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Éducation : le miracle finlandais ?

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L’une des caractéristiques du système scolaire finlandais est d’assurer l’égalité des chances.
La dernière enquête PISA montre cependant qu’en Finlande comme ailleurs le statut
socio-économique de l’élève semble influer sur ses résultats. 
(Photo : Z. Mrdja/Banque mondiale)

L’enquête PISA, que mène l’Organisation de coopération et le développement économiques (OCDE) dans le monde entier, teste l’aptitude des élèves de 15 ans en mathématiques, sciences et lecture. La réussite de la Finlande dans le cadre de cette évaluation a surpris ses habitants. En 2006, le pays est ressorti en tête du classement. Même si ses performances déclinent, il se classe toujours parmi les meilleurs.
 
La Finlande a comme particularité d’avoir peu appliqué les principes mondiaux de réforme scolaire. Elle ne prévoit ni épreuves standardisées pour les élèves ni inspection des établissements : le système scolaire repose sur une responsabilité « intelligente ». Si le système scolaire est régi par des programmes d’études communs, une législation et une réglementation qui garantissent des normes nationales de qualité sur le plan des apprentissages et de l’enseignement, il n’existe aucun classement compétitif des établissements. En revanche, les écoles et le personnel éducatif s’auto-évaluent régulièrement.
 
La politique de l’éducation en Finlande préfère la qualité au contrôle et à l’émulation. Le pays a confiance dans son école, ses enseignants et son administration locale. La mission que doit remplir l’éducation fait l’objet d’un consensus politique.

La Finlande a notamment généralisé le principe de discrimination positive envers les élèves à besoins éducatifs particuliers et les établissements rencontrant des difficultés, et considère comme prioritaire le bien-être de l’élève. Les jeunes Finlandais fréquentent dans leur majorité une école publique, à proximité de leur domicile. Dans ces établissements d’enseignement général pour tous, se côtoient des élèves de tous horizons. Le modèle finlandais, qui repose sur un ordre d’enseignement unique, s’inscrit plus généralement dans la stratégie des pays nordiques : promouvoir qualité et égalité, sur la base d’un système scolaire à financement public. Il n’existe ni sélection, ni orientation, ni répartition par classe de niveau pendant toute la durée de l’école obligatoire, qui dure neuf ans, soit jusqu’à la fin du premier cycle secondaire.
 
La société finlandaise valorise les enseignants ; seuls environ 10 % des candidats accèdent au programme de formation des maîtres qui consiste en un cursus de cinq ans intégré à l’université depuis les années 70.
                                             
Moins d’inégalités d’acquis qu’ailleurs
 
Les différences entre les écoles finlandaises sont minimes. L’une des caractéristiques du système scolaire national est d’assurer l’égalité des chances. La dernière enquête PISA montre cependant qu’en Finlande comme ailleurs la situation socio-économique de l’élève semble influer sur ses résultats.
 
Les élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés sont plus nombreux notamment à cause du chômage. Par ailleurs, les élèves lisent moins par agrément, pendant leur temps libre, ce qui est corrélé à la baisse des performances mise en évidence dans la dernière enquête.
 
La montée des inégalités dans l’éducation préoccupe beaucoup les professionnels du secteur et les responsables politiques. Cependant, la Finlande (qui fêtera le centenaire de son indépendance le 6 décembre 2017) reste l’un des pays les mieux notés au monde. En culture scientifique, compréhension de l’écrit et culture mathématique, elle occupe respectivement les cinquième, quatrième et treizième places du classement PISA 2015.
 
Un système de soutien flexible, gage d’inclusion et d’égalité
                                             
En Finlande, les enseignants prennent généralement en compte les besoins divers d’un élève et y répondent en faisant en sorte que ses camarades n’aient pas conscience du type et du niveau de soutien dispensé.
 
Les professeurs finlandais adaptent leur enseignement dans le but de répondre aux caractéristiques d’apprentissage de chacun. Les enseignants du primaire ne travaillent pas seuls : d’autres spécialistes (éducateurs scolaires spécialisés, psychologues et équipe de direction de l’école) les aident à déterminer le type de soutien approprié. La décision est prise en accord avec les parents de l’élève, après discussion.
 

Figure 1 : Modèle de soutien individuel à trois niveaux proposé en Finlande aux élèves ayant des besoins particuliers.



Les élèves peuvent bénéficier de différents niveaux de soutien selon leurs besoins. Comme l’illustre la figure 1 ci-dessus, ce soutien peut être général et proposé à temps partiel ou spécialisé.
 

  • Niveau 1 : le soutien général à temps partiel est assuré par un enseignant ordinaire et un éducateur scolaire spécialisé, dans la salle de classe ou en dehors.
  • Niveau 2 : un soutien intensif à temps partiel est assuré par un enseignant ordinaire et un éducateur scolaire spécialisé.
  • Niveau 3 : un soutien spécialisé est assuré en classe/groupe habituel ou dédié ; il fait l’objet d’une décision officielle soigneusement préparée par des professionnels de l’enseignement spécialisé, en lien étroit avec les parents de l’élève. Les municipalités finlandaises jouent un rôle important dans le financement de services d’enseignement spécialisé, conscientes que ces prestations sont essentielles à l’inclusion et à l’égalité de tous dans l’éducation.

 
Le modèle de l’école unique
                                  
Depuis son instauration, l’école unique a fait la fierté de la Finlande. Cependant, ce modèle est actuellement passé au crible et débattu, afin qu’il garantisse mieux le bien-être des élèves et leur intégration dans le monde de demain, mondialisé et en perpétuelle évolution.
 
Pour poursuivre sur la voie de l’excellence et de la lutte contre les inégalités, le pays a lancé un forum pour se doter d’une nouvelle vision pour l’école unique, qui devrait être présentée en août 2017.
 
Parmi les initiatives imaginées dans le cadre de cette vision figurent la promotion du perfectionnement des enseignants, l’introduction de nouvelles activités à des fins d’expérimentation et d’innovation, la présence de tuteurs dans chaque école pour accompagner la numérisation et les nouvelles approches pédagogiques, l’internationalisation de l’éducation et la « dynamisation » des écoles finlandaises, afin que les élèves soient encouragés à pratiquer une activité physique quotidienne pendant une heure au moins.
 
Se mobiliser pour une éducation de qualité
 
Un large éventail d’acteurs prennent part à ce forum et auront un rôle à jouer dans la mise en place de la nouvelle vision : parlementaires, autorités éducatives à tous les échelons, directeurs d’établissement, enseignants et autres personnels des écoles, parents, élèves, membres de la communauté. Si cette initiative est couronnée de succès, elle insufflera une énergie nouvelle au modèle finlandais, afin de le moderniser, d’améliorer les apprentissages et les compétences des élèves et d’accroître l’égalité du système en général par la diminution du nombre d’élèves frappés d’exclusion sociale.
 
Les écoles sont actuellement fermées en Finlande, le temps d’une pause estivale bien méritée, propre à « recharger les batteries » de tous. Nous suivrons avec grand intérêt les prochaines étapes de la revitalisation du système scolaire finlandais, dès la rentrée prochaine.
 
Vous pouvez consulter les fiches-pays de la Banque mondiale sur les résultats de l’enquête PISA 2015 (a).
 
Pour en savoir plus sur les activités du Groupe de la Banque mondiale dans le secteur de l’éducation, rendez-vous sur notre site web (a) et sur Twitter (a).

 

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