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Témoignages d’une révolution inachevée : L’amertume des confiseurs tunisiens face au poids de la réglementation

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Notre nouvelle série de billets intitulée « Témoignages d’une révolution inachevée » s’appuie sur des entretiens menés pour nourrir le nouveau rapport : La Révolution inachevée : offrir des opportunités, des emplois de qualité et de la richesse pour tous les Tunisiens. 

Source : Wikipédia
Le halva produit par la Grande fabrique de confiserie orientale (GFCO) est essentiellement fabriqué à partir de betterave à sucre tunisienne et de graines de sésame soudanaises. Il est commercialisé dans des boîtes de conserve frappées d’une tête de gazelle.

Cette confiserie introduite par les Ottomans est appréciée en Tunisie, mais aussi en Libye et en Algérie, où la marque tunisienne est parvenue à se frayer une place, si l’on en croit Moncef Ayoub, directeur de l’entreprise.

Si les formalités de contrôle de la qualité ont découragé la GFCO de procéder elle-même aux exportations en direction de ces deux pays, les exportations indirectes de halva ont connu un boum depuis 2011, à la faveur de contrôles transfrontaliers plus laxistes dont profitent pleinement les contrebandiers.

Selon les estimations de la GFCO, l’Algérie et la Libye consommeraient près de 25 % de sa production de halva, soit une hausse d’un tiers par rapport à 2010, dont 70 % passeraient dans les mains de négociants transfrontaliers non patentés. 

L’obtention des documents nécessaires à l’exportation de produits fabriqués en Tunisie peut prendre 15 jours, un délai considérable au regard des cadences commerciales d’une entreprise. Il faut tout d’abord qu’un représentant du ministère du Commerce soit dépêché sur place pour prélever des échantillons qui seront envoyés à un laboratoire central pour analyse. Pour certains tests, les résultats mettent une semaine ou plus à parvenir. L’entreprise doit alors contacter à nouveau les services du ministère du Commerce pour demander un certificat à l’exportation.

Ces exigences de contrôle qualité découlent d’un accord commercial entre la Tunisie et la Libye paraphé dans les dernières années du régime Kadhafi. Si le halva était exporté vers l’Europe, les tests seraient principalement effectués par les autorités des pays importateurs, note M. Ayoub, une fois le produit commercialisé.

Une situation qui, selon lui, relève d’une mentalité « bureaucratique » selon laquelle le rôle de l’État est « d’imposer des pénalités, de réclamer des informations, d’exiger des formulaires, de vous demander de revenir le lendemain… ».

Le coût des procédures est un motif de plainte courant chez les entrepreneurs tunisiens. D’après le rapport Doing Business de la Banque mondiale, une entreprise tunisienne doit par exemple s’acquitter de 19 procédures différentes pour se voir délivrer un permis de construire, un processus qui prend en moyenne 94 jours. Pour le raccordement au réseau d’électricité, quatre procédures sont nécessaires, pour un délai de 65 jours.

Dans le nouveau rapport "La Révolution inachevée : offrir des opportunités, des emplois de qualité et de la richesse pour tous les Tunisiens", la Banque mondiale fait valoir que les lourdeurs administratives freinent la croissance et épuisent les ressources des entreprises : le traitement des différentes procédures représente 25 % du temps de travail d’un cadre et 13 % du chiffre d’affaires d’une entreprise. Un tel cadre réglementaire favorise la corruption et les stratégies d’évitement bureaucratique, au nombre desquelles l’évasion fiscale et le non-acquittement des droits de douane. La corruption coûterait aujourd’hui à la Tunisie deux points de son PIB.

La GFCO (filiale du groupe familial tunisien Amen) vend ses boîtes de halva à des grossistes du Sud et de l’Ouest du pays. Si les conditions de sécurité sont réunies, ces derniers les revendent en Libye. Et ce n’est pas parce qu’ils ne s’acquittent pas des droits de douane en vigueur qu’ils ne payent rien : « Il est évident que ce n’est pas gratuit », conclut M. Ayoub.

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