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L’importance des mangroves pour la protection du littoral, en chiffres

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© Ursula Meissner/The Nature Conservancy
© Ursula Meissner/The Nature Conservancy


La saison des ouragans dans l’Atlantique Nord débute « officiellement » le 1er juin, et, selon les prévisions, les tempêtes pourraient, cette année encore, être plus violentes que la moyenne. Ce serait regrettable, car le préjudice financier a déjà battu tous les records l’année dernière. Les populations et les pays des Caraïbes et du Sud-Est des États-Unis ont été particulièrement touchés. Il est donc impératif de trouver des solutions durables afin d’atténuer ces risques.
 
De plus en plus de données montrent que les mangroves et autres habitats côtiers peuvent jouer un rôle important pour la protection du littoral, mais ces éléments restent limités. Or, en l’absence d’études évaluant précisément leurs avantages, il est difficile de convaincre la plupart des pays et des entreprises (assureurs, hôtels, etc.) d’investir dans ces protections naturelles.
 

C’est pourquoi, en 2016, The Nature Conservancy s’est associé à la Banque mondiale et à des scientifiques du secteur public, du secteur privé et du monde universitaire afin de définir une méthode permettant d’évaluer avec précision les effets bénéfiques des habitats côtiers pour la lutte contre les inondations (a). En résumé, nous avons recommandé d’évaluer ce service écosystémique au moyen des outils utilisés dans les secteurs de l’ingénierie, du risque et de l’assurance, en appliquant une « fonction des dommages anticipés ». Cette approche consiste à estimer le niveau des inondations et des dégâts causés avec et sans habitats côtiers sur l’intégralité de la distribution des fréquences des tempêtes (par exemple, une tous les 10 ans, tous les 25 ans et tous les 100 ans).
 
Avec l'Institut d'hydraulique environnementale de l'université de Cantabrie (a), nous avons expérimenté cette approche avec les autorités des Philippines et entrepris d’évaluer les avantages des mangroves pour ce pays (a). Nous avons constaté que, sans mangroves, les conséquences des inondations sur les personnes et les biens seraient supérieures de 25 % environ sur une année, au détriment en particulier des populations les plus marginalisées socialement.
 
Nous avons appliqué cette méthode aux mangroves du monde entier (a), soit à plus de 115 pays et 700 000 kilomètres de côtes, avec l’appui de l'Initiative internationale sur le climat (a).
 
Chaque année, les mangroves protègent plusieurs millions de personnes contre les inondations, et plusieurs milliards de dollars de biens dans le monde. Nos travaux montrent qu’elles ont une incidence non négligeable sur l’ampleur des inondations côtières et sur les dégâts causés, qu’il s’agisse de cyclones tropicaux extrêmes ou de phénomènes plus courants. Si les mangroves venaient à disparaître, le nombre de personnes subissant des inondations chaque année augmenterait de 18 millions, soit une hausse de plus de 39 %. Les dommages matériels augmenteraient quant à eux de 16 % et de 82 milliards de dollars. Rien qu’au Viet Nam, en Inde et en Chine, les mangroves protègent aujourd’hui plus de 12 millions de personnes des inondations. Grâce aux mangroves qui subsistent encore, ces trois pays auxquels viennent s’ajouter les États-Unis et le Mexique évitent chaque année 57 milliards de dollars de dommages sur les biens résidentiels et industriels. Nous constatons également qu’en général, les mangroves ont proportionnellement davantage d’effets sur les phénomènes moins extrêmes et plus fréquents. Si elles disparaissaient, le nombre de personnes touchées par des crues décennales s’accroîtrait de 32 %, et celui des personnes subissant des crues centennales de 16 %.
 
Nous avons également collaboré avec l’Union d'aide au développement (Bündnis Entwicklung Hilft), qui regroupe les plus grandes organisations non gouvernementales allemandes. Nous avons mis en commun nos informations sur la réduction de l’exposition aux inondations et leurs estimations sur la vulnérabilité (WorldRiskIndex), afin d’identifier les pays dans lesquels les mangroves pourraient être les plus utiles pour la réduction globale des risques. Ces analyses soulignent l’importance des mangroves pour les pays d’Afrique de l’Ouest et du Sud-Est, comme la Guinée, le Mozambique, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone et Madagascar.
 
Ces résultats montrent que nos écosystèmes naturels sont souvent plus précieux qu’on ne l’imagine, et que leur préservation bénéficiera directement aux populations et à la planète. Entre 1980 et 2005, 19 % des mangroves ont disparu dans le monde, entraînant une exposition croissante aux aléas côtiers, sous l’effet de la promotion immobilière, et une vulnérabilité accrue, du fait de la disparition des protections naturelles des côtes. Les approches conventionnelles de la protection du littoral ont tendance à se concentrer uniquement sur l’infrastructure bâtie, oubliant combien il importe de préserver les habitats naturels pour la sauvegarde des zones côtières. Nos études visent à faire évoluer ces approches et à montrer la valeur inestimable de nos mangroves et autres habitats côtiers pour notre propre protection.
 
Nous travaillons actuellement avec le secteur public (organismes de gestion des risques de catastrophes, notamment), afin d’utiliser ces données pour mieux déterminer les dépenses post-catastrophe et de relèvement. Et nous collaborons avec le secteur privé (entreprises d’assurance telles que Swiss Re et Munich Re), afin d’élaborer des outils de financement innovants pour appuyer la restauration des habitats en fonction des avantages qu’ils procurent sur le plan de la réduction des risques.
 
Nous sommes convaincus que ces évaluations rigoureuses et spatialement explicites de notre capital naturel offrent une multitude d’opportunités nouvelles au profit des populations et de la planète.

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