Pourquoi les petites exploitantes agricoles sont des actrices incontournables de la lutte contre la pauvreté au Bénin

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Pourquoi les petites exploitantes agricoles sont des actrices incontournables de la lutte contre la pauvreté au Bénin
Pourquoi les petites exploitantes agricoles sont des actrices incontournables de la lutte contre la pauvreté au Bénin. Photo: Yao Gnona Afangbedji/Banque mondiale

En me rendant, il y a quelques semaines, à Logohoué, dans le cadre d’une visite de terrain, j’ai davantage mesuré, devant le périmètre maraîcher d’Agnès, notre responsabilité d’aider les communautés rurales à repousser les frontières de la pauvreté. Dans ce village de la commune de Houéyogbé, au sud-ouest du Benin, Agnès préside une coopérative essentiellement composée de femmes. L’objectif ?  Les aider à se lancer dans l’horticulture pour ameliorer le quotidien de leur ménage. Sur un hectare et demi de terre aménagé au bord de la rivière Dati, ces braves dames font déjà pousser des légumes, des choux, des tomates et autres légumineuses bio.

L’eau est à portée de main, mais sa maîtrise reste problématique. Sans motopompe, avec seulement deux arrosoirs, elles utilisent des bassines pour recueillir de l’eau et irriger les planches. Des difficultés qui entravent la productivité de leur petite exploitation malgré la dose d’énergie qu’elles déploient dans cette activité. La terre est là, l’eau est disponible, la volonté de réussir se lit sur leur visage. Il suffit d’un petit coup de pouce pour que ces femmes puissent faire des miracles.

Les doléances qu’elles m’ont adressées se résument à deux choses : disposer d’un système pérenne d’irrigation de leurs cultures à partir du lac et renforcer leur capacité de production en engrais biologique. Le reste, elles peuvent s’en charger.

Le Projet d’appui à la diversifcation agricole (PADA) financé par la Banque mondiale a été conçu pour leur donner ce coup de main. Elles ont bénéficié de semences pour diversifier leurs cultures, de cinq bacs hors sol et d’alevins de clarias pour se lancer également dans la pisciculture. Elles ont aussi reçu une formation en élevage familial des poulets bicyclettes. J’ai été sidéré par l’énergie débordante de ces femmes sous-équipées et l’enthousiasme qu’elles diffusent. Je leur ai promis de revenir dans un an pour voir les progrès qu’elles auront accomplis. J’espère qu’à cette échéance, elles seront devenues les championnes des produits maraîchers bio de tout le département du Mono et au-delà.

De petits appuis qui font une grande différence 

Les résultats qui se profilent au niveau de la coopérative d’Agnès montrent que de petits appuis aux petits agriculteurs peuvent avoir un impact important. L’engagement de la Banque mondiale à éradiquer la pauvreté extrême ne parviendra à se concretiser que si nous développons des approches qui nous permettent de toucher plus directement les communautés dans le cadre de nos opérations.

Au Bénin, le Diagnostic-pays systématique (SCD en anglais) a révélé que le pays ne profite pas de son vaste potentiel agricole à cause de la faible productivité. Transformer la production agricole devrait permettre de créer des emplois et de la richesse, notamment dans le monde rural. La productivité sera au rendez-vous si nous aidons à diffuser des technologies simples, à apporter de l’innovation dans le secteur et aussi à connecter les communautés rurales à l’énergie et au numérique.

Le PADA complète la mission d’un autre projet, clôturé le 31 décembre 2019 : le projet de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO)  qui a aidé le gouvernement à mettre des technologies modernes à la disposition des acteurs ruraux pour promouvoir les chaînes de valeurs agricoles. Près de 995 800 personnes en ont bénéficié, dont 41,54 % de femmes. Accompagné par le projet intégré de transformation numérique des régions rurales, le PADA sera bientôt renforcé par un autre projet dans le secteur agricole. Mais, nous devons faire davantage pour les femmes qui représentent plus de 52%  de la population rurale au Bénin, en leur accordant de petites subventions pour la production et la transformation, et en les aidant aussi à mieux se connecter aux marchés. Les aider à accroître leurs revenus contribuera à coup sûr à éradiquer la pauvreté en milieu rural.

Je mise sur les femmes de Logohoué et aussi sur des milliers d’autres femmes agricultrices qui sont persuadées que l’agriculture peut transformer leurs vies.

Auteurs

Atou Seck

Responsable des opérations

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