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Comment les élèves du Cameroun luttent contre la corruption dans leurs écoles

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Floriane Masso, élève dans une école publique de Bamendjou. Photo: Shilpa Banerji/World Bank

Je l’admets bien volontiers : quelque part au fond de moi, j’avais envie d’être la nouvelle Angelina Jolie, en plein cœur d’un pays en développement, entourée d’une nuée d’écoliers, cajolant les uns, serrant les autres dans mes bras ou prodiguant quelques pichenettes affectueuses… N’étant pas, aux dernières nouvelles, ambassadeur du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (et encore moins star de cinéma), me voilà en train d’interroger, dans mon français approximatif, quatre lycéens de l’ouest du Cameroun, au caractère bien trempé, pour comprendre ce que le mot « corruption » signifiait pour eux.

« Cela veut dire manquer l’école et ensuite graisser la patte des enseignants pour qu’ils disent qu’on était bien là et être victime de harcèlement sexuel », déclare Floriane Masso, élève dans une école publique de Bamendjou. Floriane fait partie des nombreux élèves membres des Clubs d’éducation civique et d’intégration nationale (CECIN) créés par le réseau des savoirs ZENÜ Network. Grâce au prix d’environ 15 000 dollars décerné par le concours Development Marketplace dans le cadre du programme « Miser sur le changement pour s’attaquer aux problèmes de gouvernance au Cameroun »  (doté de 1,8 million de dollars par le Mécanisme de partenariat pour la gouvernance [GPF]), ZENÜ Network s’est engagé dans la lutte » contre la corruption dans 16 lycées de huit districts de l’ouest du Cameroun. Parmi les instruments mis en place, les « observatoires de la corruption » : il s’agit de lancer des alertes pour aider les victimes de la corruption et, dans le même temps, de faire pression sur les autorités pour que les comportements répréhensibles soient sanctionnés.
Selon une évaluation récente, les efforts de ZENÜ Network ont été fructueux : le système d’alerte a relayé 112 plaintes pour corruption ou comportement indécent en 2013, qui ont débouché sur la mise à pied de quatres membres du personnel, sur un total de 15 ayant fait l’objet de sanctions administratives. Mais tous les dossiers n’aboutissent pas. « Il y a eu une plainte contre un enseignant pour abus sexuel mais ce n’était pas vrai », explique Floriane.

Le mois dernier, le réseau et d’autres organisations de la société civile du Cameroun (plus votre serviteur) ont pris part à un Forum de gouvernance sur l’engagement multipartite, organisé à Yaoundé. Plus de 130 personnes avaient fait le déplacement, pour rendre compte d’initiatives multipartites en cours dans le pays ou susceptibles de renforcer les efforts pour développer cette forme d’engagement et améliorer la gouvernance. Parmi les exemples évoqués, le partenariat Open Contracting, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), l’Initiative pour la transparence dans le secteur de la construction (CoST) et l’Alliance pour la transparence des médicaments (MeTA).

La gouvernance était l’un des thèmes transversaux de la stratégie d’aide de la Banque mondiale pour la période 2010-2014, le Cameroun étant confronté à de multiples défis en la matière : il végète dans le bas du classement des indicateurs de gouvernance depuis dix ans, les services y sont inégalement répartis et, selon une enquête auprès des ménages de 2007, 40 % environ de la population vivrait en dessous du seuil de pauvreté.
Pour Cia Sjetnan, chef d’équipe du programme pour la gouvernance à la Banque mondiale, le financement du GPF a renforcé la souplesse et l’esprit d’innovation de l’équipe, qui a testé différentes approches inédites de la gouvernance. « Nous avons pris des risques et saisi les occasions qui se présentaient, et cela s’est révélé extrêmement efficace », conclut-elle. Et de fait, ils sont parvenus à réunir un large éventail de partenaires autour d’une table pour discuter du rôle de la société civile et des conclusions d’un rapport récent publié par MSI Integrity sur les lacunes importantes de la gouvernance multipartite dans la plupart des pays. Aucun des pays évalués, Cameroun compris, n’est en effet parvenu à respecter toutes les exigences en matière de gouvernance posées par la nouvelle Norme ITIE.

ZENÜ Network souhaite participer également au processus ITIE : en travaillant avec les conseils locaux de gouvernance et les associations parents/enseignants, il espère créer de nouveaux observatoires de la gouvernance dans les écoles et sensibiliser davantage la population. Mais même s’il dispose de plus de ressources, comment faire pour que le pays entier se mobilise contre la corruption endémique ?

Là encore, la réponse est venue d’un proviseur de lycée, lassé de devoir discuter de la corruption dans son école et jusque sur les terrains de football. « Certains élèves ne croient pas que l’on puisse s’opposer à ceux qui nous gouvernent », explique Jean-Roger Chendjou. « Mais la jeunesse doit se battre. C’est en réagissant que nous parviendrons à débarrasser le Cameroun de ce fléau. Depuis cinq ans que nous dénonçons les enseignants corrompus, les choses bougent. »

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