Évaluation rapide des besoins après une catastrophe : un angle d’attaque efficace pour renforcer la résilience

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Habitants et véhicules sinistrés dans la banlieue de Balaballa (Djibouti) à la suite des inondations causées par le cyclone Sagar. (Photo : Karima Ben Bih/Banque mondiale)
Habitants et véhicules sinistrés dans la banlieue de Balaballa (Djibouti) à la suite des inondations causées par le cyclone Sagar. (Photo : Karima Ben Bih/Banque mondiale)

En mai 2018, le cyclone tropical Sagar, accompagné de fortes pluies et d'inondations éclair, a touché les abords de la ville de Djibouti et de sa principale banlieue, Balaballa. Trois mois plus tard, deux épisodes diluviens d’ampleur inédite et de graves inondations venaient frapper la Tunisie. En novembre 2019, Djibouti était de nouveau touchée par de fortes pluies, entraînant de brusques inondations.

Face à l’inclémence des éléments, les autorités djiboutiennes et tunisiennes ont demandé l’aide de la Banque mondiale pour mener une évaluation rapide des besoins (a). Réalisé dans le sillage immédiat d’une catastrophe naturelle, ce type de diagnostic permet d’estimer son niveau d’impact dans les zones sinistrées et les besoins de reconstruction qui en découlent.

Le but est d'effectuer une évaluation globale en quelques jours (plutôt qu'une analyse détaillée de plusieurs mois), permettant aux autorités d'identifier les préjudices les plus graves, ainsi que les besoins et les interventions prioritaires. Ces efforts sont pilotés par les gouvernements des pays concernés, avec le soutien de bailleurs de fonds internationaux, comme la Banque mondiale. Les évaluations post-catastrophe s'appuient sur des données collectées par les autorités locales, des relevés satellitaires (s'ils existent) et des modèles d’estimation en pourcentage, en cas d’accès restreint. Elles servent de base d’analyse aux administrations afin de dégager des lignes budgétaires d’urgence destinées à financer des interventions prioritaires, réaffecter des fonds alloués à d’autres projets de développement ou mobiliser des ressources supplémentaires. Mais, comme le montrent les études de cas concernant Djibouti et la Tunisie, ces diagnostics peuvent également sensibiliser les pouvoirs publics à la nécessité de réformer leur système de gestion des risques de catastrophe.

L’évaluation rapide des besoins réalisée à Djibouti en 2018 a été menée avec le concours de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Dans la semaine suivant la réception de la demande officielle, l’évaluation était achevée et les résultats présentés au ministère des Finances. Selon ses estimations, les dommages et les pertes dus au cyclone Sagar s’élevaient à 29 millions de dollars et 31 millions étaient nécessaires au redressement et à la reconstruction du pays.

Dans l’année qui a suivi les inondations, Djibouti a donné la priorité à la restauration d’équipements vulnérables ayant subi des dommages dans des secteurs critiques et à un appui immédiat aux agriculteurs et aux moyens de subsistance des populations les plus touchées. Les trois prochaines années seront progressivement consacrées au renforcement des mesures de réduction des risques de catastrophe, dont notamment la mise en place de dispositifs d’alerte hydrométéorologique rapide plus efficaces, afin de mieux informer les habitants et prévenir les dommages.

Avec l’appui de la Facilité mondiale pour la prévention des catastrophes et le relèvement (GFDRR) (a), cette évaluation rapide des besoins a également contribué à une révision du cadre institutionnel régissant les plans nationaux d’intervention en cas de catastrophe (dispositions à prendre en amont, intervention, relèvement) et des directives de communication d’urgence. Autre apport direct de cette initiative : la Banque mondiale accompagne actuellement les autorités dans la recherche d’options viables en matière de financement du risque de catastrophe.

Dans la continuité du diagnostic mené en 2018, les inondations éclair de novembre 2019 ont donné lieu à une évaluation rapide des besoins post-catastrophe menée avec l’appui conjoint de la Banque mondiale et des Nations unies. Conduit par le ministère de l’Intérieur, cet exercice a révélé que sur les huit secteurs ciblés, le logement, les transports et la santé étaient les plus gravement touchés. En l’espace de cinq jours, les premières conclusions étaient soumises au secrétaire exécutif chargé de la gestion des risques de catastrophe. Le rapport final, qui s'appuiera sur des données supplémentaires, est en passe d'être achevé.

L’évaluation rapide des besoins menée en Tunisie était pilotée par le gouvernement et a bénéficié du soutien de la Banque mondiale, des Nations Unies et de l’Union européenne. Une semaine après la catastrophe, une version préliminaire du rapport était présentée au ministère du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale. Le gouvernement l’a utilisée par la suite pour mobiliser des fonds à l'occasion des Assemblées annuelles de la Banque mondiale de 2018. Soumis un mois après les inondations, sur la base de données supplémentaires recueillies sur le terrain, le rapport final estimait les besoins de relèvement et de reconstruction à 99 millions de dollars, principalement dans les secteurs du transport et du logement, fortement touchés. Ce travail proposait par ailleurs plusieurs pistes d'amélioration du système national de gestion des risques de catastrophe dans les champs suivants : compréhension du risque de catastrophe, établissement d’un cadre institutionnel avec coordination intersectorielle, système d’alerte rapide opérationnel et mécanismes de financement du risque de catastrophe ex ante.

Encouragé par cette analyse, le gouvernement tunisien a par la suite demandé à la Banque mondiale de lui fournir un appui technique et financier pour la gestion des risques de catastrophe. Sur la base de consultations détaillées avec les principales parties prenantes, la Banque mondiale met actuellement sur pied un programme global d’assistance technique couvrant notamment : i) l’élaboration d’un profil national des risques de catastrophe naturelle portant sur les inondations et les séismes) ; ii) une contribution technique au programme national de gestion des risques d’inondation ; iii) des recommandations pour le renforcement institutionnel du cadre de gestion du risque de catastrophe ; iv) un soutien technique pour améliorer les services hydrométéorologiques et les systèmes d’alerte rapide du pays ; v) l’élaboration d’une stratégie nationale de financement du risque de catastrophe.

Comme le montrent ces deux études de cas, une évaluation rapide des besoins post-catastrophe peut aider les autorités à mesurer sans délai l’impact d’une catastrophe naturelle circonscrite et à amorcer les efforts de relèvement. Parce qu’il permet aussi de mettre en lumière les carences des systèmes de gestion du risque de catastrophe, ce diagnostic est en outre un instrument efficace pour identifier les domaines de collaboration entre les pouvoirs publics et les organisations internationales (comme la Banque mondiale). Face à la fréquence et la gravité accrues des catastrophes naturelles au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sous l'effet des changements climatiques, les demandes de ce type d’évaluation devraient augmenter dans les prochaines années.

 

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