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Le leadership éducatif est un enjeu crucial pour l’avenir de l’emploi

Le leadership éducatif est un enjeu crucial pour l’avenir de l’emploi Le leadership éducatif joue un rôle déterminant dans l’adéquation des apprentissages aux besoins des employeurs. Copyright : Ed Wray/Banque mondiale

Quand on parle aujourd’hui de l’avenir du travail, la conversation tourne généralement autour de l’intelligence artificielle (IA), de l’automatisation et des technologies émergentes. Quels emplois vont disparaître ? Quels nouveaux emplois vont émerger ? Quelles compétences seront importantes ? Comment préparer les jeunes à un monde qui évolue à une vitesse fulgurante ?

Une question que nous devrions nous poser également est de savoir qui veille à ce que nos systèmes éducatifs préparent les apprenants à ce futur.

Aux quatre coins du monde, les gouvernements investissent dans l’apprentissage numérique, l’IA, le développement des compétences et la préparation au marché du travail. Pourtant, de nombreux élèves quittent encore l’école sans maîtriser les compétences fondamentales en lecture, en calcul, en communication et en résolution de problèmes. Dans bien des cas, le problème ne tient pas à l’absence de vision ni au manque de politiques. C’est la capacité à transformer les idées en réalité qui fait défaut.

C’est là qu’intervient l’importance du leadership éducatif

Lorsqu’on évoque le « leadership éducatif », on pense souvent en premier lieu aux chefs d’établissement. Or, le leadership s’exerce à tous les échelons du système éducatif, des fonctionnaires ministériels et des directeurs d’académie aux décideurs politiques en passant par les spécialistes des programmes scolaires et les enseignants référents. Ensemble, ces acteurs influencent aussi bien les apprentissages des élèves que l’accompagnement des enseignants et l’affectation des ressources.

De fait, les recherches montrent de plus en plus que le leadership constitue l’un des principaux facteurs de l’amélioration de l’éducation. Comme le souligne le dernier Rapport mondial de suivi sur l’éducation de l’UNESCO, intitulé Leadership dans l’éducation - Diriger pour l’apprentissage, il façonne les résultats d’apprentissage, soutient les enseignants et permet aux systèmes éducatifs de gérer et surmonter les changements. Un leadership efficace est crucial pour transformer les politiques publiques en améliorations concrètes pour les apprenants, plaide le rapport de l’UNESCO.

L’OCDE parvient à une conclusion similaire, avec des études qui démontrent que les fonctions de direction jouent un rôle déterminant pour améliorer la qualité de l’enseignement, encourager la collaboration et favoriser des progrès continus au sein des établissements scolaires et des systèmes éducatifs.

Le leadership : l’un des maillons clés de la concrétisation des réformes

De nombreux pays disposent déjà de stratégies ambitieuses pour l’éducation. Là où le bât blesse, c’est au niveau de la mise en œuvre. Introduire l’IA dans les salles de classe, c’est séduisant sur le papier. Actualiser les programmes scolaires pour les adapter aux besoins du marché du travail, c’est une évidence. Élargir les possibilités d’apprentissage numérique, c’est une nécessité. Mais aucune de ces initiatives ne peut réussir seule.

Les enseignants ont besoin d’être formés. Les écoles d’être soutenues. Les ressources doivent être mobilisées de manière cohérente. Toutes les parties prenantes doivent travailler ensemble. Les progrès doivent être suivis de près et les mesures ajustées si nécessaire. Sans un leadership solide, même les meilleures réformes peinent à porter leurs fruits.

La Banque mondiale a mis en lumière l’importance du leadership dans la performance des établissements scolaires (a), relevant qu’il n’existe aucun exemple d’école ayant significativement amélioré les résultats de ses élèves sans une direction opérante. Le leadership est le maillon qui relie la stratégie à sa mise en œuvre concrète.

Le dénominateur commun des systèmes éducatifs qui réussissent

L’un des meilleurs exemples est celui de Singapour. La réussite de la cité-État en matière d’éducation est souvent surtout associée aux performances des élèves. Ce qui retient moins l’attention, c’est l’investissement délibéré dans le développement des fonctions de leadership.

Singapour repère tôt les leaders potentiels, leur offre des parcours structurés de développement et renforce en permanence les compétences en leadership à tous les niveaux du système éducatif. Cela permet de constituer un vivier de chefs de file capables d’accompagner le changement, de soutenir les enseignants et de s’adapter aux défis émergents. La leçon est claire : les progrès durables sont rarement le fruit d’une seule politique ou réforme. Ils résultent de la capacité des leaders à créer, sur la durée, les conditions propices à la réussite.

Relier les systèmes éducatifs au monde du travail

Les cadres de l’éducation jouent également un rôle déterminant pour garantir que ce que les élèves apprennent correspond effectivement aux besoins des employeurs. La Banque mondiale a mis en évidence (a) des préoccupations croissantes quant aux inadéquations de compétences dans de nombreux pays, où les diplômés quittent l’école sans les aptitudes recherchées par les employeurs.

Les dirigeants peuvent contribuer à combler ce fossé en nouant des partenariats avec les employeurs, en renforçant l’orientation professionnelle, en modernisant les programmes de formation et en veillant à ce que les systèmes éducatifs restent en phase avec les réalités économiques. Autrement dit, ils assurent la passerelle entre l’école et l’emploi.

L’avantage concurrentiel réside dans les capacités humaines

Les capacités humaines dépendent de systèmes éducatifs capables de s’adapter en permanence, de progresser et de préparer les apprenants à affronter un avenir incertain. C’est pourquoi le leadership revêt une importance aussi décisive dans l’éducation.

Le leadership est la force motrice qui transforme la vision en action. Il renforce les enseignements, fédère les parties prenantes, relie l’éducation aux besoins du monde du travail et crée les conditions d’un changement durable à l’échelle du système. Pour prospérer dans l’économie de demain, les pays ne devront pas seulement être dotés des technologies les plus avancées. Les pays qui réussiront seront ceux qui auront su se doter de leaders capables de bâtir des systèmes éducatifs où chacun peut continuer à apprendre, à grandir et à s’adapter tout au long de sa vie.


Harriet Nannyonjo

Spécialiste senior de l'éducation, Pôle mondial d'expertise en Éducation, Banque mondiale

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