Une bonne santé est le socle du potentiel humain, elle favorise l’éducation, l’emploi et la productivité des individus. Pour les habitants des pays émergents, il est primordial d’être partie prenante d’une économie dynamique. Toutefois, l’ampleur des enjeux sanitaires mondiaux est colossale, puisqu’on estime que 4,5 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des services de santé essentiels. Les systèmes de santé du monde entier sont aux prises avec un déficit de professionnels, à des problèmes d’infrastructures, à une demande croissante et à des obstacles financiers. Face à une telle situation, l’IA propose des solutions prometteuses.
Réduire les disparités d’accès
Le premier défi à relever est celui de l’accès aux services de santé. Même quand ils existent, la fragmentation des systèmes aboutit souvent à une mauvaise orientation des patients, donc à des hôpitaux surchargés, à des dépenses non nécessaires et à préjudices évitables.
C’est là que l’intelligence artificielle (IA) peut être utile. Triage virtuel, diagnostics à distance et décisions cliniques guidées par l’IA sont des solutions susceptibles de rapprocher les services de santé des personnes vivant dans des zones reculées, ou encore d’aiguiller plus rapidement les patients vers le service de soins adapté à son cas. Ces technologies peuvent renforcer les soins primaires, améliorer l’orientation des patients et favoriser la détection précoce de maladies.
Au Brésil, IFC a investi dans ISA Saúde (a), une entreprise des technologies de la santé (HealthTech) qui utilise l’IA pour déceler de manière précoce tout signe de détérioration de l’état d’un patient à son domicile et déclencher une intervention. En Éthiopie, des équipements à ultrasons portables et basés sur l’IA aident les agents de santé en milieu rural à détecter en amont les grossesses à risque, ce qui favorise des accouchements plus sûrs. En Inde, l’IA améliore la détection précoce et le traitement de la tuberculose (a). Tous ces outils sont conçus pour fonctionner avec des équipements simples, une connectivité limitée et en langue locale, des avantages de taille quand les ressources sont limitées. Le Groupe de la Banque mondiale appelle « petites IA » ces solutions à faible coût et fort impact là où des infrastructures massives généralement associées à l’IA sont inabordables.
Aider les professionnels de santé, et non les remplacer
L’IA ne remplace pas les professionnels de santé : elle renforce leurs capacités à exercer leur métier. Le secteur de la santé est l’un des cinq secteurs dans lesquels le Groupe de la Banque mondiale s’attache à accélérer la création d’emplois, aux côtés des infrastructures et de l’énergie, de l’agroalimentaire, du tourisme et de l’industrie manufacturière à valeur ajoutée.
Un secteur de la santé robuste favorise la santé des travailleurs et crée des emplois. Souvent, les infirmières, les agents de santé communautaires et les médecins généralistes ne bénéficient pas de l’aide de spécialistes et n’ont que des moyens très limités. Mais l’IA est en train de changer la donne.
Des outils d’aide à la décision alimentés par l’IA peuvent les aider à faire des diagnostics plus rapides et plus précis, à choisir les meilleurs traitements et à limiter les risques d’erreur médicale. Ils apportent les connaissances des spécialistes là où elles faisaient défaut auparavant. Néanmoins, tous ces progrès nécessitent un investissement important : les professionnels de santé doivent être formés à utiliser efficacement les outils de l’IA et à bien comprendre leurs avantages, mais aussi leurs limites.
L’implication des personnels ne se limite pas à ceux des hôpitaux et des centres de santé. Les systèmes de santé reposant sur l’IA dépendent d’un écosystème plus vaste qui inclut les laboratoires, les experts en données, les fabricants d’équipements médicaux, les logisticiens, les plateformes de télémédecine et les spécialistes des infrastructures numériques. À mesure que l’adoption de l’IA progresse, le développement des compétences doit suivre le rythme. Il faut créer de nouveaux emplois dans les domaines du diagnostic, de la santé numérique, de la fabrication et des chaînes logistiques. Dans beaucoup de pays, ces secteurs émergents offrent de nombreux débouchés, en particulier pour les femmes et les jeunes.
Relever des défis concrets
L’IA n’est pas le remède miracle. Exploiter tout son potentiel suppose de s’attaquer de front à des défis pratiques et éthiques. D’une part, la fiabilité de la connectivité n’est pas toujours garantie. D’autre part, les données de santé comptent parmi les informations personnelles les plus sensibles, ce qui soulève de sérieuses préoccupations en matière de protection de la vie privée, de gouvernance des données (a) et de cybersécurité (a).
Les systèmes d’IA entraînés à partir de données non représentatives risquent de fonctionner selon des algorithmes biaisés, et en l’absence de contrôle, ces biais peuvent creuser les inégalités existantes en matière de santé. C’est pourquoi les cadres réglementaires doivent être adaptés. Les gouvernements et les autorités de santé ont besoin de normes claires en matière de validation des données, de sécurité clinique, de responsabilité et de transparence.
Le modèle indien
L’Inde occupe une place particulière dans le paysage mondial de l’IA. Ses infrastructures numériques publiques, son solide système de santé et son secteur technologique dynamique sont autant de facteurs qui stimulent l’innovation. Les systèmes nationaux d’identité numérique et les cadres d’interopérabilité des données de santé ont jeté les bases nécessaires au déploiement à grande échelle de solutions de santé numérique.
En plein essor, l’écosystème de l’innovation indien développe des outils de télémédecine, de diagnostic, de génomique et d’analytique en matière de santé. Des entreprises telles que Medgenome (a), soutenue par IFC et l’un des leaders du diagnostic basé sur la génomique, utilise l’apprentissage automatique fondé sur l’IA pour identifier des variants génétiques et permettre des diagnostics et des traitements plus précis.
L’IA au service d’un système de santé équitable et résilient : ce message était au cœur du Sommet sur l’impact de l’IA organisé en Inde, où des dirigeants de nombreux secteurs se sont réunis pour faire en sorte que l’IA apporte des avantages sûrs et mesurables à la population.
La voie à suivre
En avril 2024, le Groupe de la Banque mondiale s’est fixé un objectif ambitieux : garantir à 1,5 milliard de personnes des services de santé de qualité et abordables d’ici 2030, ce qui nécessitera de l’investissement public, de l’innovation privée et un développement technologique responsable.
L’IA n’est pas un outil passif, c’est un facteur actif du changement. Si elle est judicieusement intégrée aux systèmes de santé, l’IA contribue à élargir l’accès, à soutenir les professionnels sur le terrain, à améliorer la prise de décision ainsi que l’efficacité du système. Cependant, la technologie n’est pas la seule responsable du résultat. La véritable promesse de l’IA ne réside pas dans la production d’algorithmes, mais dans une population en bonne santé, des systèmes plus robustes et un accès plus équitable à la santé. Utilisée à bon escient et de manière responsable, l’IA peut avoir un effet multiplicateur et, ainsi, aider les pays à surmonter des obstacles tenaces et à offrir des soins de santé de qualité à des millions de personnes supplémentaires.
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