Comment le capital humain et la technologie pourraient-ils préserver des vies de la pandémie de COVID-19 ? Un jeune entrepreneur apporte des réponses

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Lorsque la pandémie de coronavirus (COVID-19) a touché son pays, la Tunisie, Meher Khelifi a su exactement ce qu'il fallait faire pour préserver des vies. Après tout, il avait déjà développé une solution qui avait permis de sauver la vie de milliers de femmes rurales : en les inscrivant dans le système de sécurité sociale, ces femmes et leur familles avaient pu, pour la première fois, bénéficier des soins de santé auxquels elles avaient droit.

Lorsque Fatouma, sa mère, est décédée d'une maladie qu'elle n’avait pas pu soigner parce qu'elle avait dû choisir entre sa propre santé et l'éducation de ses enfants, Meher n’a plus eu qu’un seul objectif en tête :  s'assurer qu'aucune autre femme rurale n'aurait plus jamais à faire ce sacrifice. Le programme EmpowerHer de la Banque mondiale a été l’occasion idéale pour Meher de poursuivre cet objectif. Après avoir réussi un concours national pour les jeunes et suivi une série de formations intensives en entrepreneuriat, gestion financière et leadership, ainsi que des sessions de renforcement des compétences organisées par la Banque mondiale, Meher a lancé sa solution technologique EmpowerHer appelée « Ahmini » (protégez-moi). Aujourd'hui, moins d'un an plus tard, environ 23 000 femmes rurales travaillant dans le secteur agricole sont enregistrées auprès d'Ahmini. L'objectif est d'atteindre 500 000 femmes rurales au cours des prochaines années.

Pour faire face à l'impact négatif de la pandémie de COVID-19 sur les femmes rurales, principalement affectées par les pertes d'emplois, la hausse des prix des denrées alimentaires, la pénurie de produits de base comme la farine et la semoule[1] et par une vulnérabilité aux risques sanitaires, Meher a innové une fois de plus. Il a utilisé la technologie moderne et a créé « Ahmini Light » avec d'autres partenaires. Cette application est venue à la rescousse des femmes rurales qui n'avaient plus aucune source de revenus. Elle a permis de connecter les femmes rurales aux associations et aux citoyens afin qu’elles aient accès, gratuitement et avec dignité, aux denrées alimentaires de base dans le point de vente le plus proche.

 

  Photo: Application Ahmini-Light                                                          Photo: Application de suivi COVID-19

Les solutions techniques de Meher ne se sont pas arrêtées là. Il a également réussi à créer des moyens de protéger les femmes rurales par des enregistrements audio de sensibilisation ou par des appels directs afin de les sensibiliser aux mesures préventives nécessaires pour éviter de contracter le coronavirus et protéger leurs foyers. Compte tenu de son savoir-faire technologique, Meher a été invité à créer une application qui suit les citoyens revenant de l'étranger pour les sensibiliser aux mesures à prendre et aux gestes barrières.

Les régions intérieures de la Tunisie sont riches en capital humain et en jeunes férus de technologie, comme Meher. Investir dans ces jeunes, c'est investir dans la société dans son ensemble.

Note : Les travaux d'Ahmini sur la facilitation de l'accès à la sécurité sociale et à l'assistance sociale s'inscrivent dans un programme plus large du Groupe de la Banque mondiale soutenu par le premier financement de la politique de développement de la relance et la résilience (PPD, 175 millions de dollars), soumis à l'approbation du Conseil d'administration le 12 juin 2020. Dans le cadre de ce DPF, des actions de réforme devraient favoriser un développement solide et rapide des services de paiement numérique en Tunisie. Les paiements numériques du gouvernement aux particuliers (G2P) devraient augmenter, en particulier dans la sécurité sociale et les services sociaux.

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[1] D’après une enquête récente menée conjointement par l'Institut national de la statistique (INS) et la Banque mondiale (avril-mai 2020), la pandémie de COVID-19 a un impact négatif sur les revenus et la consommation des ménages tunisiens les plus pauvres. Les ménages les plus riches sont moins affectés.

 

Auteurs

Afef Haddad

Adjointe du Directeur du département Maghreb et Malte et responsable du projet EmpowerHer

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