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Sauver le littoral béninois grâce à des investissements dans la résilience climatique ?

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Photo: Jonathan Marks/FlickR


J’ai grandi dans une petite ville du nom de Hornsea, sur la côte Est de l’Angleterre. C’est une région magnifique et touristique, mais qui connaît la plus forte érosion de toute l’Europe (a).

Certaines falaises d’argile sont en train de s’effondrer. Les routes et les villages d’autrefois ont été engloutis, tandis que les habitants prévoyants, à mesure que la côte se réduit, ont déjà démoli et reconstruit à plusieurs reprises leur maison à partir des matériaux qu’ils ont pu récupérer.
 
Récemment, une mission m’a conduit au Bénin, un pays qui pourrait, sans investissements dans la résilience climatique, perdre la quasi-totalité de sa côte en raison d’une érosion rapide et de l’élévation du niveau de la mer (a). Ce que j’ai vu, sur place, est venu illustrer concrètement pourquoi il est primordial d’utiliser nos fonds et les contributions des donateurs pour financer la lutte contre le changement climatique. Et pourquoi nous devons faire en sorte que le monde entier mette en œuvre l’accord de Paris et s’engage à réduire les émissions de carbone.
 
La côte ouest-africaine abrite certaines des populations les plus vulnérables de la planète. Pour elles, les effets du changement climatique sont très graves, car des régimes pluviométriques imprévisibles et l’élévation du niveau de la mer accroissent l’érosion côtière. J’ai pu constater moi-même quelques-uns de ces effets, grâce aux efforts de notre antenne au Bénin, qui a organisé ma visite.
 
Je me suis rendu dans la région de Grand Popo, où la côte subit une très forte érosion. Cette petite bande de terre appartient au littoral béninois ; si l’érosion devait se poursuivre, la répartition des zones côtières frontalières du Togo pourrait être modifiée, de même que les droits maritimes des deux pays. Le Programme de gestion du littoral ouest-africain (WACA) a pour objectif d’aider les pays du golfe de Guinée à protéger leurs zones côtières. Au cours des deux dernières années, la Banque mondiale, par l’intermédiaire de ce programme, a fourni une aide technique au Bénin, afin que le pays puisse trouver des solutions pour protéger son littoral dans cette région particulièrement fragile.
 
Le Benin est bien informé sur l’érosion côtière
 
J’ai été très impressionné par l’étendue des connaissances des parties prenantes, ainsi que par la qualité des plans élaborés. Le Bénin s’efforce de trouver des systèmes de protection adaptés et flexibles qui puissent fonctionner pour l’ensemble du littoral ouest-africain. On a recours non seulement à des solutions techniques de pointe, comprenant des modèles sophistiqués qui prévoient le mouvement optimal du sable, mais également à l’agriculture : l’exploitation maraîchère, en effet, représente d’une part un moyen de subsistance pour la population locale, et permet d’autre part de renforcer le sol en l’enrichissant grâce à un réseau dense de racines qui constitue un moyen de protection peu coûteux et naturel.
 
Les bénéfices pour les populations locales sont aussi bien économiques que sociaux. Il est important que la communauté internationale, dont la Banque mondiale et des acteurs tels que le Fonds vert pour le climat, ou d’autres partenaires techniques et financiers, soutienne le plan d’investissement stratégique pour le programme WACA et le Bénin. 
 
Mais les problèmes ne concernent pas uniquement le littoral : à proximité de la capitale, Cotonou, des représentants de la population locale et de la municipalité m’ont montré des endroits où, ces dernières années, les inondations fluviales qui s’amplifient ont rendu impraticables certains ponts. Or, ces infrastructures sont le seul moyen dont dispose la population pour se rendre sur les marchés ou dans les centres de soins. J’ai parlé à des habitants constamment inquiets, qui craignent que leur maison ou l’école soient emportées par une crue. Il est impératif d’agir pour remédier à cette situation.  
 
Le Projet d’urgence de gestion environnementale en milieu urbain (PUGEMU) améliore l’infrastructure et atténue les effets des inondations sur l’environnement afin de faire face à l’augmentation des précipitations. Étant donné que les inondations risquent de s’accroître, ce projet vise à renforcer la résilience, à améliorer les conditions de vie de la population et à soutenir la croissance économique.
 
Lutter contre les inondations
 
Par exemple, un nouveau pont, plus large, construit au-dessus d’une plaine fluviale à risque d’inondation élevé, permet désormais aux piétons de traverser en toute sécurité. Il y a encore beaucoup à faire, bien sûr, mais l’une des priorités est de faciliter les déplacements, d’une rive à l’autre, des personnes qui travaillent et des enfants qui se rendent à l’école.  
 
Ce voyage et le constat, sur le terrain, des effets de l’évolution du climat sur les populations locale n’ont fait que renforcer l’importance de notre travail au sein de la Banque mondiale. L’aide que nous apportons aux pays qui s’engagent sur des trajectoires de développement sobres en carbone (de la promotion des systèmes de tarification du carbone pour inciter à la transition à l’élaboration de politiques, en passant par les financements encourageant les investissements dans les énergies renouvelable) est essentielle pour réduire les émissions qui contribuent au changement climatique. Grâce à cet appui, conjugué au renforcement de la résilience et aux stratégies d’adaptation face à une menace grandissante, nous pouvons protéger les populations vulnérables et permettre aux communautés de prospérer.  
 
L’action que nous menons au Bénin et les principes généraux sur lesquels repose le WACA nous permettent d’envisager le développement de façon globale. Nos investissements doivent être concrets et pilotés par la population locale, sans être trop complexes. Les coûteux dispositifs de protection à long terme, comme les digues en béton construites sur la côte Est de l’Angleterre, ne sont pas une solution viable partout. Ces structures peuvent avoir des effets délétères inattendus dans d’autres pays, et leur mise en œuvre est onéreuse. Nos pays clients sont en quête de solutions offrant un bon rapport coût-efficacité et qui, à l’heure où nous faisons face ensemble aux incertitudes du climat de demain, doivent combiner résilience et flexibilité. Il faudra, pour cela, réussir à mobiliser davantage de ressources financières au profit des mesures d’adaptation. De retour du Bénin, je suis très fier de notre action et de son impact, et mieux armé pour plaider en faveur de financements qui font aujourd’hui cruellement défaut.

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