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La Banque mondiale répond à vos questions sur la volatilité des prix alimentaires

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Disponible en : English

Food Price Watch - août 2012

Photo : © Michael Morris / Banque mondiale

 

Lorsque la Banque mondiale a publié, la semaine dernière, son rapport Food Price Watch montrant que de graves sécheresses avaient fait grimper les prix du maïs et du soja à un record historique cet été, la nouvelle n'est pas passée inaperçue. Quelles seront les conséquences pour les populations pauvres vivant dans les régions les plus touchées par cette hausse des prix ? Et pour nous-mêmes ?

Dans notre dernier billet, l'économiste José Cuesta, auteur de ce rapport trimestriel de la Banque mondiale sur les prix alimentaires, demandait aux lecteurs de lui faire part de leurs questions. Il répond ici à quelques-unes d'entre elles.

Question d'Aline (Belgique) : « J'aimerais connaître votre opinion sur les OGM [organismes génétiquement modifiés] et leur rôle possible face aux crises alimentaires [pour pouvoir développer] des cultures plus résistantes, diversifier l'agriculture et doper les rendements ».

José Cuesta: Nous devons impérativement améliorer la productivité agricole si nous voulons nourrir une population mondiale de plus en plus nombreuse. Or, le débat entourant l'utilisation des OGM à cette fin est particulièrement houleux et la question est loin d'être tranchée. Il semble de plus en plus certain que les biotechnologies peuvent, sans manipulation génétique mais grâce à la sélection variétale par exemple, renforcer la résistance des plantes à la sécheresse et, partant, augmenter sensiblement les rendements dans des conditions climatiques extrêmes. Dans la mesure où les cultures seront moins sensibles à ce type de catastrophes naturelles, alors elles contribueront bien évidemment à la sécurité alimentaire.

Question d'Ariel : « Vous avez indiqué que [les pays vulnérables] 'doivent investir dans l'agriculture pour améliorer leurs rendements et veiller à l'existence d'un commerce ouvert afin qu'ils puissent se tourner vers les marchés internationaux pour lisser ces chocs'. Cela me laisse un peu dubitatif. Si la volatilité des prix est un phénomène 'importé' (du fait par exemple d'une sécheresse ou d'un choc négatif sur l'offre mondiale), le fait d'être lié aux marchés internationaux répercutera cette hausse sur les prix locaux.

Cela dit, à long terme, les producteurs seront sans doute les gagnants d'une intégration accrue sur les marchés mondiaux en général, puisqu'ils pourront acquérir à bon prix des intrants et des marchandises trop coûteux à produire. J'aimerais avoir votre sentiment sur cet aspect du problème ».

José Cuesta:

Merci, Ariel, de nous faire part de vos réflexions. Vous avez parfaitement raison de distinguer les deux origines de la volatilité, celle liée aux échanges sur les marchés internationaux et celle liée à la situation interne de chaque pays.

L'augmentation actuelle du prix du maïs et du soja aux États-Unis aura des répercussions sur les prix intérieurs. L'ampleur de ces répercussions sera fonction de la dépendance de chaque pays aux importations de céréales mais aussi des choix politiques qui auront été adoptés pour atténuer la contagion des aléas des cours internationaux sur les marchés locaux. Si un pays est très exposé à ces chocs et qu'il ne s'est pas doté des mesures appropriées, il court à la catastrophe.

Mais la volatilité des prix alimentaires observée dans un pays donné peut aussi tenir à des facteurs internes : mauvaises récoltes, météo défavorable, conflits, catastrophes humanitaires, flambée des prix de l'énergie et du transport, etc. Là, l'accès aux marchés alimentaires mondiaux peut atténuer l'impact de ces chocs et circonstances intérieurs.

De fait, les données montrent que les facteurs internes auraient plus d'importance que les facteurs exogènes dans la volatilité des prix alimentaires dans les pays en développement. Je vous renvoie à ce sujet à une édition précédente du rapport Food Price Watch.

Question de Marcos Méndez Sanguos : « Pour quelle raison les prix intérieurs ont tellement flambé au Mozambique (+113 % pour le maïs) et au Soudan (+180 % pour le sorgho) ? »

José Cuesta: Permettez-moi déjà, Marcos, de clarifier un point : il ne s'agit pas de prix nationaux mais de prix enregistrés sur certains marchés de ces deux pays. D'ailleurs au Mozambique, les prix nationaux semblent tendre actuellement vers un net fléchissement. Le dernier rapport Food Price Watch recense plusieurs facteurs expliquant ces brusques augmentations, comme de mauvaises campagnes agricoles dans certaines régions, qui viennent s'ajouter, dans le cas du Mozambique, à des variations saisonnières et, dans celui du Soudan, à un conflit social.

Question anonyme : « Les États-Unis et d'autres pays développés ne devraient-ils pas arrêter d'utiliser [et] de produire des biocarburants pour faire baisser les prix alimentaires ? Par ailleurs, comme les banques se sont mises à spéculer sur les crises alimentaires, avons-nous encore les moyens d'arrêter cette ruée sur les denrées ? »

José Cuesta: Ce sont là des questions ardues et, comme vous le savez sans doute, le débat autour de l'impact des biocarburants est très animé. La production de biocarburants à partir de maïs qui pourrait, sinon, entrer dans l'alimentation humaine et animale a un impact sur les prix alimentaires. Mais les biocarburants sont aussi une alternative aux énergies fossiles, de plus en plus coûteuses, et dont le prix se répercute sur celui des denrées.

Quant à la lutte contre les pics de prix, je dois dire que la communauté internationale s'efforce actuellement d'améliorer la transparence du système alimentaire mondial et de collecter toujours plus de données fiables sur les marchés et l'état des stocks. Des initiatives sont également en cours pour mieux protéger les agriculteurs, les producteurs et les consommateurs dans les pays en développement, grâce à des produits de gestion du risque plus efficaces et plus transparents et des dispositifs de protection sociale plus solides.

À long terme, la seule stratégie qui vaille pour endiguer la volatilité et la cherté des prix alimentaires consiste à accroître les investissements pour doper la productivité agricole. Dans tous ces domaines, une concertation entre la communauté internationale et les pays est vitale.

Voir aussi :
Food Price Watch

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