#JournéeDeLaTerre : inondations, sécheresses et chaleur extrême menacent le monde arabe

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Si la Terre se réchauffe trop au cours de ce siècle, la vie deviendra plus difficile pour la plupart des habitants de la planète. Mais dans quelle mesure sera-t-elle plus dure pour les personnes qui vivent au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA), une région déjà connue pour ses climats chauds et arides ? Quand on parle de changement climatique, on pense généralement hivers rigoureux, étés brûlants, sécheresses prolongées et inondations spectaculaires Pour beaucoup d’entre elles, le changement climatique entraînera la perte des sources de revenus traditionnelles, des migrations forcées et une lutte de tous les jours pour joindre les deux bouts. Cependant, la Journée de la Terre met en lumière le lien qui existe entre l'impact du changement climatique sur la nature et le destin de l'humanité.
 
Dans certaines parties de la région, cette menace est déjà bien réelle : en Syrie et en Égypte, les changements climatiques récents ont laissé de profondes cicatrices sur le plan social, économique et politique. En 2008, le Moyen-Orient a connu son hiver le plus sec depuis un peu plus d'un siècle, ce qui a forcé des populations de cultivateurs à quitter leurs régions rurales du Nord-Est de la Syrie pour s'installer dans la ville d'Alep. Cet exode s’est soldé par un appauvrissement économique et un mécontentent politique. En 2009, bon nombre d'Égyptiens ont quitté le delta du Nil pour gagner la métropole du Caire, abandonnant ainsi l'une des régions les plus peuplées et les plus fertiles au monde, qui concentre 63 % de l'agriculture du pays. Ils y ont été contraints par le chômage et la pauvreté, conséquences d'approvisionnements en eau insuffisants pour que tout le monde puisse vivre de l'agriculture.
 
L’important essor démographique que connaît la région MENA, les étés plus chauds, et la diminution des précipitations et des eaux de ruissellement issues du manteau neigeux sont autant de facteurs qui auront des répercussions négatives sur le secteur agricole, alors que celui-ci emploie plus de 35 % de la main d'œuvre régionale. Cette situation viendra encore aggraver les privations et les troubles qui sévissent déjà dans certains pays. Avant même le conflit qui déchire le Yémen actuellement, les 2 millions d'habitants de la capitale, Sanaa, ne pouvaient compter sur un approvisionnement en eau courante qu'une fois par semaine, au mieux. Sinon, ceux qui pouvaient se le permettre devaient acheter leur eau.
 
Notre dernier rapport Baissons la chaleur examine les effets probables d’un réchauffement de 0,8 °C (soit le niveau actuel) dans la région MENA, en particulier sur l'eau, de même que les conséquences de la hausse possible des températures de 2 et 4 °C. La région possède moins de 2 % des ressources hydriques renouvelables mondiales, et compte certains des pays les plus pauvres en eau de la planète. Même dans des scénarios moins extrêmes, il est clair que les effets du changement climatique vont accroître la concurrence pour ces ressources rares, faire exploser la pauvreté et provoquer des migrations forcées.
 
C'est même d'ores et déjà le cas.
 
Si rien n'est fait, la situation ne pourra que s'aggraver et faire naître de nouvelles sources d'instabilité dans une région déjà bien fragile. Pourtant, il est possible d'agir, et cela s'impose. Des mesures d'adaptation et d'atténuation seront essentielles pour atteindre le niveau de résilience nécessaire pour faire face aux changements à venir et limiter leurs conséquences pour les nombreuses personnes dont la vie va changer radicalement.
 
La Tunisie a donné l'exemple en incorporant la protection de l'environnement à sa nouvelle Constitution. Le Maroc s'est fixé deux priorités nationales dans ce domaine : renforcer l'adaptation du pays au changement climatique et l'engager résolument sur la voie d'une croissance verte. Le programme Maroc Plan Vert est axé sur la gestion durable des sols et de l'eau, ainsi que sur l'adaptation du secteur agricole. On devrait voir fleurir ce genre d'initiatives dans toute la région. Il est nécessaire d'investir davantage dans la recherche pour développer des pratiques agricoles intelligentes, à l'épreuve du changement climatique. Parallèlement, la diversification économique est essentielle pour aider les populations vulnérables à développer de nouvelles sources de revenus.

Si la région doit s’adapter pour réduire sa vulnérabilité au changement climatique, il faut souligner que son climat offre par ailleurs d'immenses opportunités. L'abondance de soleil et de grands espaces se prête idéalement aux énergies renouvelables telles que le solaire et l'éolien, avec à la clé une réduction des émissions et donc une contribution à la lutte contre le réchauffement, mais aussi le développement de nouvelles activités économiques susceptibles de créer de la croissance et de l'emploi.

Dans le monde arabe, le changement climatique va avoir des conséquences qui iront bien au-delà des conditions météorologiques extrêmes. Il touchera les populations locales et les sociétés dans leur ensemble. En s'attaquant dès maintenant au changement climatique, il s’agit de lutter contre la pauvreté et de jeter les fondations d'un avenir plus stable et plus prospère.

Auteurs

Maria Sarraf

Spécialiste en chef en environnement

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