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Pour la résilience et le développement : soyons à la hauteur du défi de l’adaptation

Pour la résilience et le développement : soyons à la hauteur du défi de l’adaptation

Une personne sur cinq dans le monde est fortement exposée (a) à des risques climatiques : victime potentielle des inondations, canicules, cyclones ou sécheresses, elle est en outre plus vulnérable à cause de la pauvreté ou d’un accès limité à des services aussi essentiels que l’eau, l’électricité, la protection sociale ou les services financiers. Pour autant, tout n’est pas sombre dans ce tableau. En effet, la proportion de personnes fortement exposées à des aléas climatiques a diminué de moitié entre 2010 et 2021, ce qui prouve que des progrès s’accomplissent à travers le monde et que le développement favorise la résilience.

En Asie du Sud, par exemple, cette baisse résulte en grande partie de la réduction de la pauvreté et de l’amélioration de l’accès aux services financiers, à l’électricité et à l’éducation. Notre analyse (a) montre qu’une augmentation de 10 % des revenus pourrait réduire de près de 100 millions le nombre de personnes dans le monde fortement exposées à des risques climatiques. En bref, le développement peut considérablement renforcer l’aptitude des populations à faire face aux chocs et à s’en remettre.
 

Figure 1 : Proportion d’habitants fortement exposés à des risques climatiques, 2010-2021

 

The World Bank



Source : Données de l’indicateur de la Fiche de performance du Groupe de la Banque mondiale se rapportant au pourcentage de personnes fortement exposées aux risques liés au climat (https://scorecard.worldbank.org) (a) ; Hill et al. (à paraître) (a).

 

Mais le développement ne suffit pas, en particulier face à l’augmentation des risques : élévation des températures, multiplication et intensification des catastrophes naturelles, etc. Comme l’indique le rapport Rising to the Challenge (a) de la Banque mondiale, le renforcement de la résilience nécessite une triple approche, alliant un développement plus rapide, un développement plus solide et des efforts d’adaptation ciblés.

Cela implique d’instaurer des politiques et systèmes appropriés, en faisant en sorte que les décisions publiques comme les investissements privés prennent en considération les risques climatiques actuels et futurs.

D’ores et déjà, des mesures d’adaptation bien conçues démontrent que c’est possible. Lors des inondations de 2024 en Pologne, un barrage contre les crues a permis de protéger plus de 2,5 millions d’habitants et leurs villes de la vallée de l’Oder. Cependant, tous les pays ne disposent pas des mêmes ressources et n’atteignent pas ce degré de préparation. Pour contribuer à y remédier, la Banque mondiale a procédé à l'évaluation de la préparation de 45 pays (a) en les passant au crible du cadre fourni par ses Principes d’adaptation (a). L’objectif : identifier les domaines en progrès et ceux qui restent à soutenir.

 

Figure 2 : Synthèse du degré d’adaptation et de résilience des pays selon six indicateurs

 

The World Bank
 

 

Source : Évaluations de la Banque mondiale sur le degré de préparation à l’adaptation et à la résilience (A&R readiness assessments). Voir détails ici (a)

Note : La notation pour chaque indicateur est de 1 (embryonnaire), 2 (émergent) ou 3 (établi), en fonction de données, de contributions d’experts et de comparaisons avec des pays semblables. Le graphique illustre la note moyenne de chaque pays par indicateur (points), la moyenne de l’ensemble des pays (croix), et l’intervalle interquartile (la médiane des notes, du 25e au 75e centile), représenté par les boîtes colorées.

 

Ces évaluations identifient des insuffisances critiques et des priorités. Elles soulignent aussi des succès démontrés et des enseignements pratiques, que les pays peuvent reproduire et développer à plus grande échelle.

  • Données climatiques et alertes précoces : des données de qualité et en accès public sur le changement climatique (a) et sur les risques naturels sont d’une importance cruciale. Si de nombreux pays ont amélioré leurs capacités hydrométéorologiques, la plupart manquent toujours des données localisées et à haute définition nécessaires pour une planification efficace. Des interventions menées avec succès dans de nombreux pays peuvent être reproduites. Par exemple, au Bangladesh, l’amélioration des informations hydrométéorologiques a permis des réductions de pertes en récoltes pouvant atteindre 75 %.
  • Infrastructures et planification résilientes : construire des infrastructures résilientes présente un intérêt économique (a). Pourtant, de nombreux pays utilisent encore des codes de la construction et des plans d’occupation des sols obsolètes, qui ne tiennent pas compte des risques climatiques, même quand leurs villes se développent rapidement dans des zones inondables (a). Dans les États insulaires du Pacifique, un programme régional de transports (a) s'emploie à mettre en place un processus de planification qui intègre la prise en compte des risques climatiques, des solutions fondées sur la nature et des réformes techniques. Ces efforts ont entraîné une baisse des coûts de 20 % pour la maintenance et de 75 % pour la remise en état à la suite d’une catastrophe.
  • Gestion des risques et protection sociale : certains pays sont encore dépourvus de stratégies nationales de gestion des risques de catastrophe climatique. Cependant, des programmes ciblés apportent un progrès. Au Niger, un système de protection sociale modulable, capable de s'adapter rapidement face à une situation de sécheresse, a amélioré de 8 % la sécurité alimentaire et de 18 % la consommation des ménages. Dans la Corne de l’Afrique, un programme d’intervention en cas de sécheresse a aidé 1,5 million d’éleveurs nomades à accéder à des assurances et autres services financiers (a). 
  • Résilience macroéconomique : un retard majeur s’observe en la matière car seuls de rares pays adoptent des mesures relatives aux risques budgétaires et financiers en lien avec le climat. Il en est cependant quelques-uns qui ouvrent la voie. Ainsi, les Philippines appliquent une stratégie de financement des risques de catastrophe prévoyant une gamme d’instruments financiers pour mieux se préparer à ces évènements. La Colombie a elle aussi établi un cadre institutionnel solide qui, entre autres mesures, soumet son système financier à des tests de résistance au risque climatique.
  • Coordination institutionnelle et action locale : même quand des stratégies sont en place, leur application reste souvent limitée par manque de mise en œuvre concrète et de coordination dans l’ensemble des secteurs concernés. Vanuatu mène une action exemplaire à cet égard en consacrant 15 % de son budget à la résilience et en renforçant la gouvernance locale pour que les services délivrés tiennent compte des risques et répondent aux besoins des habitants.

Lorsqu’un pays se dote de systèmes robustes, sa population est mieux protégée, ses entreprises peuvent s’adapter et les autorités sont à même de prendre des décisions plus rapides et plus avisées. Nos évaluations nationales (a) constituent des feuilles de route éclairant les actions à entreprendre. Pour les décideurs, ces actions consistent à définir des priorités claires, à orienter les investissements, à suivre les progrès et à aligner les efforts sur l’objectif global d’adaptation (a).

Pour la population, il s’agit de renforcer la résilience là où elle compte le plus. 

Pour nous tous, il s’agit d’être à la hauteur du défi, non seulement pour être prêts pour la prochaine crise mais aussi pour poser les fondations d’un avenir plus résilient et plus inclusif.


Jia Li

Économiste senior, cellule Changement climatique, Banque mondiale

Stéphane Hallegatte

Économiste en chef pour le changement climatique, Banque mondiale

Esther Naikal

Économiste senior, cellule Changement climatique, Banque mondiale

Jia Jun Lee

Économiste, cellule Changement climatique, Banque mondiale

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