Opinions - Le blog du Groupe Banque mondiale
Syndicate content

Forum de Paris sur la paix : prévenir les conflits, 100 ans après l’armistice de 1918

Franck Bousquet's picture
Cette page en : English | العربية | Español
Antonio Guterres, Emmanuel Macron et Angela Merkel au Forum de Paris sur la paix. © Ibrahim Ajaja/Banque mondiale
Antonio Guterres, Emmanuel Macron et Angela Merkel au Forum de Paris sur la paix.
© Ibrahim Ajaja/Banque mondiale

Nous commémorons cette semaine le centenaire de la fin de la Grande Guerre. Cent ans après qu’un armistice a mis fin officiellement à la première des guerres mondiales et a incité les belligérants à déposer les armes et à rétablir la paix. Nombre d’entre nous — les chanceux — vivons aujourd’hui toujours en paix. Nous allons au travail, à l’école, au parc avec les enfants, et nous sortons faire nos courses ou au restaurant sans craindre pour notre sécurité. Mais combien sont encore otages des tragiques réalités des conflits : la guerre fait toujours rage en Syrie, au Yémen et en Iraq, et la violence ruine la vie de communautés entières à travers le monde.

La même semaine, les dirigeants du monde entier se sont retrouvés en France pour le Forum de Paris sur la paix. En plus de célébrer le centenaire de l’armistice, les Chefs d’Etat et de gouvernement se sont réunis pour promouvoir le multilatéralisme et œuvrer pour apaiser les tensions internationales qui attisent la discorde. Le Forum a été le théâtre de promotion de multiples initiatives de prévention et d’échanges autour de : la coopération dans la lutte contre le changement climatique, la raréfaction des ressources, la mondialisation et les changements technologiques ; le renforcement des institutions pour mieux canaliser les rivalités entre puissances et administrer les biens publics mondiaux ; ou plus de justice pour atténuer les différends et les frustrations et une meilleure réglementation pour remédier aux inégalités et aux abus de pouvoir. L’objectif assumé du Forum est bien de construire plus de paix et de sécurité.
 
J’ai participé hier au Forum, avec des collègues de la Banque mondiale. Ce fut l’occasion de relayer les souffrances et les vulnérabilités d’une population dont la situation, déjà précaire, est encore aggravée par les tensions et la fragilité : les pauvres.
 
À l’horizon 2030, la moitié des pauvres de la planète devraient vivre dans des pays en proie à la fragilité, aux conflits et aux violences, sachant que le nombre de réfugiés et de déplacés est maintenant de nouveau comparable aux records de la Seconde Guerre mondiale. Dans un monde de plus en plus interconnecté, où un événement localisé peut avoir un impact global, il nous faut faire de la lutte contre les fragilités une priorité absolue.
 
Pour relever ces défis — dans les pays pauvres et, de plus en plus, dans certains pays à revenu intermédiaire — celles et ceux d’entre nous qui œuvrent dans les secteurs du développement, de l’humanitaire ou de la sûreté, en cherchant des solutions à la fragilité, aux conflits et à la violence élaborent de nouvelles approches, entre autres pour privilégier la prévention. Ils déploient de nouveaux instruments, y compris financiers, et suscitent de nouveaux partenariats dans le but d’avoir plus d’impact. Qu’en est-il, concrètement ?
 
Grâce à notre étude phare publiée avec les Nations Unies, Chemins pour la paix, nous savons que chaque dollar investi dans des actions de prévention permet d’économiser ensuite environ 16 dollars. En privilégiant la prévention, nous pouvons donc allouer plus de ressources au développement durable au lieu de devoir systématiquement affronter des situations d’urgence. Actuellement, nous traduisons en mesures concrètes les conclusions de ce rapport en investissant davantage dans la gestion des risques planétaires — conflits, catastrophes naturelles, famines, etc. — avant qu’ils ne se transforment en crises ouvertes.

Pour cela, nous mobilisons de nouveaux instruments. C’est le cas notamment du mécanisme d’atténuation des risques (RMR) de l’Association internationale de développement (IDA), doté de 1 milliard de dollars, pour financer des programmes ciblant spécifiquement les facteurs susceptibles d’aggraver les risques de conflit.

Au Niger par exemple, ce type de financement permet de développer les débouchés économiques pour les jeunes et les femmes des régions touchées par les conflits. En appui des autorités, nous améliorons les infrastructures de transport en milieu rural et l’accès durable aux routes afin de permettre aux agriculteurs d’accéder aux marchés. Ce faisant, nous voulons aider les autorités à remédier aux déséquilibres régionaux et à améliorer la qualité des services, promouvoir une gestion durable des ressources et rendre plus vivable le quotidien des groupes marginalisés — autant de facteurs qui peuvent faire la différence entre la guerre et la paix. En plus du Niger, ce mécanisme vient également en aide à la Guinée, au Népal et au Tadjikistan.

Cette nouvelle approche de la prévention des conflits et les nouveaux instruments que nous mobilisons reposent sur notre intime conviction que les partenariats, vitaux, devront être la nouvelle norme si nous voulons éviter l’éclatement de nouveaux conflits, et renforcer la résilience pour préserver durablement la paix et la prospérité. Nous nous employons donc à décloisonner les interventions en travaillant en concertation avec les acteurs de la paix, de l’aide humanitaire et de la sécurité, notamment en République démocratique du Congo (RDC), afin de renforcer nos partenariats avec les organisations les plus proches du terrain et de déployer des programmes d’atténuation des conflits.

Nous nous préparons ainsi à renforcer notre engagement dans le Nord-Kivu, en RDC, en resserrant notre collaboration avec les Nations Unies et, en particulier, avec la mission MONUSCO de maintien de la paix, pour bénéficier de son appui logistique et sécuritaire dans les environnements les plus difficiles.

Nos interventions concernent bon nombre d’autres pays. À l’occasion du Forum de Paris sur la paix, deux initiatives financées par la Banque mondiale ont été mises en lumière : le projet Londo (« Debout » en sango) qui fournit des emplois temporaires aux personnes vulnérables en République centrafricaine ; et un rapport de 2017, Sécurité et développement : les finances publiques et le secteur de la sécurité, élaboré en partenariat avec le département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, qui propose un cadre pour améliorer la gestion des dépenses publiques et les politiques en la matière et permettre ainsi aux organismes financiers et au personnel militaire et en charge de la sécurité de travailler ensemble pour optimiser la planification budgétaire, la gestion des finances publiques, la responsabilité financière et la supervision des systèmes de défense, de police et de justice pénale.

Cent ans après la fin de la Première Guerre mondiale, les progrès sont là, mais le monde reste en proie à de nombreux conflits et crises.

Collectivement, nous avons le devoir de promouvoir la paix et la prospérité en nous engageant à soutenir ceux de nos concitoyens — en particulier les plus pauvres — toujours enfermés dans le piège de la fragilité. À la Banque mondiale, nous nous mobilisons pour lancer de nouvelles initiatives, de nouveaux instruments et de nouveaux partenariats. Le Forum de Paris sur la paix nous a certes rappelé l’immensité des besoins, mais il nous a aussi prouvé qu’il existe une alliance de pays, d’organisations, d’entreprises et de citoyens déterminés à promouvoir la coopération pour une paix durable dans le monde.

Vos questions et commentaires (soumis à modération)

Plain text

  • Balises HTML autorisées : <br> <p>
  • Passage à la ligne et paragraphes automatiques.

Réagissez aux discussions du moment