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Inclusion financière : la Turquie peut mieux lutter contre les inégalités femmes-hommes

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L'inclusion financière progresse partout dans le monde. La troisième édition du rapport Global Findex, publiée la semaine dernière, indique que 1,2 milliard d'adultes ont ouvert un compte courant depuis 2011, dont 515 millions depuis 2014. La proportion d'adultes qui disposent d’un compte auprès d'une institution financière ou par le biais d'un service d’argent mobile est passée de 62 à 69 % à l'échelle mondiale.

Pourquoi la détention d’un compte est-elle si importante ? Parce que c’est un véritable tremplin pour échapper à la pauvreté. Les familles peuvent plus facilement investir dans la santé et l’éducation ou surmonter des difficultés financières. L’accès aux services financiers facilite également la création ou le développement d’une entreprise. En outre, la détention d’un compte peut contribuer à réduire la pauvreté en favorisant l’émancipation économique des femmes au sein de leur foyer.

Or les femmes sont moins susceptibles que les hommes d'avoir un compte bancaire. L'écart entre les sexes dans les pays en développement stagne à 9 points de pourcentage depuis que nous avons commencé à recueillir ces données pour la première fois en 2011.

En Turquie, en particulier, l'inclusion financière s'est améliorée : 69 % des adultes ont un compte, contre 57 % en 2014, et la plupart en font une utilisation active. Mais seulement 54 % des femmes disposent d’un compte alors que cette proportion s’établit à 83 % pour les hommes. Ce fossé de 29 points de pourcentage est environ trois fois plus important que l'écart moyen dans les économies émergentes (Figure 1).

Et si, comme le montre la figure, on trouve de fortes disparités entre les sexes dans de nombreux grands pays émergents, celles-ci sont plutôt réduites dans des pays comme la Fédération de Russie ou l’Afrique du Sud. En Indonésie, les femmes ont même un peu plus de chance que les hommes de détenir un compte.

La Turquie est donc l’un des pays du monde où l’écart d’accès aux services financiers entre hommes et femmes est le plus élevé. Certes, il y a eu une amélioration puisque la différence était proche de 50 points de pourcentage en 2011. Néanmoins, nous avons été surpris par la situation atypique de la Turquie dans ce domaine et nous avons cherché à en analyser plus profondément les causes.

Il existe des obstacles à l’inclusion financière…

  • En Turquie, 72 % des femmes non bancarisées disent qu'une des raisons pour lesquelles elles n'ont pas de compte est que l'un des membres de leur famille en a déjà un. Cependant, les recherches montrent que le fait d'avoir son propre compte, seul ou conjointement avec quelqu'un d'autre, est important pour l'autonomisation. Dans l'ensemble du monde en développement, un quart des personnes non bancarisées (femmes et hommes confondus) invoquent cette raison pour ne pas avoir de compte. À cet égard, il faut souligner le rôle des campagnes de sensibilisation et d’initiation aux notions financières.
  • Les gens choisissent-ils de ne pas ouvrir de compte bancaire pour des raisons religieuses ? Pas vraiment. En Turquie, 19 % des adultes qui n'ont pas de compte dans une institution financière ont bien cité ce motif, mais le coût élevé de la tenue d’un compte est au moins aussi important. D’ailleurs, la part de ceux qui ont déclaré que les motifs religieux étaient l’unique raison pour laquelle ils n'avaient pas de compte était de 1 % seulement.
  • En revanche, il faut souligner que 89 % des femmes non bancarisées ne sont pas intégrées à la population active — ce taux est de 65 % chez les hommes.
... mais les technologies numériques peuvent contribuer à l’inclusion financière et à la lutte contre les inégalités femmes-hommes
  • En Turquie, 88 % des femmes non bancarisées possèdent un téléphone portable. Or la téléphonie mobile peut être un sésame pour l’accès aux services financiers numériques. Dans d'autres pays, nous avons constaté que la technologie aide à réduire les inégalités. Ainsi en Côte d'Ivoire, les hommes sont deux fois plus susceptibles que les femmes de détenir un compte bancaire, mais les femmes sont tout aussi susceptibles que les hommes d'avoir uniquement un compte d'argent mobile. Au Kenya, l’écart est de 19 points de pourcentage pour la détention d’un compte bancaire, mais il n’est que de 10 points pour les comptes d'argent mobile.
  • Environ une femme non bancarisée sur dix (soit près d’un million de femmes) envoie ou reçoit des transferts d’argent nationaux en espèces ou au guichet d’une institution financière. L'extension de l’accès aux transferts de fonds par téléphonie mobile pourrait avoir des avantages qui vont au-delà de leur seule commodité. Des études montrent en effet que les transferts mobiles aident les personnes à surmonter les chocs financiers, car ils simplifient la collecte d'argent auprès de proches éloignés en cas de difficultés.
  • Environ une femme non bancarisée sur six épargne en recourant à des systèmes semi-formels. Si ces économies étaient transférées sur un compte, deux millions environ de ces femmes pourraient rejoindre le système financier formel. En outre, ces économies pourraient être mieux exploitées et dégager des rendements plus élevés.
  • Il existe également une autre piste d’amélioration qui consiste à pousser les adultes qui détiennent un compte à l’utiliser plus souvent. En Turquie, 30 % des femmes qui ont un compte continuent de payer les factures d’eau ou d’électricité en espèces, sachant que quatre millions d’entre elles possèdent un téléphone portable.
On voit donc que la Turquie ne manque pas d’atouts pour rattraper son retard et combler le fossé qui sépare les hommes et les femmes en matière d’inclusion financière. Puisse ce billet inciter la société turque à évoluer dans ce sens.
 

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