Alors que les besoins alimentaires ne cessent de croître, investir dans l’agriculture peut être une entreprise risquée, en particulier dans les marchés émergents. Des législations opaques en matière de propriété foncière risquent d'entamer les profits. Et les restrictions sur les transferts de capitaux à l’étranger peuvent dissuader les investisseurs. À cela s’ajoutent l’environnement politique incertain et les conflits armés, qui risquent de faire dérailler même les investissements les plus prometteurs. Le résultat est sans appel : une croissance économique entravée et des opportunités de création d’emplois et d’amélioration des conditions de vie perdues.
C’est précisément la raison pour laquelle les garanties sont importantes. Dans le cadre de l’initiative AgriConnect, par exemple, l’assurance contre les risques politiques et d’autres instruments de garantie font partie intégrante des leviers mobilisés pour faire en sorte que les activités agro-industrielles profitent aux agriculteurs, génèrent des emplois et renforcent la sécurité alimentaire. La Plateforme de garanties du Groupe de la Banque mondiale, placée sous l'égide de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) (a), regroupe désormais l’ensemble des produits de garantie proposés par le Groupe de la Banque mondiale. Nous nous sommes entretenus avec Nabil Fawaz, expert en agro-industrie à la MIGA pour en savoir plus sur l’impact de ce type d’instrument.
Quel est l’un des risques les plus fréquents qui freinent les investissements agricoles dans les marchés émergents ?
Il est difficile de généraliser, mais un obstacle récurrent tient au risque de ne pas pouvoir convertir la monnaie locale en devise étrangère, ce qui empêche les investisseurs de rembourser leur dette ou de rapatrier leurs dividendes. Dans certains cas, les contrôles sur les capitaux exercés par les autorités rendent la conversion difficile ; dans d’autres, ce sont des restrictions sur les marchés des changes ou, plus simplement, une pénurie de devises étrangères. La réalité est simple : si les investisseurs ne peuvent pas sortir leur argent du pays, le niveau de revenus générés importe peu. La possibilité de rapatrier les bénéfices ou d’honorer ses engagements financiers est fondamentale. La MIGA peut couvrir ce risque, permettant ainsi aux investisseurs de placer leurs capitaux là où leur impact sera le plus grand.
Avez-vous un exemple concret où les garanties ont transformé la situation des entreprises et des populations ?
Absolument. Chaque garantie raconte une histoire de développement économique et de création d’emplois. Prenons le cas du Togo. Le gouvernement souhaitait renforcer le secteur de l’agroalimentaire, qui emploie près de la moitié de la population active, et avait besoin de liquidités pour financer l’importation d’engrais. Or, les banques étrangères se montraient réticentes à prêter. La MIGA a contribué à y remédier (a). L’année dernière, nous avons fourni une garantie à la banque française Société Générale afin de couvrir le risque de non-paiement par l’État togolais dans le cadre d’un mécanisme de financement du commerce à court terme destiné à aider les entreprises locales à importer des engrais et autres produits. Les pouvoirs publics sont désormais mieux en mesure de soutenir un secteur agroalimentaire plus performant, ce qui permettra de renforcer la sécurité alimentaire et de booster les emplois.
S'agissant de l’initiative AgriConnect, en quoi la Plateforme de garanties modifie-t-elle la façon de travailler ?
Nous souhaitons identifier de manière plus proactive — et au sein d’un Groupe de la Banque mondiale qui ne fait qu’un — les grands projets d’infrastructures liés à l’agro-industrie qui nécessiteront des capitaux privés étrangers pour aboutir. Il s’agit généralement de partenariats mis en œuvre par le secteur privé avec des financements publics, comme des systèmes d’irrigation, des infrastructures de transport, des installations d’entreposage frigorifique et de transformation, ou encore des zones agro-économiques spéciales. Ces initiatives impliquent fréquemment un engagement financier de long terme de la part du gouvernement, s’étendant sur 10, 15 ou 20 ans. Si l’engagement initial des pouvoirs publics est clair, qu’en sera-t-il à l’avenir ? Les investisseurs cherchent à se prémunir contre le risque d’une rupture contractuelle. Et la MIGA peut offrir cette protection. De plus, une garantie de la MIGA signifie que nous interviendrons pour aider les deux parties à trouver une solution, en évitant ainsi le recours à l’arbitrage. Nous allons donc bien au-delà d’un simple rôle d’« assureur ».
Qu’ignore-t-on souvent à propos des garanties de la MIGA ?
Nous ne nous contentons pas de garantir les remboursements : en travaillant avec nous, les investisseurs peuvent obtenir de meilleures conditions de financement. Lorsque la MIGA intervient, la banque prête sur la base de la notation de crédit du Groupe de la Banque mondiale — triple A —, et non en fonction de celle de l’État souverain concerné. Cela se traduit par des coûts d’emprunt plus faibles et des maturités plus longues.
Une dernière question : pourquoi ces garanties sont-elles encore si peu utilisées, malgré leurs avantages pour les investisseurs dans les économies émergentes ?
Bonne question [en français dans le texte]. Tout d’abord, il faut dire que le Groupe de la Banque mondiale applique un processus d’examen rigoureux. Les investisseurs redoutent une procédure complexe, longue et coûteuse. Pour des projets de petite taille — par exemple de l’ordre de 5 millions de dollars — ces garanties peuvent effectivement ne pas paraître adaptées. Mais en travaillant avec nous, les investisseurs bénéficient de bien plus qu’une garantie. Ils sont tenus de respecter nos normes environnementales, sociales et de gouvernance, ce qui renforce à la fois leur crédibilité et leurs opérations. Dans ce cadre, nous les accompagnons pour analyser en profondeur les impacts environnementaux et sociaux de leurs projets et procéder aux ajustements nécessaires. En définitive, un partenariat avec le Groupe de la Banque mondiale peut présenter un grand nombre d’avantages.
Entretien réalisé par Aliza Marcus, chargée de communication senior à IFC
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