Le dividende démographique africain sous de bons auspices

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Si l’on en croit l’actualité de la recherche, il y a lieu d’être optimiste en ce qui concerne la situation de la démographie et du développement en Afrique. Bien que les taux de croissance de la population resteront élevés pendant encore un certain temps, on voit se profiler à l’horizon une tendance plus profonde : celle d’un déclin généralisé de la fécondité. Ces signaux, conjugués à l’amorce de changements dans l’économie, laissent présager un tournant positif pour l’Afrique. Comme tous ceux qui ont grandi à Calcutta, j’ai été nourri au poème bengali Africa de Rabindranath Tagore : à propos des forces du colonialisme, l’écrivain évoque la « cupidité barbare de la civilisation » qui réprime le potentiel dont regorge ce continent. Aujourd’hui, l’Afrique a rendez-vous avec son histoire.

Africa's Demographic Transition: Planning for the Future of Africa's Youth


Une nouvelle publication phare intitulée Africa’s Demographic Transition : Dividend or Disaster ? expose les principaux signes de changement à l’œuvre en Afrique et qui constituent les conditions préalables au déclin de la fécondité telles qu’elles ont été mises en évidence dans d’autres régions du monde. À savoir le développement économique, la baisse de la mortalité infantile et juvénile, une hausse soudaine et temporaire de la fécondité et une plus grande disponibilité des moyens de contraception modernes. Tous ces facteurs semblent présents depuis une quinzaine d’années dans de nombreuses régions du continent. L’un après l’autre, les pays ont enregistré une baisse remarquable de la mortalité chez les enfants (même s’il faut reconnaitre que le chemin à parcourir est encore relativement long, en particulier en Afrique centrale et de l’Ouest). 

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En ce qui concerne l’évolution de la fécondité, la situation semble plus encourageante si l’on analyse les données en fonction des différentes catégories de population. Certaines sous-catégories ont en fait connu une hausse de la fécondité. Plus que d’une augmentation de la demande d’enfants, cette hausse résulte d’un accroissement de la « fécondité naturelle » et est en partie le fruit d’un processus de modernisation qui conduit dans un premier temps à un recul des comportements traditionnels qui inhibent la fécondité, tels que l’allaitement et l’abstinence post-partum, mais qui aboutit à terme à une demande active et à une baisse de la fécondité.

Dans ce domaine, le moment compte aussi. Dans la mesure où d’autres régions du monde ont déjà connu le déclin de la fécondité qui s’annonce en Afrique, ce continent a la chance de bénéficier d’un certain recul. Un avantage cependant inexploité dans les années 80 et 90 en raison d’un désengagement général dans les programmes de planning familial. Depuis le début des années 2000, on observe au contraire un engagement international renouvelé destiné à offrir des services de contraception en plus grande quantité et de meilleure qualité et à mettre en œuvre des programmes plus efficaces. Les hausses récemment enregistrées dans les taux d’utilisation de moyens contraceptifs dans de nombreux pays (comme l’Éthiopie et le Rwanda notamment) témoignent de l’efficacité d’une telle stratégie. 

Ces facteurs vont accélérer la baisse de la fécondité en Afrique et, par conséquent, réduire le rapport inactifs/actifs. En outre, ces politiques seront confortées par un aspect culturel important : contrairement à la situation prévalant en Asie et en Amérique du Sud, de nombreuses régions d’Afrique (et plus particulièrement en Afrique subsaharienne et de l’Est) ont une longue tradition de travail féminin. Ce qui signifie que le recul de la maternité permettra aux femmes de participer plus fortement à la vie active et que, à condition de leur garantir des compétences et des perspectives d’emploi plus riches, l’Afrique pourra encore mieux tirer profit de son dividende démographique que d’autres régions du monde.

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Auteurs

Kaushik Basu

Premier vice-président et économiste en chef

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