Published on Africa Can End Poverty

Une année où l’Afrique a vécu dangereusement

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 Note: This is a French translation of a blog post that originally appeared in The Guardian's Poverty Matters blog.

Les progrès économiques enregistrés cette année par l’Afrique sub-saharienne sont à risque, mais une forte demande de bonne gouvernance par les citoyens en vue de résoudre les problèmes du continent présage d’un avenir meilleur.


Au cours de l’année 2011, une série de chocs externes et internes a menacé les gains économiques acquis au cours de la dernière décennie par l’Afrique sub-saharienne, sans compter la menace posée à son redressement au lendemain de la crise économique mondiale de 2008-09.


Tout d'abord, le printemps arabe a eu des effets néfastes en commençant par la déportation des travailleurs immigrés (et une réduction d’investissements), particulièrement de la Libye, ainsi que les  mouvements de protestation dans  les pays tels le Burkina Faso, l'Angola et l'Ouganda, dont les Chefs d’Etat sont au pouvoir depuis plus de 20 ans. Il y a eu également des violences postélectorales au Libéria et en République démocratique du Congo. Ensuite, la Corne de l’Afrique a été frappée par la plus grave sécheresse et famine en 40 ans, entrainant des morts, provoquant des mouvements de réfugiés, et conduisant à une forte augmentation des prix d'alimentation qui ont contribué à un taux d’inflation de 20% ou plus dans plusieurs pays d’Afrique de l’est.


Enfin, un ralentissement de la croissance et de l'investissement mondial, déclenché par la crise de la dette souveraine en Europe et des incertitudes concernant la politique fiscale aux Rtats Unis, ont affecté l'Afrique, obligeant bon nombre de  pays à revoir à la baisse leurs prévisions de croissance du PIB en 2011 d’un demi point de pourcent. Si cette crise fiscale et ce surendettement se traduisaient en véritable récession, les conséquences pour l'Afrique – qui dépend de l’Union européenne pour l’exportation de 37% des ses produits non pétroliers - pourraient être extrêmement graves.


Néanmoins, la plupart des pays africains ont relativement bien survécu à ces chocs. Le taux de croissance du PIB au cours de l'année a tourné autour d’une moyenne de presque 5%. Le titre de l’article de l’édition du 3 décembre dernier du journal The Economist était "L’Afrique a le vent en poupe", soit un désaveu du titre d’un autre article de couverture du même journal il y a dix ans intitulé « Le continent désespéré ».


Qu'est-ce qui a changé ? La toute première chose a été une plus grande utilisation des filets de sécurité--transferts en espèces ou en biens offrant une protection aux personnes les plus vulnérables--permettant ainsi à ces derniers de mieux faire face à la crise. En plus de l’apport d’un véritable soulagement aux victimes des chocs, ces instruments ont créé un « espace politique » pour éviter l'utilisation des contrôles des prix improductifs ou des subventions régressives comme réponse à la demande du public pour une action urgente.


Un autre facteur fut le fait que la politique macroéconomique ait été soigneusement poursuivie. Il est vrai, l'inflation a atteint des niveaux inquiétants en Ethiopie, au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Mais les décideurs dans la plupart de ces pays ont répondu en resserrant la politique monétaire - une décision politiquement difficile quand une récession mondiale pointe à l’horizon - et l'inflation semble ralentir.


Cependant, le développement le plus important fut l’émergence d’une demande plus accrue par les Africains pour que leurs gouvernements leur rendent des comptes. L’initiative kenyane pour promouvoir l’accès aux données et le projet de loi ghanéen visant à assurer une gestion saine des revenus pétroliers ne sont que deux exemples des efforts lancés par des citoyens pour "serrer les mains de leurs gouvernements" et éviter ou réduire la possibilité de « prise en otage » par les élites qui a caractérisé la politique économique par le passé.


Pour sûr, les menaces à la croissance en Afrique sont loin d’être epuisees. La crise de la Zone Euro – et le risque d’une récession majeure qui touchera surement l'Afrique – n’a pas encore été résolue. La sécheresse dans la Corne de l’Afrique était un rappel cruel de la vulnérabilité du continent aux effets du changement climatique.


Bien que l'Afrique n'ait pas les masses de diplômés universitaires en chômage qui caractérisent certains des pays touchés par le printemps arabe, le continent est confronté à un problème réel de l'emploi. La plupart des Africains travaillent dans des secteurs à faible-productivité, tirant à peine une subsistance du dur labeur sur de petites parcelles de terre ou d'entreprises minuscules de ménage. Améliorer le taux de productivité, y compris la productivité des sept- à -dix millions de jeunes qui entrent dans la force des travailleurs chaque année, doit être le plus grand défi du continent.


En plus, dans les 21 pays africains fragiles, les citoyens font face aux risques de violence politique et vivent le risque d’être pris pendant longtemps au "piège de fragilité" incessante.


Puisse l’année 2012 être celle au cours de laquelle la forte demande des citoyens pour la bonne gouvernance permettra de résoudre les problèmes macro-économiques et atténuer les risques liés au changement climatique pour l’Afrique. Que l’année 2012 permette à l’Afrique de relever le faible taux de sa productivité et de résoudre les problèmes des états fragiles telque les plus démunis des Africains de cesser de vivre dangereusement.


Authors

Shanta Devarajan

Teaching Professor of the Practice Chair, International Development Concentration, Georgetown University

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