Faire de la géographie un atout pour le Bénin

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Crédit: Arne Hoel/World Bank

Dans la lignée de grands économistes, le nouveau gouvernement du Bénin pourrait s'inspirer de sa situation géographique pour propulser le pays sur la voie de l’émergence.
 
Pour l'économiste Jeffrey Sachs, professeur à l’Université de Columbia à New York, si la majorité des pays tropicaux n'ont pas réussi leur décollage économique, c’est à cause de leur climat qui a facilité la propagation de maladies épidémiques. L'économiste Paul Collier, professeur à l'Université d'Oxford, explique le retard économique de l'Afrique Sub-Saharienne par le fait qu’un nombre disproportionné d’habitants vivent éloignés des océans et donc des marchés mondiaux. Enfin, le célèbre historien français Fernand Braudel rappelait que les villes ne sont devenues des foyers de croissance économique qu’à partir du moment où elles ont commencé à abriter des industries de transformation, facteur encore souvent absent en Afrique.

Les observations énoncées plus haut suggèrent trois priorités pour le Bénin. Premièrement, le pays peut bâtir son avenir en capitalisant sur sa proximité géographique avec le Nigéria et son accès à l'océan par le port de Cotonou. Deuxièmement, le pays a l’opportunité de créer des villes "productives" en encourageant la transformation de ses nombreuses ressources agricoles. Enfin, le Bénin peut améliorer ses infrastructures et son capital humain en luttant contre l'érosion côtière et le paludisme.
 
Optimiser sa proximité avec le Nigéria
 
Pour un petit pays comme le Bénin, sa proximité avec le Nigéria, offre un marché de 180 millions de consommateurs, et un lien avec le reste du monde via le port de Cotonou. Pour en tirer avantage, le Bénin doit simplement faire mieux que son grand voisin en matière de politiques facilitant le commerce.
 
Pour faire mieux, le Bénin devrait en premier lieu s’atteler à améliorer le climat des affaires. C’est en créant un environnement plus favorable aux investisseurs que La Suisse, la Finlande et Singapour se sont démarqués de leurs voisins plus imposants.  Le Bénin n’est qu’au 156 ème rang du classement Doing Business, et fait à peine mieux que le Nigeria (classé à la 169ème place). Un meilleur accès à l'électricité et à l'eau potable ainsi que de meilleures conditions de sécurités  devraient attirer les investisseurs désireux de s’ouvrir au marché nigérian.
 
Améliorer les capacités du port de Cotonou devient donc essentiel pour s’ouvrir aux marchés mondiaux. Les succès de Hong Kong et Singapour sont en grande partie expliqués par la performance de leurs ports. Aujourd'hui, le Bénin n'est que 109ème dans le monde en matière de performance logistique. Si le nouveau gouvernement pouvait mettre davantage l’accent sur la transparence et l’ouverture à la concurrence dans sa gestion du port, le pays serait en mesure d’attirer de nombreux investisseurs, les ports restant des affaires rentables.
 
Transformer ses ressources naturelles pour créer des emplois
 
La deuxième priorité pour le Bénin devrait être de transformer ses ressources naturelles, afin de créer des emplois pour sa main d’œuvre en forte croissance. Le pays produit d’importantes quantités de coton, le coton constituant plus de 25% de ses exportations, alors que moins de 5 % de cette production est transformée localement. Or il n'existe qu'une poignée de compagnies de textiles dans le pays. De manière similaire, la production de noix de cajou s'est accrue fortement au cours de ces dernières années, mais seule une usine de transformation de taille respectable s'est établie dans le pays - une "joint venture" avec des investisseurs hollandais. Le potentiel existe pour d'autres produits comme les fruits et les jus de mangue et d'ananas ainsi que pour la transformation du bois.
 
La transformation des produits agricoles est attractive pour un pays en développement car cette activité requiert peu de capital et une main d'œuvre peu qualifiée. En revanche, l'accès à un espace sécurisé et aménagé, avec de l'électricité et de l'eau courante, ainsi qu'une bonne connectivité aux intrants et au port pour leur commercialisation sont des conditions requises. L'effort du gouvernement doit donc se concentrer sur la mise en place de ces conditions de base, notamment en développant des zones industrielles à l'exemple de ce qui a été fait en Asie et plus récemment en Ethiopie et au Rwanda. Avec à la clé la création de nouveaux emplois pour sa jeunesse.
 
Gérer l'érosion côtière et le paludisme
 
La troisième priorité serait de s'occuper de l'érosion côtière et du paludisme. Le réchauffement climatique a eu et continuera d'avoir des conséquences désastreuses pour le Bénin, dont certaines sont déjà visibles. La montée du niveau de la mer a détruit des centaines d'habitations, des écoles, des routes le long des côtes autour de Cotonou et de Grand Popo. L'urgence est donc d'intensifier les efforts, en partenariat avec la communauté internationale, pour prévenir une érosion côtière encore plus grande et cela avant qu'il ne soit trop tard.
 
Chaque année un million de Béninois sont victimes d'une crise de paludisme. Environ 20 % des décès provoqués par un problème de santé proviennent de cette infection. Les coûts sociaux et économiques sont énormes pour le pays. Si chaque personne infectée perd 3 jours de travail, cela représente 1,5 millions de journées perdues à l'échelle du pays (en supposant que la moitié des personnes infectées soient en âge de travailler). Pourtant, le paludisme peut être combattu avec succès comme l’ont montré plusieurs pays de l'Asie du Sud ces dernières années.
 
Vers l’émergence économique
 
La combinaison de ces trois priorités nous permet d'imaginer le Bénin de demain. Si le gouvernement parvient à améliorer le climat des affaires et l'efficience du port, et étant donné les nombreuses ressources agricoles du pays et sa proximité avec le marché nigérian, les investisseurs locaux ainsi qu’internationaux devraient se ruer sur le Bénin. L'Ethiopie et le Rwanda ont réussi ce pari, avec la délocalisation de plusieurs entreprises chinoises et indiennes, peut-être avec moins d’atouts. Si les autorités (et leurs partenaires) peuvent mieux gérer l'érosion côtière ainsi que le fardeau du paludisme, on peut aussi facilement imaginer une vie meilleure pour la population locale.


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