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Agriculture climato-intelligente : ce que l’Afrique enseigne au reste du monde

Ademola Braimoh's picture
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Le climat de notre planète évolue — une tendance qui devrait se maintenir dans un avenir prévisible. L’agriculture sera particulièrement touchée, la hausse des températures, la modification des régimes de précipitations et la recrudescence des maladies et des attaques de ravageurs constituant autant de risques nouveaux qui fragiliseront un peu plus le système alimentaire mondial. En bref, le changement climatique compliquera encore plus la lutte pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté.

Jusqu’à récemment, l’agriculture n’était qu’un sujet secondaire dans les discussions relatives au changement climatique qui se focalisaient plutôt sur les changements climatiques causés par l’activité humaine. Mais la situation a radicalement changé lors des dernières négociations des Nations Unies sur le climat à Bonn, pour la COP23, avec la décision des pays d’intégrer l’agriculture dans l’Accord de Paris. Cette décision capitale traduit la reconnaissance croissante de la contribution de l’agriculture au changement climatique, de l’obligation pour les systèmes agricoles de s’adapter et du rôle potentiel du secteur dans l’atténuation des effets de ce dérèglement.
 
Toutes ces idées trouvent leur incarnation dans le concept d’agriculture intelligente face au climat (ou « climato-intelligente »), qui sous-tend une stratégie de transformation et de réorientation des systèmes agricoles pour garantir la sécurité alimentaire face à la nouvelle donne climatique. Cette approche repose sur trois piliers : 1) augmenter durablement la productivité agricole pour permettre d’améliorer équitablement les revenus, la sécurité alimentaire et le développement ; 2) adapter et renforcer la résilience au changement climatique à tous les niveaux, de la ferme à un pays entier ; et 3) trouver des solutions pour réduire les émissions de gaz à effets de serre du secteur agricole. 
 
La mobilisation croissante des plus hauts dirigeants en faveur d’une agriculture climato-intelligente se traduit de plus en plus par des changements de pratiques agricoles dans le monde entier.
 
Prenez la Zambie, un pays où la Banque mondiale appuie les efforts du gouvernement pour généraliser les pratiques agricoles intelligentes dans la province Orientale, victime de longues sécheresses et pénalisée par le déclin de la santé des sols : grâce au Projet de gestion des marchés communautaires pour la conservation du paysage, des communautés et groupes d’agriculteurs zambiens ont reçu 814 000 dollars en  échange de leurs efforts pour lutter contre la déforestation et la dégradation des forêts et promouvoir une agriculture à l’épreuve du climat. Du Niger au Mozambique, les clients de la Banque mondiale sollicitent toujours davantage son aide pour adapter progressivement leurs secteurs alimentaire et agricole au changement climatique.
 


La soif de connaissances pratiques et concrètes sur l’approche climato-intelligente est également perceptible. Cela a conduit la Banque mondiale à produire une brochure présentant 10 expériences réussies en Afrique pour combattre la sécheresse (Maroc), augmenter la productivité grâce à un mode d’irrigation intelligent (Tanzanie) ou améliorer la caféiculture en s’appuyant sur un partenariat public-privé (Ouganda).
 
Toutes ces initiatives sont parvenues à améliorer les niveaux de vie et la résilience des petits exploitants mais également à réduire les émissions.
 
À Nyando, dans l’ouest du Kenya, la création de villages climato-intelligents a permis à des familles, dont   81 % d’entre elles, connaissaient jusque-là un ou deux mois de disette par an, de manger mieux et en plus grande quantité. En Ouganda, les arbres d’ombrage introduits dans les plantations de café contribuent à améliorer les récoltes en réduisant la température de 2 à 5 °C et en évitant les pertes. Sans mesures d’adaptation, le manque à gagner peut atteindre plus de 100 millions de dollars par an. En Afrique de l’Ouest, les chercheurs ont mis au point de variétés de cultures vivrières résilientes au climat — riz (Mali), banane et plantain (Côte d’Ivoire) ou maïs (Bénin) — et facilité l’accès à des systèmes plus efficaces de récupération de l’eau. À travers ses projets en appui à une agriculture climato-intelligente en Afrique de l’Ouest, la Banque mondiale a amélioré les revenus de plus de 7 millions d’agriculteurs et introduit une gestion intelligente face au climat sur 4 millions d’hectares de terres.
 
Ce n’est qu’un début : avec son Business Plan pour le climat en Afrique, la Banque mondiale œuvre pour l’adoption de pratiques agricoles intelligentes face au climat sur tout le continent africain. Elle s’emploie à favoriser avec ses partenaires l’introduction de politiques reposant sur une agriculture climato-intelligente et finance des programmes d’investissement pour développer des technologies adaptées. Les précieux enseignements de son expérience en Afrique doivent essaimer dans le reste du monde. Alors que les gouvernements s’engagent à bâtir un système alimentaire plus durable et à l’épreuve du climat, les villages du Kenya et les caféiculteurs d’Ouganda convertis à l’agriculture intelligente face au climat constituent autant d’exemples à suivre et qui se multiplieront à mesure que ces pratiques feront des émules sur le continent africain.

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