être à la portée de tous : de nouvelles données révèlent des progrès, mais pas partout dans le monde

Se nourrir sainement est encore loin d'être à la portée de tous : de nouvelles données révèlent des progrès, mais pas partout dans le monde

Les pays à faible revenu et l'Afrique subsaharienne sont les laissés-pour-compte des progrès réalisés à l’échelle mondiale en matière d'alimentation saine et abordable. 

Les dernières estimations du coût et de l’abordabilité d'une alimentation saine (CoAHD) (a), publiées dans le rapport L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2025 : Lutter contre la forte inflation des prix des produits alimentaires pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition, indiquent que si l'accès à une alimentation saine s'améliore dans le monde, les progrès sont inégaux. Ainsi en 2024, le coût moyen mondial d'un régime alimentaire sain atteignait 4,46 dollars par personne et par jour (en PPA). Environ 2,6 milliards de personnes ne pouvaient pas se le permettre, soit 48,8 millions de moins que l'année précédente. Cette amélioration est le résultat d’une modeste augmentation du prix d'une alimentation saine dans le monde, compensée par la progression des revenus dans de nombreux pays.

Toutefois, ces moyennes mondiales masquent des disparités régionales. En Afrique subsaharienne et dans les pays à faible revenu, la situation s'est détériorée pendant deux années consécutives depuis 2022, le précédent point de référence. Alors que la plupart des régions ont connu un ralentissement notable de la hausse des coûts des régimes alimentaires sains en 2023 et 2024 (après les fortes augmentations de 2022), les décélérations ont été marginales en Afrique subsaharienne et dans les pays à faible revenu, où les prix se sont maintenus à des niveaux proches des montants records. En Afrique subsaharienne, la prévalence de l'inabordabilité d’une alimentation saine et la population totale ont continué à augmenter depuis 2022, contrairement à la plupart des autres régions où la prévalence est en baisse. En conséquence, le nombre de personnes incapables de se permettre une alimentation saine a augmenté en 2023 et 2024, rendant ces régimes encore plus inaccessibles pour des millions de personnes. En outre, une tendance à l'aggravation a été observée dans la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan.


Ce que mesurent les indicateurs

Les indicateurs de coût et d’abordabilité d’une alimentation saine (CoAHD), développés et publiés conjointement par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et la Banque mondiale, permettent de suivre deux paramètres clés :

  • Le coût d'une alimentation saine : selon un indicateur du coût quotidien minimum national nécessaire pour soutenir la consommation d’aliments sains — correspondant au « panier alimentaire sain », un régime de référence mondial dérivé des directives alimentaires des pays —, basé sur les prix de détail représentatifs au niveau national des denrées alimentaires disponibles localement.

  • L’abordabilité d'un régime alimentaire sain : mesuré par une estimation de la part et du nombre de personnes dans chaque pays dont le revenu est trop faible pour s'offrir un tel régime alimentaire, après prise en compte des besoins non alimentaires essentiels, sur la base des seuils de pauvreté internationaux de la Banque mondiale.

Pour le suivi mondial, tous les indicateurs sont produits à l'aide de données sur les prix de détail des produits alimentaires, représentatives au niveau national et provenant du Programme de comparaison internationale (ICP) (a) administré par la cellule Données sur le développement (a) de la Banque mondiale, et de données sur la distribution des revenus issues de la Plateforme sur la pauvreté et les inégalités (PIP) (a) de la Banque mondiale.

Des divergences selon les groupes de revenus

Les tendances relatives au coût et à l’abordabilité d'une alimentation saine révèlent des disparités persistantes et croissantes entre les groupes de revenus des pays.

Entre 2017 et 2024, les pays à faible revenu ont enregistré la plus forte augmentation cumulée du coût d'une alimentation saine, soit 47,5 % par rapport à la moyenne mondiale de 42 %. La hausse des prix dans ces pays est restée élevée durant les deux dernières années, avec des augmentations de 7,6 % en 2023 et de 7 % en 2024. En outre, ces pressions persistantes sur les coûts n'ont pas été compensées par une croissance des revenus.

Par conséquent, le nombre d’habitants des pays à faible revenu qui n'ont pas les moyens de s'offrir un régime alimentaire sain a continué d'augmenter, sous l'effet d'une prévalence élevée et persistante de l'inabordabilité et d'une croissance démographique continue. En 2024, leur nombre total dépassait les 545 millions, soit une progression de plus de 20 % par rapport à 2017.

Si l'on exclut l'Inde du groupe des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, le nombre de personnes ne pouvant se nourrir sainement dans ce groupe a lui aussi augmenté de 70,3 millions de personnes, soit 8,8 % par rapport à 2017.

En revanche, les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et les pays à revenu élevé ont connu des augmentations plus modérées des prix alimentaires et des améliorations constantes de l’abordabilité estimée.

Ces tendances divergentes mettent en évidence une inégalité structurelle croissante : alors que l’abordabilité globale s'améliore à l'échelle mondiale, les pays les plus pauvres sont encore plus perdants. Il est essentiel de combler ce fossé pour parvenir à un accès universel à une alimentation saine.


Des données plus rapides, un suivi plus solide

Cette année, l’exploitation de données A-1 est un changement important : pour la première fois, les estimations du CoAHD sont disponibles pour l'année civile précédente (2024), grâce à une meilleure coordination entre les équipes de la Banque mondiale et de la FAO. Cette révision introduit des indicateurs de coûts également exprimés en unités monétaires locales, ce qui permet une prise de décision plus rapide et plus pertinente à l’échelon national.

Les estimations reflètent les dernières données mondiales disponibles sur les prix alimentaires et la distribution des revenus, validées conjointement par les deux institutions. En cas de données lacunaires, des hypothèses sur les tendances des revenus et des prix sont appliquées, et les estimations les plus récentes reposent de plus en plus sur ces hypothèses. C'est pourquoi les efforts en cours visent à améliorer la fraîcheur et la granularité des données afin de mieux comprendre où — et pour qui — les régimes alimentaires sains demeurent inabordables.

  

Formalisation du partenariat : un protocole d’accord FAO-Banque mondiale

Pour institutionnaliser leur collaboration, la Banque mondiale et la FAO ont signé en juin 2025 un protocole d’accord qui renforce la responsabilité conjointe de la production, de la précision et de la diffusion des indicateurs du CoAHD.

Ce protocole souligne le fait que le CoAHD est de plus en plus reconnu comme une référence mondiale essentielle pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il confirme aussi l’engagement des deux institutions en faveur du progrès méthodologique et du renforcement des capacités, ce qui permet de s’assurer que leur suivi éclaire la définition des priorités nationales ainsi que les réponses politiques globales.

  

L’importance capitale d’une alimentation saine

Les dernières données confirment un constat de plus en plus préoccupant : si l’accès à une alimentation saine s’améliore au niveau mondial, il n’atteint pas les régions et les pays les plus pauvres. Dans de nombreuses régions, l’accessibilité financière s’améliore progressivement, mais les pays à faible revenu et l’Afrique subsaharienne sont de plus en plus distancés.

L’accès à une alimentation saine est plus qu’une simple question de nourriture, c’est une question de santé, d’opportunités et de dignité. En l’absence d’investissements ciblés et de politiques judicieuses, le déficit d’abordabilité continuera de compromettre les progrès vers la sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale. Il retardera également la réalisation des Objectifs de développement durable, notamment l’élimination de la faim (ODD 2), la bonne santé et le bien-être (ODD 3), la réduction de la pauvreté (ODD 1) et la réduction des inégalités (ODD 10).

  

Que pouvons-nous faire ?

Les données sont parlantes : une action urgente et ciblée est indispensable pour combler le déficit d’accessibilité financière. Cela signifie qu’il faut investir dans les systèmes alimentaires, soutenir les familles vulnérables et veiller à ce que la croissance économique se traduise par des améliorations réelles dans la vie des personnes.

Explorer les données 

La dernière mise à jour des données du CoAHD est désormais disponible sur plusieurs plateformes mondiales de premier plan. Vous pouvez notamment consulter les ressources ci-dessous pour accéder aux données, aux méthodologies et aux informations sur le coût et l’abordabilité des régimes alimentaires sains :

  

Les auteurs tiennent à remercier Inyoung Song (a) pour sa contribution aux visuels de ce billet et Mizuki Yamanaka (a) qui a préparé les données PPA utilisées dans les estimations des indicateurs du CoAHD. Nos plus vifs remerciements vont à Christoph Lakner et Samuel Kofi Tetteh-Baah pour leur travail sur les données relatives aux revenus provenant de la plateforme PIP de la Banque mondiale. Enfin, nous remercions également nos collègues des équipes de la Banque mondiale et de la FAO pour leur soutien collectif à la production et à la diffusion régulières des données du CoAHD.


Haishan Fu

Statisticienne en chef de la Banque mondiale et directrice de la cellule Données sur le développement

José Rosero Moncayo

Directeur de la Division des statistiques et statisticien en chef de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)

Yan Bai

Économiste, Groupe de gestion des données sur le développement, Banque mondiale

Valentina Conti

Consultant, Division des statistiques, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)

Marko Rissanen

Responsable de programme, Groupe de données sur le développement, Banque mondiale

Carlo Cafiero

Statisticien principal et économiste de la Division de statistique de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)

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