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déplacements forcés

65,6 millions de personnes déplacées de force dans le monde : que cache en réalité ce chiffre ?

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(c) Dorte Verner
Regia, une Somalienne, salue ses clientes et amies devant son échoppe dans la rue principale du camp de réfugiés de Nakivale (sud-ouest de l’Ouganda). © Dorte Verner

Une fois encore, en cette Journée mondiale des réfugiés, le dernier rapport du HCR (a) nous apprend que les conflits et les persécutions ont fait croître le nombre de personnes déplacées de force à travers le monde, avec un nouveau record de 65,6 millions fin 2016.
 
Ces chiffres ont permis de focaliser l’attention sur la gravité de la crise migratoire et d’impulser un élan au sein de la communauté internationale pour la pousser à agir. Ils ont dans le même temps eu un effet anxiogène dans de nombreux pays d’accueil, notamment dans les pays de l’OCDE. Cet enjeu, devenu central dans le débat politique, soulève en effet des interrogations sur la possibilité de prendre en charge tous ceux qui fuient les conflits, avec pour conséquence parfois de nourrir la peur et l’hostilité contre les réfugiés.

Avons-nous réellement pris pied dans un « nouveau monde » où les mouvements de population sont d’une ampleur inédite et demandent des mesures extraordinaires pour les endiguer ? Pour répondre à cette question, il faut regarder les chiffres de plus près.

L’inclusion financière des déplacés profite à tous sur le plan économique et social

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Soixante-cinq millions d’individus dans le monde sont des déplacés, à cause d’un conflit ou d’une guerre.

Les pays en développement accueillent 95 % d’entre eux (a).

Les déplacés ont besoin d’aide. Comme leurs communautés d’accueil, dont les infrastructures, les services publics et les marchés sont soumis brutalement à des pressions immenses, qui menacent la stabilité politique.

C’est pourquoi les institutions internationales de développement revoient leur approche des crises humanitaires et ne considèrent plus que l’aide humanitaire et l’aide au développement sont deux types d’interventions distinctes et successives. La Banque mondiale renforce régulièrement son soutien aux individus et aux communautés en situation de fragilité, de conflit et de violence (a) ou exposés à des risques de catastrophe, qui peuvent aggraver l’instabilité.

Déplacement forcé : Comment les acteurs du développement peuvent-ils venir en aide aux personnes déplacées et aux communautés d’accueil ?

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On nous donne à voir chaque jour l’entreprise désespérée de populations qui cherchent à fuir leurs conditions de vie et leur pays, en défiant une adversité impitoyable et perfide. Ces mouvements sans précédent dans le monde sont avant tout le résultat de :
  • Déplacement forcé, du fait de guerres, de conflits et de persécutions ;
  • Migration involontaire, en raison de la pauvreté, de l’amenuisement des moyens de subsistance, du changement climatique qui a entraîné la destruction et la dégradation des systèmes d’entretien de la vie ;
  • Migration volontaire d’esprits indomptables incapables de se résigner au statu quo et qui recherchent de meilleures opportunités économiques et sociales.
 
Pour mieux comprendre les déplacements forcés, j’ai dirigé une équipe composée à la fois de membres de la Banque mondiale et du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui ont travaillé à la rédaction du rapport Forced Displacement and Mixed Migration (a) concernant la corne de l’Afrique. Cette région, où le nombre d’habitants est estimé à 242 millions, comprend huit pays : Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan et l’Ouganda. Plus de 9,5 millions de personnes déplacées vivent sur ce territoire, dont plus de 6,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et près de 3 millions de réfugiés.
 
Les migrations qui s’effectuent au sein de la corne de l’Afrique et en dehors relèvent de facteurs naturels et humains, comme le changement climatique, la dégradation de l’environnement, et bien entendu, les conflits.
 
Notre étude vient renforcer l’idée d’un déplacement forcé régional, contrecoup manifeste d’un contexte violent et de l’insécurité qui règne au sein d’un pays. Le conflit au Soudan du Sud, par exemple, et ses épisodes de violence ont entraîné une hausse du nombre de réfugiés en Ouganda, en Éthiopie, au Kenya et au Soudan.

La délégation olympique des réfugiés : un message doux-amer au monde

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Des milliers de spectateurs se sont levés pour montrer leur soutien tandis que des millions de téléspectateurs à travers le monde ont suivi en direct les images de la première délégation olympique de réfugiés alors que ses membres foulaient le stade Maracanã lors de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Rio.

Les six hommes et les quatre femmes qui la composent (cinq coureurs sud-soudanais, deux judokas congolais [RDC], deux nageurs syriens et un marathonien éthiopien) ont été sélectionnés parmi un groupe de 43 candidats possibles.

L'annonce de leur participation restera incontestablement l’un des moments les plus forts des Jeux olympiques de 2016. En portant le drapeau olympique, les 10 athlètes ont adressé ensemble un message d’espoir aux millions de jeunes gens contraints à l’exil.

Nous aurions tort de ne pas nous réjouir de cette initiative historique et sans précédent dans le monde du sport, et il faut saluer les nombreux acteurs qui l'ont rendue possible. Mais dans un monde idéal, une telle équipe n’aurait pas lieu d’exister. Les moments de joie, rares et précieux, générés par l'initiative ne sauraient masquer la réalité des souffrances vécues chaque jour dans les camps de réfugiés du monde entier. L’existence même de cette délégation nous rappelle que la communauté internationale a échoué à aider plus de 65 millions de personnes déplacées à retrouver leur domicile, ou ne serait-ce qu'à leur trouver un nouveau lieu de résidence permanent. Ces athlètes représentent une communauté en exil qui fuit les conflits, les guerres civiles, les agressions, les famines, la pauvreté et les maladies — dans certaines situations, l’enlisement est tel que presque tout espoir s'est envolé pour ces populations acculées.

La crise des réfugiés exige une réponse humanitaire et de long terme

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Denham et sa famille vivent sous cette tente dans un camp de réfugiés depuis quatre ans. © Dominic Chavez/Banque mondiale


Les plus grands périls ne s’arrêtent pas aux frontières. La crise actuelle des réfugiés le démontre clairement, par son ampleur inédite et ses retentissements sur des individus et des régions très éloignés des lieux touchés par la guerre civile, la fragilité et le conflit. Le référendum qui vient de consacrer le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne témoigne, pour partie, de la portée déstabilisante des déplacements forcés.

L’exode de 65 millions de personnes à cause des conflits : un défi pour les acteurs du développement

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Le rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) consacré aux tendances mondiales des déplacements forcés en 2015 (a) a fait l’actualité cette semaine. Année après année, le nombre de personnes déplacées de force ne cesse d’augmenter, atteignant aujourd’hui, d’après les estimations, 65 millions à travers le monde. 

65 millions. C’est un peu plus que le nombre d’habitants du Royaume-Uni. Et c’est à l’évidence un problème de développement, car les personnes déplacées font partie des populations pauvres les plus vulnérables. Leur présence transforme aussi l’environnement dans lequel les pays d’accueil et leurs habitants s’efforcent de lutter contre la pauvreté.  
 
Des réfugiés syriens dans le village de Zouq Bhanin (Liban).
Des réfugiés syriens dans le village de Zouq Bhanin (Liban).
Ces statistiques dissimulent une souffrance humaine immense. L’histoire de chaque réfugié est bouleversante. Et lorsqu’elle est multipliée par 65 millions, cela devient une tragédie mondiale.  

Mais qui sont précisément ces 65 millions de personnes ? Ce total masque de fortes disparités entre au moins trois catégories distinctes.

Quelque 20 millions de réfugiés et de demandeurs d’asile sont sous mandat du HCR. Ils ont franchi une frontière internationale pour échapper à la violence et à la persécution. Souvent livrés à eux-mêmes, ils ont peu de droits et leur avenir est incertain. La plupart sont les victimes d’une poignée de conflits qui ne datent pas d’hier : Syrie, Afghanistan, Somalie, Soudan, Soudan du Sud...

On dénombre par ailleurs 5 millions de réfugiés palestiniens. Ils répondent à une définition spécifique, et ils conserveront probablement ce statut tant que la question palestinienne ne sera pas résolue, même s’ils obtiennent la nationalité d’un pays tiers. Leur nombre augmentera avec la croissance démographique.

On ne mettra pas fin à l’extrême pauvreté sans briser le cercle vicieux de la fragilité et du conflit

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View from cave, Mali. © Curt Carnemark/World Bank

On ne mettra pas fin à l’extrême pauvreté sans briser le cercle vicieux de la fragilité et du conflit
 
À l’horizon 2030, plus de la moitié des individus les plus démunis du monde vivront dans des pays pauvres, fragiles, touchés par un conflit ou en proie à des violences graves. Des pays où les pouvoirs publics sont incapables d’assurer les services les plus élémentaires et la sécurité, où l’activité économique est à l’arrêt et où le développement peine plus qu’ailleurs à se concrétiser. Des pays où la pauvreté atteint des sommets. Les difficultés qu’ils rencontrent se jouent des frontières : près de la moitié des 20 millions de réfugiés dans le monde sont originaires de pays pauvres, sans compter les personnes déplacées, encore plus nombreuses.
 
Certains, moins concernés par les violences, restent cependant enfermés dans des « pièges de fragilité », la menace latente d’une dégradation de la situation portant un coup d’arrêt au développement. Des pays comme la République centrafricaine (RCA), le Mali, Haïti ou le Soudan (a) ont, depuis 20 ans, bien du mal à surmonter leurs fragilités.

La reine de Jordanie et de hauts responsables appellent à résoudre rapidement la crise des réfugiés

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Le président Jim Yong Kim discute avec la reine Rania de Jordanie. © Grant Ellis/Banque mondiale
Le monde a besoin de changer d’approche pour faire face au nombre historiquement élevé de personnes déplacées de force : c’est le message qu’ont adressé la reine Rania de Jordanie et plusieurs autres personnalités officielles de haut rang réunies aujourd’hui.

« C'est une crise mondiale, et nous nous leurrons si nous pensons qu'elle peut être circonscrite », a prévenu la reine lors des Réunions de printemps du Groupe de la Banque mondiale et du FMI, à l’ordre du jour desquelles les migrations forcées figurent en bonne place dans le contexte d’une crise des réfugiés qui, au cours de l'année écoulée, s'est étendue du Moyen-Orient jusqu'en Europe.

Face à l’enjeu des migrations forcées, la nécessité de renforcer l’action collective

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Depuis que la guerre en Syrie a entraîné une crise migratoire au retentissement mondial, on réfléchit beaucoup aux solutions qui pourraient permettre de traiter cette crise, au Moyen-Orient et ailleurs. L’enjeu des migrations forcées est entré dans le champ du développement et il y occupe désormais une place cruciale, tant du point de vue des réfugiés et des personnes déplacées qu’en ce qui concerne les communautés qui les accueillent.

Les dirigeants sauront-ils protéger les pauvres des menaces qui s’accumulent sur leurs pays ?

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© Ashraf Saad Allah AL-Saeed / World Bank


Les responsables publics ne doivent guère avoir le loisir de se reposer ces temps-ci. Forte instabilité des marchés boursiers chinois et mondiaux, effondrement des cours des matières premières et préoccupations croissantes sur le front de la sécurité : tous ces éléments risquent de peser gravement sur la santé de l’économie mondiale en 2016, et d’entraîner de nombreuses difficultés sur le plan de la lutte contre la pauvreté.

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