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Célébrer (et s’inspirer de) ces leaders qui font la différence

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Emeline Siale Ilolahia, Paula Gaviria Betancur, Jan Walliser, Nacianceno Mejos Pacalioga, Muhammad Musa et Sofiane Ben Mohammed Sahraoui
Emeline Siale Ilolahia, Paula Gaviria Betancur, Jan Walliser, Nacianceno Mejos Pacalioga, Muhammad Musa et Sofiane Ben Mohammed Sahraoui.


Qu’est-ce qui définit un leader ? Comment ceux-ci parviennent-ils à rassembler autour d’une cause commune, même dans un contexte marqué par des profonds désaccords voire un véritable conflit ?

Cette question était au cœur de l’édition 2017 du Forum mondial sur le leadership, consacré à la nécessité croissante de pratiquer un « leadership collaboratif » dans des sociétés toujours plus clivées.

L’événement, organisé le 6 mars dernier à la Banque mondiale avec le Partenariat mondial pour un leadership collaboratif au service du développement (GPCL4D), cherchait à faire émerger des solutions pour ne laisser personne au bord du chemin, malgré des fractures sociales souvent profondes. Festus G. Magae (a), ancien président du Botswana et négociateur pour la paix au Soudan du Sud, ainsi que Frank Pearl Gonzalez, négociateur en chef pour les pourparlers de paix en Colombie, faisaient partie des invités d’honneur. 

Le forum a également rendu hommage à cinq dirigeants du Bangladesh, de Colombie, des Philippines, des îles Tonga et de Tunisie pour leurs capacités exceptionnelles de mobilisation des énergies, des idées et des ressources face à la pauvreté et aux défis du développement. Ils sont devenus les premiers lauréats des Jose Edgardo Campos Collaborative Leadership Awards, un prix non pécuniaire créé à la mémoire d’Ed Campos, un économiste politique de la Banque mondiale connu pour ses travaux en matière de corruption et de renforcement des institutions, qui était aussi un chef charismatique et un magnifique musicien.

Ces cinq personnalités, issues des cercles gouvernementaux, de la société civile, du monde universitaire et du secteur privé, possèdent une expérience précieuse pour qui veut comprendre ce qu’un leadership efficace requiert comme qualités et tactiques.

Voici leurs secrets et leurs conseils

Pour Paula Gaviria Betancur (a), conseillère sur les droits humains auprès de la présidence de la Colombie, qui a reçu le Campos Award pour l’Amérique latine et les Caraïbes récompensant sa contribution à l’accord de paix entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie, trois qualités sont indispensables pour réussir : la détermination, une certaine souplesse et une farouche croyance en l’objectif final.

« Vous devez savoir exactement où vous allez », a expliqué celle qui est à l’origine d’une ambitieuse initiative de réinsertion et, plus généralement, d’aide aux victimes d’un conflit qui aura duré de longues décennies. À ce jour, la Colombie a indemnisé 700 000 victimes, réhabilité 200 000 hectares de terres et assuré un soutien psychosocial à plus de 300 000 personnes.

« Il faut écouter tout le monde, avec leurs peurs, leurs idées et leurs interrogations. Et quand vous vous trompez, vous devez être capable de l’accepter et de surmonter ces difficultés. »

Il faut également apprendre à entendre les critiques sans les prendre pour soi, a estimé Emeline Siale Ilolahia, directrice exécutive du Forum de la société civile des Tonga (a), dont l’action en faveur de la constitution de coalitions au service du changement a été récompensée par le Campos Award pour l’Asie de l’Est et le Pacifique.

Quand on réunit des gens aux profils divers, la personnalité de chacun joue souvent un rôle clé, a-t-elle expliqué : « Pour faire avancer les choses, vous devez comprendre d’où viennent vos interlocuteurs et éviter que les préjugés n’interfèrent avec le déroulement des discussions. »

Dans un pays où l’idée de démocratie est relativement nouvelle — puisque les îles Tonga sont devenues une monarchie constitutionnelle et une démocratie parlementaire en 2010 après des siècles de règnes dynastiques — elle a milité pour faire naître un consensus autour des qualités d’un bon dirigeant.
 
« Nous devons réussir à créer un point de départ à partir d’opinions divergentes puis définir clairement et collectivement les enjeux clés avant de nous mettre d’accord sur l’objectif — la raison pour laquelle nous sommes rassemblés. Parce que c’est cet objectif, et lui seul, qui va cimenter les relations du groupe. »

Pour faire émerger cette coalition, le Forum de la société civile des Tonga s’est efforcé d’analyser l’opinion publique en organisant différents groupes de réflexion. 

Cette volonté de faire remonter les opinions des citoyens était aussi au cœur de l’action de Nacianceno Mejos Pacalioga, maire de Dumingag, dans la province de Zamboanga del Sur aux Philippines, et lauréat du Campos Award pour l’ensemble de son action. Le jury a salué le pionnier chez ce responsable public, connu pour ses capacités de dialogue et sa gouvernance réactive, qui a su tisser des partenariats ouverts à tous et mettre en place des programmes axés sur les résultats.

Pour lui, il faut aller régulièrement à la rencontre des gens, sur le terrain, pour leur parler, et passer du temps avec eux afin d’expliquer les projets et de mieux cerner les difficultés à résoudre.

En 12 ans, le taux de pauvreté dans sa municipalité a chuté de 92 à 42,8 % et le recul se poursuit, a-t-il noté. Après avoir été maire pendant neuf ans, la durée maximale autorisée, il est désormais maire adjoint de cette ville de 52 000 habitants, parallèlement à une activité agricole puisqu’il cultive du riz et des légumes bio et élève du bétail. 

« Mon conseil, c’est de connaître parfaitement la ville que vous dirigez et de vous efforcer d’aller au fond des problèmes qui émergent, pour servir vos administrés en votre âme et conscience. »

Tout leader se doit aussi d’être pragmatique, a rappelé le Tunisien Sofiane Ben Mohammed Sahraoui, lauréat du Campos Award pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord et fondateur du Réseau pour la recherche en administration publique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENAPAR), unique en son genre dans les pays arabes.

« Une fois l’objectif fixé, vous devrez faire des compromis, pour trouver un terrain d’entente avec toutes les parties prenantes », a déclaré M. Sahraoui. « Faites des alliances, et faites-le bien, en privilégiant l’intégrité, la transparence. »

Pour créer son réseau, il a sélectionné les gens susceptibles d’avoir de l’influence, a appris à gérer leurs égos puis organisé un marché régional de formations en ligne, en fournissant à la fois la technologie et le contenu. « Schématiquement, il s’agit d’exploiter les ressources du réseau pour les mettre ensuite à la disposition de tout un chacun. Mais nous avons aussi pour visée de faire émerger un leadership constructif pour que, plus tard, les personnes que nous avons formées occupent des postes à responsabilité dans leurs pays et œuvrent dans le bon sens. »

Innovation et vision sont deux autres maîtres mots d’un leadership collaboratif réussi. C’est ce sens de la vision qui a valu à Sir Fazle Abed, président fondateur du BRAC, au Bangladesh, le Campos Award pour l’Asie du Sud venu récompenser son action pour aider les pauvres à s’aider eux-mêmes. Car en faisant notamment appel à la microfinance, le BRAC aura permis à des millions de familles pauvres de s’extraire de la pauvreté.

« Quand il a créé le BRAC, Sir Abed avait une vision », a expliqué Muhammad Musa (a), directeur exécutif de la structure venu recevoir le prix au nom de son président, qui n’avait pas pu faire le déplacement. « Et cette vision, c’était non seulement de militer pour un monde sans pauvreté mais aussi pour un monde où chacun vaut autant que son prochain, un monde libéré de toute forme d’exploitation et de discrimination ».
 
Pour le GPCL4D et pour la Banque mondiale, en quête de solutions efficaces pour parvenir à un développement sans exclus, l’expérience de ces cinq leaders est une précieuse source de réflexions. 

« Un engagement crédible, un appui à la coordination et la promotion de la concertation sont la clé de politiques efficaces — et c’est là tout le secret d’un leadership collaboratif », a déclaré pour conclure Jan Walliser (a), vice-président pour la Croissance équitable, la finance et les institutions à la Banque mondiale.
 

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