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Madagascar 25 ans après : les investissements dans le développement humain portent leurs fruits !

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25 ans après son premier séjour à Madagascar, Lynne Sherburne-Benz, spécialiste de la protection sociale et de l’emploi, analyse les effets des programmes en faveur du développement humain.

Je me suis rendue à Madagascar pour la première fois en 1985, pendant mes études. Je faisais alors des recherches au Centre national de la recherche appliquée au développement rural (FOFIFA), le centre de recherche agricole de Madagascar. J’ai eu la chance de pouvoir revenir dans le pays au début des années 90 en tant que chef d’équipe d’un projet financé par la Banque mondiale, à une époque où la Banque restructurait ses projets pour lutter contre les effets de la sécheresse qui sévissait dans le sud de l’île. Vingt ans plus tard, je suis de retour dans le sud de ce beau pays, qui malheureusement souffre à nouveau de la sécheresse et figure toujours parmi les pays les plus pauvres au monde.

Toutefois, même si la malnutrition, les retards de croissance des enfants et la pauvreté continuent d’accabler les ménages de la région, on constate une grande différence par rapport au passé : la population bénéficie maintenant de programmes de développement humain (notamment un nouveau programme de protection sociale) étroitement associés aux activités que les spécialistes de la nutrition communautaire de l’Office national de la nutrition (ONN) mènent dans les villages. La Banque mondiale soutient aussi ces efforts avec un programme de santé et d’éducation d’urgence qui a permis de distribuer aux populations locales des kits et manuels scolaires ainsi que les fournitures dont elles avaient tant besoin. Grâce à ces structures, les pouvoirs publics et les partenaires peuvent intensifier beaucoup plus facilement leur action et réagir en cas d’urgence.

La population de la partie sud de Madagascar a connu plusieurs années successives de mauvais rendements agricoles qui ont commencé avec l’invasion massive de sauterelles en 2013. Ces 20 dernières années, on constate un déficit de précipitations d’environ 75 % par rapport à la moyenne, à cause du phénomène climatique El Niño. Conséquences : jusqu’à 95 % de récoltes en moins, plus d’un million de personnes souffrant d’insécurité alimentaire, 35 000 enfants de moins de cinq ans atteints de malnutrition aiguë modérée et 12 000 autres de malnutrition aiguë sévère.

La Banque mondiale a réagi à cette situation d’urgence en approuvant en novembre dernier un financement supplémentaire de 35 millions de dollars dans le cadre duprojet de filets de protection sociale de Madagascar (a) sous forme de transferts monétaires, de dons pour le rétablissement des moyens de subsistance et de services de nutrition au profit des ménages extrêmement pauvres vivant dans les zones les plus durement touchées des régions Androy et Anosy. Environ 350 000 personnes bénéficieront de ce programme sur une période de trois ans.  Son objectif ultime : leur permettre de reprendre pied, renforcer les capacités humaines et la productivité de la génération actuelle et prochaine.

Les premiers versements au titre des transferts monétaires ont débuté en décembre 2016. J’ai accompagné une équipe de la Banque mondiale composée de spécialistes de la protection sociale, de l’éducation, de la santé et de la nutrition — ainsi que des représentants des partenaires d’exécution (ministère de la Population, de la Protection sociale et de la Promotion de la femme, Fonds d’intervention pour le développement et ONN) — à Amboasary Sud et à Ambovombe pour observer la mise en œuvre de ce programme et comprendre comment les ménages en tirent profit. Nous avons rencontré des mères de famille, des enfants, des élèves, des enseignants, des techniciens de la nutrition, des infirmières, des médecins et des notables locaux.

J’ai décelé à la fois du soulagement, de l’excitation et de l’espoir dans le regard des mères qui recevaient leur allocation mensuelle de 60 000 ariarys, soit l’équivalent de 20 dollars. Elles m’ont expliqué que cet argent leur permettrait de couvrir les besoins immédiats de leur ménage. La nourriture arrive en tête de liste, mais les ménages manquent aussi d’objets de base — casseroles, poêles, couvertures, bidons d’eau, etc. —, car ils ont dû les vendre pour survivre à la longue sécheresse. J’ai été heureuse d’apprendre que certaines de ces femmes songeaient déjà à se lancer dans de petites activités productives telles que l’élevage de poulets ou la culture de la terre.

Nous avons rencontré aussi d’autres acteurs qui contribuent indéniablement à améliorer la situation de la région. Nous avons parlé de la façon dont les opérations axées sur la protection sociale peuvent accompagner les activités menées par leurs organisations pour aider la population à investir dans de modestes activités de production. Nous devons absolument réfléchir aux interactions que nous pouvons établir avec ces programmes pour consolider et pérenniser les progrès. De même, nous devons instaurer des stratégies innovantes de communication avec les populations locales, les bénéficiaires et en particulier les mères de famille pour les aider à comprendre combien il est important d’investir dans leurs enfants une partie des ressources qu’ils reçoivent. Car cela leur permettra de faire face aux futurs chocs.

Le programme prévoit de verser pendant trois ans des allocations aux femmes chefs de famille et accorde une importance particulière à la nutrition, à l’éducation et aux petites activités de production. Il est extrêmement important de relier les questions d’éducation, de nutrition, de santé et d’amélioration des activités productives pour briser le cycle de la pauvreté dans lequel la population du Sud est enfermée depuis tant d’années. Néanmoins, le problème de la pauvreté endémique ne sera pas résolu en trois ans et le gouvernement devra rester actif pendant longtemps dans cette région pour résoudre ses problèmes de développement étroitement imbriqués.

En trois ans, cependant, ce type de programme de redressement initial peut établir les grandes lignes du système de protection sociale national que Madagascar a récemment élaboré pour aider les plus pauvres, en renforçant le capital humain de leurs enfants et en leur donnant accès à des activités productives. Le développement des capacités intellectuelles des jeunes enfants, grâce à une alimentation saine et des activités de stimulation cognitive précoce, est un investissement qui profitera aux enfants et à leur pays durant toute leur existence. Une fois accomplis, ces progrès perdurent. L’investissement dans l’éducation et la nutrition est donc l’un des investissements productifs les plus importants auxquels ce programme de protection sociale peut contribuer.

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