Engager l’Afrique sur la voie de l’accès universel à l’électricité

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Sebani Gueye, 10 ans, fait ses devoirs à la maison dans un village du Sénégal. Sa famille vient d'avoir l'électricité et il n'a enfin plus besoin d'étudier à la lumière des bougies. Photo: © Vincent Tremeau/Banque mondiale Sebani Gueye, 10 ans, fait ses devoirs à la maison dans un village du Sénégal. Sa famille vient d'avoir l'électricité et il n'a enfin plus besoin d'étudier à la lumière des bougies. Photo: © Vincent Tremeau/Banque mondiale

Alors que les prix des matières premières flambent et que les dirigeants du monde entier s’inquiètent des pénuries d’énergie et du prix de l’essence à la pompe, en Afrique, des millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité. La moitié des habitants du continent ne peuvent pas utiliser un ventilateur lorsqu'il fait chaud, conserver les aliments au frais ou simplement allumer la lumière. Cette crise de l’accès à l’énergie appelle une réponse urgente.

En Afrique de l’Ouest et centrale, seuls trois pays sont en bonne voie pour garantir un accès à l’électricité à tous leurs habitants d’ici à 2030. À ce rythme, 263 millions d’habitants dans la région seront toujours privés d’électricité dans dix ans. L’Afrique de l’Ouest affiche des taux d’accès à l’électricité qui sont parmi les plus faibles du monde : 42 % pour la population totale et 8 % seulement pour la population rurale. 

Ces chiffres ont de graves conséquences. Car avoir accès à l’électricité est un jalon important pour élargir les perspectives et les choix qui s’offrent aux individus. C’est une condition indispensable pour stimuler l’activité économique mais aussi un facteur essentiel pour améliorer le capital humain d’un pays et investir ainsi dans son potentiel.  

Sans électricité, les élèves ne peuvent pas faire leurs devoirs le soir. Les entrepreneurs ne peuvent pas s’informer sur les marchés ni entretenir des relations commerciales. Pire encore, comme la pandémie de COVID-19 l’a crûment mis en lumière, le manque d’accès à l'énergie empêche les services hospitaliers et d’urgence de fonctionner, ce qui met les patients en danger et conduit au gaspillage de précieux médicaments. 
 

Comment parvenir à électrifier l’Afrique de l’Ouest et centrale ?  

À l’heure où le continent africain se relève de la pandémie de COVID-19, c’est maintenant qu’il faut agir pour accélérer les progrès vers l’accès universel à l’énergie et contribuer ainsi à stimuler la transformation économique de la région , promouvoir l’inclusion socio-économique et faire fructifier le capital humain. Sans un accès fiable à l’électricité, le tissu social d’un pays risque de se fissurer davantage, les inégalités alimentant le mécontentement de ceux qui en sont privés. 

Pour résoudre la crise de l'accès à l’énergie en Afrique, il faut poursuivre quatre approches ambitieuses.

La première porte sur la viabilité financière des compagnies d'énergie. De nombreux fournisseurs d’électricité connaissent des difficultés de trésorerie et exploitent un parc de production et des infrastructures vétustes et vieillissants. Ils ne sont donc pas en mesure de proposer des services fiables et abordables à leurs clients, et encore moins de fournir de l’électricité à ceux qui doivent actuellement recourir à des sources de substitution inadéquates. Globalement, moins de la moitié des compagnies d’électricité d’Afrique subsaharienne récupèrent leurs coûts d’exploitation, avec une perte de PIB qui peut atteindre 4 % dans certains pays.

Il est indispensable d’améliorer les performances des entreprises d’électricité nationales et de verdir leur mix énergétique pour réduire les coûts d’approvisionnement, ce qui permettra d’élargir l’accès aux ménages actuellement non électrifiés, généralement à faibles revenus et souvent isolés.  

Dans cette optique, et c’est là un deuxième point essentiel, les pays d’Afrique de l’Ouest et centrale doivent regarder au-delà de leurs frontières et intégrer davantage leurs entreprises et réseaux nationaux aux autres systèmes de la région. La région est riche en sources d’énergie propres et abordables (hydroélectricité en Guinée, au Mali et en Côte d’Ivoire, rayonnement solaire élevé au Sahel), mais son marché énergétique est fragmenté.

Du fait de l’absence d’échanges régionaux performants, de nombreux pays sont fortement tributaires d’une ou deux ressources énergétiques et dépendent de sources de production inefficientes et polluantes. Ils se trouvent par conséquent contraints d’importer des combustibles qui les rendent vulnérables à la volatilité des cours internationaux du pétrole.

La vision d’un marché régional intégré de l’électricité dans les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) commence à se concrétiser grâce à un ambitieux programme de projets d’interconnexion transfrontaliers. Si les pays tirent pleinement parti de ce réseau, la part de la consommation d’électricité de la région faisant l’objet d’échanges transfrontaliers pourrait être multipliée par plus de deux, et passer de 8 % aujourd’hui à environ 17 % en 2030. Dans l’ensemble, le commerce régional de l’électricité pourrait réduire d’environ 10 % le coût du cycle de vie du système de production d’électricité de l’Afrique de l’Ouest et fournir une énergie plus verte d’ici à 2030. 

Troisièmement, les programmes d’électrification doivent s’ouvrir aux investissements et aux innovations du secteur privé, comme le solaire et le stockage sur batterie, qui ont largement contribué à faciliter l’accès à l’énergie pour des millions de ménages pauvres et mal desservis. Plus précisément, les systèmes hors réseau et les mini-réseaux sont devenus un moyen fiable et éprouvé de proposer des services modernes et abordables, permettant d’alimenter les habitations des communautés rurales, les établissements de santé et les écoles.

Le Burkina Faso, notamment, qui bénéficie de l’une des meilleures expositions au rayonnement solaire de la région, a su exploiter le pouvoir transformateur de l’énergie solaire et du stockage sur batterie. Avec le soutien de la Banque mondiale, ce pays utilise l’énergie solaire pour alimenter son réseau national, ainsi que des mini-réseaux et des systèmes domestiques individuels. L’énergie solaire avec stockage sur batterie est désormais compétitive par rapport à d’autres technologies et les pouvoirs publics ont réussi à attirer des investissements du secteur privé pour soutenir cette technologie.

Enfin, pour parvenir à l’accès universel à l’électricité, les dirigeants politiques devront faire montre d'un engagement résolu, notamment en élaborant des politiques et des réglementations propres à attirer des investissements de qualité. 

Lors des Assemblées annuelles 2020 de la Banque mondiale, l’engagement à mettre en place une plateforme pour la transformation énergétique dans chaque pays africain a constitué une étape importante dans cette direction. Ainsi, chaque gouvernement pourra définir sa vision, ses objectifs et ses critères de mesure, suivre les progrès accomplis, explorer et échanger des idées novatrices et les meilleures pratiques émergentes en fonction de ses propres besoins et plans énergétiques nationaux. 

Cette plateforme rassemblera les éléments nécessaires pour fournir de l’électricité à tous les habitants de l’Afrique de l’Ouest et centrale et contribuera à attirer de nouveaux financements.

Au cours des trois dernières années, la Banque mondiale a doublé ses investissements pour accroître les taux d’accès à l’électricité en Afrique de l’Ouest et centrale. Elle a engagé plus de 7,8 milliards de dollars pour soutenir 40 programmes d’accès à l’électricité , dont plus de la moitié financent directement de nouveaux raccordements au réseau électrique. Quelque 16 millions de personnes pourront ainsi accéder à l’électricité. L’objectif est de porter le taux d’accès dans cette région de 50 % actuellement à 64 % d’ici à 2026.
 

Accès universel à l?électricité en Afrique


Cependant, les financements apportés par la Banque mondiale ne suffiront pas. Selon nos estimations, il faudrait près de 20 milliards de dollars pour parvenir à l’électrification universelle en Afrique subsaharienne, dont environ 10 milliards de dollars par an rien que pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Pour combler le déficit de financements, il faudra mobiliser les partenaires traditionnels et de nouveaux partenaires, en particulier le secteur privé, qui est disposé à investir si les conditions favorables sont réunies, ainsi que le secteur philanthropique, qui peut s’engager dans des domaines qui ne présentent pas encore d’attractivité commerciale. La Banque mondiale est prête à jouer un rôle de catalyseur pour susciter de nouveaux investissements. 

C’est essentiel, car il reste moins de dix ans pour atteindre l’Objectif de développement durable no 7, à savoir garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable d’ici à 2030. Alors que le monde entier se focalise sur la flambée des prix de l’énergie dans les pays développés, nous ne pouvons ignorer tous ces habitants en Afrique qui n’ont toujours pas accès aux services énergétiques de base. C’est là que se situe la véritable crise énergétique mondiale.

 

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Auteurs

Riccardo Puliti

Vice-président pour les Infrastructures, Banque mondiale

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