La pandémie de COVID-19 impacte les moyens de subsistance en Afrique subsaharienne

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Si l’Afrique subsaharienne n’a pas enregistré des taux d’infection au coronavirus (COVID-19) aussi élevés que d’autres régions, les conséquences économiques de la pandémie ont en revanche été sévères, à cause d’une diminution de la demande globale combinée aux efforts locaux pour faire face à la pandémie. Dans un environnement déjà vulnérable, les Africains doivent relever de sérieux défis : une intervention rapide et efficace est nécessaire à travers l’ensemble du continent, mais cette réponse doit rester économiquement abordable, étant donné la contraction rapide de la marge de manœuvre budgétaire.

La précision et la mise à jour des données sont essentielles pour concevoir et mettre en œuvre des interventions d'atténuation et de relèvement efficaces. Cependant, les mesures de confinement et la menace persistante de contagion empêchent de mener des enquêtes en face-à-face à grande échelle. Pour y remédier, la Banque mondiale a lancé une série d'enquêtes téléphoniques à réponse rapide dans plus de 100 pays, dont 41 en Afrique subsaharienne. Des résultats préliminaires ont été publiés (a) pour le Burkina Faso, l'Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Mali, le Nigéria, l'Ouganda et la Zambie, et de nouveaux résultats sont progressivement mis en ligne. Il ressort de ces enquêtes une tendance inquiétante à la désinformation concernant la prévention de la maladie, associée à une baisse de l'emploi, des moyens de subsistance, de la sécurité alimentaire et du capital humain.

Presque tous les répondants ont déjà entendu parler du nouveau coronavirus (COVID-19) et ont adopté des gestes barrières. La connaissance des symptômes les plus courants et des mesures d'atténuation possibles est également répandue, et de nombreuses personnes interrogées indiquent se laver fréquemment les mains et respecter la distanciation physique. Néanmoins, la désinformation reste très répandue. En Ouganda par exemple, 44 % des personnes interrogées pensent que le coronavirus ne survit pas par temps chaud, et 26 % pensent que la consommation d'alcool confère une immunité.

D’autres résultats offrent une perspective positive. Ainsi la pandémie n’a pas trop affecté l’accès aux services de santé. Au moins trois quarts des ménages ont accès aux soins de santé au Nigéria, au Malawi, en Zambie et à Madagascar, et plus de 90 % au Kenya, au Mali et au Ghana. En revanche, en République démocratique du Congo (Kinshasa), seuls 13 % des ménages ont pu accéder à un traitement médical en cas de besoin. La principale raison citée pour expliquer l’accès limité aux services de santé était, en Zambie, la peur de contracter le virus, tandis qu'en Ouganda, c'était le manque d'argent ou de moyen de transport qui était cité.

Les données collectées jusqu'à présent indiquent que dans toute l'Afrique subsaharienne, la pandémie de COVID-19 a eu un impact majeur sur les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et le capital humain. Les pertes d’emploi sont massives, en particulier dans les zones urbaines et pour les travailleuses. Les mesures de confinement strictes imposées dans la plupart des pays ont sévèrement perturbé l’activités économique et, malgré quelques signes de redressement, l'emploi reste en deçà des niveaux d'avant la pandémie (figure 1).

Figure 1 : Pertes d'emplois pendant la pandémie de COVID-19

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Pertes d'emplois par pays en % de la population occupée avant la COVID-19
Source : Tableau de bord de suivi à haute fréquence COVID-19

Les autres sources de revenu ont également chuté de façon drastique. Au Kenya, au Nigéria et en Éthiopie, près d'une entreprise familiale sur trois a fermé ses portes au début de la pandémie. Au Gabon, au Soudan du Sud, au Malawi, en Ouganda, au Mali, à Madagascar et en Zambie, les revenus ont diminué pour plus de 70 % des entreprises familiales (figure 2). Le revenu agricole a également diminué en raison de la baisse des prix des produits agricoles, de la fermeture des marchés hebdomadaires et des restrictions liées au transport. À l’échelle globale, l'impact économique de la pandémie a aussi occasionné une chute des flux d’envois de fonds, qui a notamment touché le Mali, le Nigéria, l'Ouganda, le Burkina Faso, le Malawi, la Zambie et le Kenya.

Figure 2 : Pertes de revenus pendant la pandémie de COVID-19

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Baisse du revenu d'entreprise familiale non agricole (% de ménages ayant un revenu d'entreprise non agricole comme source de subsistance au cours des 12 derniers mois)
Source : Tableau de bord de suivi à haute fréquence COVID-19

Comme on pouvait s'y attendre, cette baisse des revenus a conduit à une réduction de la consommation. Cependant, la part des ménages contraints de réduire leur consommation de biens varie considérablement – d'environ 1 sur 10 au Mali et en Zambie, à 4 sur 10 au Kenya et plus de 8 sur 10 à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Pour subvenir aux besoins de base, les ménages les plus riches ont recours à la vente d’actifs ainsi qu’à l’utilisation de leur épargne, mais ces stratégies peuvent avoir des effets négatifs à long terme sur les opportunités de génération de revenus.

L'insécurité alimentaire a également augmenté, souvent de manière considérable. Par rapport à l'année précédente, l'insécurité alimentaire a triplé au Nigéria, en Éthiopie, en Ouganda et au Malawi. Au Malawi, au Nigéria, au Kenya, en Afrique du Sud et en Sierra Leone, plus de la moitié des ménages ont manqué de nourriture dans les 30 jours précédant l'enquête, les ménages urbains étant affectés de manière disproportionnée. À travers toute la région, les fermetures d’écoles ont aggravé le problème en limitant l’accès des enfants aux programmes d’alimentation scolaire.

L'accès à l'éducation a été sévèrement affecté par la pandémie de COVID-19. Dans tous les pays étudiés, les écoles ont dû fermer et être remplacées par des activités d'apprentissage à distance, telles que la lecture de manuels ou l'écoute de programmes radiophoniques éducatifs. Cependant, l'adoption de ces solutions variait considérablement, avec 9 enfants sur 10 engagés dans des activités d'apprentissage au Burkina Faso et 6 sur 10 au Nigéria, mais seulement 3 sur 10 au Mali et moins de 2 sur 10 au Malawi (Figure 3). Dans la plupart des pays, les enfants des ménages ruraux ou pauvres ont été le plus affectés par la fermeture des écoles, en raison d’un accès restreint à Internet. Ainsi, ce sont les plus défavorisés qui voient l’accumulation de leur capital humain et leurs perspectives de mobilité économique d’une génération à l’autre affectées.  

Figure 3 : Enfants participant à des activités éducatives en période de COVID-19

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% de ménages avec des enfants participant à des activités d'apprentissage / d'éducation depuis la fermeture des écoles
Source : Tableau de bord de suivi à haute fréquence COVID-19

Au fur et à mesure que la pandémie mondiale de COVID-19 évolue et que les gouvernements continuent d'adapter leurs stratégies de réponses, il sera essentiel de disposer de données précises et mises à jour en continu. Les enquêtes téléphoniques à réponse rapide permettront à la Banque mondiale et à ses partenaires de mieux comprendre l'évolution des besoins des populations bénéficiaires et l'efficacité des programmes déjà mis en œuvre, ainsi que, par exemple, les attitudes face à une éventuelle campagne de vaccination. Cet outil innovant de collecte de données permettra également aux gouvernements locaux et aux partenaires de développement d'améliorer constamment le ciblage et de garantir que l'aide parvient aux ménages qui en ont le plus besoin.

Bien que la crise soit loin d'être terminée, avec une collecte de données efficace et des programmes de développement solides, davantage de ménages pourront obtenir l'aide dont ils ont besoin pour faire face à ces nouveaux défis.


Auteurs

Pierella Paci

Practice Manager, Poverty and Equity Global Practice, World Bank

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