Le développement, une marque à protéger ?

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Tout le monde veut promouvoir son image de marque, et les organismes de développement ne sont pas en reste. Je pense à ces colis humanitaires estampillés « Don du peuple américain » ou aux logos de Médecins sans frontières affichés bien en évidence sur les dispensaires dans les pays touchés par l’épidémie Ebola… sans parler de la mention « Banque mondiale » associée à certains projets.
 
De la part d’organismes de développement, cette pratique peut sembler innocente et peut même avoir une certaine utilité, en prouvant aux contribuables que leur argent est dépensé à bon escient. Tous ces mérites ne doivent pourtant pas faire oublier les cas où elle se révèle contreproductive. Comme au Mali.
 
Malgré les accords de paix signés en mai et juin 2015, la situation dans le nord du pays est toujours précaire depuis la rébellion qui a éclaté au début de l’année 2012, ce qui complique fortement la délivrance des services. Sans la protection de l’armée, une grande partie de ce territoire, et notamment la ville de Kidal, reste inaccessible aux employés du gouvernement central et des autorités locales. Des bandits armés sévissent régulièrement et les explosions d’engins artisanaux sont monnaie courante tandis que les forces de maintien de la paix de la MINUSMA sont victimes d’attaques violentes récurrentes. Un certain nombre de solutions originales permettent de gérer ces problèmes, notamment le fait de faire exécuter les projets par des tiers, en général des organisations non gouvernementales internationales.
 
Malheureusement, ces organismes « s’approprient » les services rendus, pourtant financés sur deniers publics. Résultat : 2 % seulement des Maliens qui reçoivent des engrais pour doper leur production agricole (25 % des ménages) savent que c’est l’État qui les aide. De sorte que même lorsque les services s’améliorent, grâce aux financements publics, la confiance vis-à-vis du gouvernement reste faible puisque son rôle n’est pas reconnu.
 
Soucieuse de suivre les progrès de l’action du gouvernement malien dans le nord du pays, la Banque mondiale s’est associée à une société locale de sondage, l’institut GISSE, pour réaliser des enquêtes tous les mois auprès de la population. Ces enquêtes, qui alimentent une base de données  téléchargeable, permettent d’identifier les besoins les plus pressants des habitants de la région. Les données recueillies révèlent par ailleurs que la confiance de la population vis-à-vis du gouvernement est particulièrement faible à Kidal : 2 % seulement des personnes interrogées ont tout à fait confiance dans le gouvernement, contre 40 à 47 % à Tombouctou et à Gao. Alors que c’est précisément à Kidal qu’est née la rébellion, il est vital pour la paix de faire évoluer cette perception. Il faudrait entre autres pour cela que le gouvernement soit bien identifié comme celui qui assure les services.
 
On voit par là que, dans ce cas précis, l’habitude des organismes de développement d’estampiller à leur nom les opérations de soutien aux populations doit être remise en cause, pour permettre au gouvernement malien d’imposer sa marque. Parallèlement, il faut améliorer les campagnes d’information entourant l’action de l’État. Et c’est exactement ce que fait l’équipe de la Banque mondiale chargée du Mali, en s’attachant à se rapprocher des citoyens.
 
 
 

Auteurs

Johannes Hoogeveen

Économiste principal au sein du pôle Pauvreté et égalité de la Banque mondiale.

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