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La reine de Jordanie et de hauts responsables appellent à résoudre rapidement la crise des réfugiés

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Le président Jim Yong Kim discute avec la reine Rania de Jordanie. © Grant Ellis/Banque mondiale
Le monde a besoin de changer d’approche pour faire face au nombre historiquement élevé de personnes déplacées de force : c’est le message qu’ont adressé la reine Rania de Jordanie et plusieurs autres personnalités officielles de haut rang réunies aujourd’hui.

« C'est une crise mondiale, et nous nous leurrons si nous pensons qu'elle peut être circonscrite », a prévenu la reine lors des Réunions de printemps du Groupe de la Banque mondiale et du FMI, à l’ordre du jour desquelles les migrations forcées figurent en bonne place dans le contexte d’une crise des réfugiés qui, au cours de l'année écoulée, s'est étendue du Moyen-Orient jusqu'en Europe.

La reine Rania (a) a rappelé que la Jordanie a accueilli 1,3 million de réfugiés syriens au cours des cinq dernières années. Cet afflux est un « choc démographique qui met à l'épreuve nos infrastructures sociales et physiques jusqu'à leurs dernières limites », a-t-elle ajouté. Les contributions internationales représentent moins d'un tiers des dépenses de la Jordanie.

« Priver les gens des outils dont ils ont besoin pour vivre pleinement leur vie a un prix, celui que la communauté internationale est déjà en train de payer », a averti la souveraine jordanienne. « Si nous n'investissons pas dans ces personnes maintenant, la facture de notre négligence ne fera que gonfler. Ne nous y trompons pas, nous aussi, nous sommes en sursis, parce que le statu quo ne saurait durer. »

La reine s'exprimait à l'occasion d'une manifestation retransmise en direct sur le web sur le thème « Les migrations forcées : un défi pour le développement mondial », organisée conjointement par le Groupe de la Banque mondiale et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et animée par Stephen Sackur (a) de la BBC.

Dans son intervention, le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a souligné que la question des migrations forcées a contraint l'institution à repenser fondamentalement son travail. Et d'ajouter que la Banque doit créer un nouveau modèle et travailler plus étroitement avec des partenaires humanitaires comme l'ONU en vue de s'attaquer au problème d'une manière efficace.
« Maintenant nous comprenons comme jamais auparavant que nous devons changer », a-t-il reconnu. « Nous ne pouvons plus attendre que les experts humanitaires fassent leur travail pour ensuite arriver à avec nos solutions à long terme, des mois et même parfois des années plus tard. Nous savons que nous ne pouvons plus attendre ainsi, alors que les pays implosent, en disant que ce n'est pas notre travail. »

Les migrations forcées ont lieu lorsque des personnes sont contraintes d'abandonner leurs maisons à cause d’une guerre civile ou d'autres formes de violences ou de conflits, et parce que les pouvoirs publics ne peuvent pas protéger les populations ou fournir des services.

Si la situation au Moyen-Orient est grave, le déplacement de populations est un problème mondial qui touche de nombreux pays en développement. « Quand vous grandissez dans un camp de réfugiés pendant 25 ans, où est votre maison ? », s’est interrogée la ministre somalienne des Femmes et des Droits humains, Zahra Ali Samantar (a).
« L'aide d'urgence est certes la priorité immédiate, mais nous devons planifier sur le long terme », préconise-t-elle. « Lorsque nous détruisons les vies de femmes et d'enfants, nous détruisons l'avenir du pays. »
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a quant à lui insisté sur le fait qu’il s’agit de la plus grande crise migratoire de notre temps, et que la moitié des réfugiés sont des enfants.
« Nous devons affronter cette crise monumentale avec une solidarité monumentale », a déclaré Ban Ki-moon, ajoutant que le Sommet humanitaire mondial qui se tiendra le mois prochain se penchera sur les causes profondes des migrations forcées et aidera à déterminer la riposte mondiale.

Sur les quelque 5 millions de réfugiés syriens enregistrés par le HCR, 2,1 millions vivent en Jordanie et au Liban, exerçant une forte pression sur les ressources de ces deux pays. Le HCR prête assistance, mais il ne dispose pas de ressources suffisantes, a déploré Filippo Grandi (a), le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Environ 70 % des financements de cette agence proviennent de huit donateurs seulement, a-t-il précisé.

Tout en reconnaissant que la communauté internationale apporte de l’aide au Liban, Le ministre libanais de l'Éducation, Elias Bou Saab (a), a déploré que ce soutien ne soit pas à la hauteur des besoins. « Chaque année qui passe est une année gâchée », a-t-il déclaré en exhortant « la communauté internationale à agir rapidement ».

Selon le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (a), la propagation de la crise des réfugiés a contraint l'Europe à voir le monde qui l’entoure. « Les migrations sont l'un des défis déterminants de ce XXIe siècle. La réponse que nous allons y apporter définira qui nous sommes », a-t-il prévenu.

En évoquant les besoins des pays, David Miliband (a), président de l'International Rescue Committee et ancien secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères, a souligné que « le plus important ne consiste pas seulement à accroître l'aide : il faut aussi aider mieux et autrement ».

Il s’agit notamment de créer des emplois et de donner aux réfugiés la possibilité de bénéficier d'une éducation et de participer à l'économie. À cet égard, le Groupe de la Banque mondiale utilise des outils financiers novateurs pour constituer en Jordanie une zone économique spéciale pour les entreprises afin de créer des milliers d'emplois au profit des réfugiés syriens et des populations d'accueil. Il travaille également avec le Liban pour faire en sorte que tous les enfants dans le pays, qu’ils soient libanais ou réfugiés syriens, aillent à l’école.

Le secteur privé peut aussi faire la différence dans les situations actuelles de fragilité et de conflit en aidant les économies à bien fonctionner, a indiqué le président-directeur général d'Unilever, Paul Polman (a).

« Je pense que tout le monde sait ce qu'il y a lieu de faire, ce qui doit être mis en œuvre, mais on ne va pas assez vite », a-t-il regretté. « Si le secteur privé ne contribue pas positivement à la marche du monde, notre propre avenir est compromis aussi. »
 

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