Une langue commerciale commune : Suite

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Première partie

La clé de l’intégration mondiale du Maghreb : un plan pour assurer son intégration régionale, accompagné d’un programme pour sa mise en œuvre 

Le bilan de ces dernières années est sans appel pour le Maghreb. Conséquence directe de la crise financière, la chute brutale de la demande en provenance de l’Union européenne est venue rappeler combien il est périlleux de fonder ses échanges commerciaux sur un partenaire unique, aussi vaste soit-il. Elle a également mis en évidence les conséquences du manque d’intégration sur l’exposition directe de la région aux chocs extérieurs. 

Avec l’augmentation du chômage des jeunes et la manifestation du mécontentement de la population lors du Printemps arabe, la croissance économique s’est imposée comme une priorité et comme le seul moyen pour le Maghreb de créer des opportunités plus nombreuses et plus fructueuses pour répondre aux revendications populaires.

Face à ces enjeux et à la nécessite de définir une stratégie d’action, on assiste aujourd’hui à un regain d’intérêt à l’égard d’une idée qui a cours depuis un certain temps déjà : l’intégration régionale.

Intégration régionale et compétitivité

L’atelier ministériel sur le commerce régional, qui s’est tenu récemment dans la capitale marocaine Rabat, a clairement identifié les avantages de l’intégration, en ce qu’elle permettrait au Maghreb de tirer parti d’un vaste éventail d’opportunités disponibles dans l’économie mondiale. Organisé par la Banque mondiale avec l’appui du ministère marocain de l’Équipement et du Transport et l’Union du Maghreb arabe, cet atelier a été l’occasion d’évoquer plusieurs exemples illustrant le rôle de l’intégration dans la croissance et le développement de certaines régions du monde. Non seulement l’intégration s’est avérée être un moyen d’accroître le commerce intérieur, mais elle est apparue aussi comme une étape essentielle pour assurer une participation plus compétitive dans l’économie mondiale.

Responsable sectorielle pour le commerce international à la Banque mondiale, Mona Haddad a souligné que l’économie mondiale était aujourd’hui dominée par des chaînes de production complexes. À l’heure où, chacun de leur côté, le Maroc et la Tunisie s’efforcent de s’adapter aux exigences des chaînes de production européennes, l’atelier a vu poindre une autre perspective : celle d’une chaîne de production régionale, où le Maghreb jouerait le rôle de centre logistique pour les pays du monde arabe. Seule une intégration régionale accrue permettra d’atteindre cet objectif.

L’atelier de Rabat conclut deux années de vastes travaux de recherche et de consultations, qui ont notamment donné lieu à deux ateliers similaires organisés l’année dernière en Algérie et en Tunisie. Ce processus a abouti à l’élaboration d’un nouveau rapport de la Banque mondiale, qui traduit le regain de motivation régionale à l’égard de l’intégration économique en un plan d’action détaillé composé de six chapitres.

 

Ce plan appelle à un certain nombre de mesures destinées à faciliter le commerce par une intégration régionale plus étroite. Il prévoit notamment l’élimination des obstacles non tarifaires (et ils sont nombreux dans la région), la mise en place de réglementations et procédures communes ainsi que la construction des infrastructures et capacités requises.L’objectif est de créer un environnement propice au commerce, avec des règles simples à appliquer et des axes commerciaux majeurs pour assurer les liaisons dans l’ensemble de la région.
 

Le partage d’infrastructures physiques et l’observation de réglementations communes entre les pays du Maghreb permettront à ce dernier de concrétiser des ambitions régionales plus importantes — en s’imposant notamment comme un pôle de transports pour le Moyen-Orient — ou encore de développer des chaînes de production qui permettraient à la région de produire des biens en mettant l’accent sur l’efficacité et la compétitivité et de favoriser ainsi les exportations vers un nombre croissant de partenaires commerciaux mondiaux potentiels. Cela permettrait également à la région de devenir une destination attractive pour les investissements directs étrangers. Le plan d’action proposé par la Banque mondiale prévoit des mesures à court, moyen et long termes et identifie les actions à entreprendre aux niveaux national et local, de manière à poser les jalons nécessaires à la concrétisation d’autres objectifs plus ambitieux.

L’atelier a réuni tous les ingrédients requis pour créer un élan fort et aller de l’avant : une motivation manifeste, un plan précis pour canaliser celle-ci et la présence de divers organismes de développement, forts d’une grande expérience dans l’accompagnement d’autres régions sur le même chemin et disposés à partager leurs connaissances et à apporter leur soutien. Il a également donné lieu à l’examen d’un programme détaillé destiné à mettre le plan en œuvre, et peaufiné à l’occasion du processus de consultation relatif au rapport. Ce programme, qui trace la marche à suivre pour aboutir à une intégration réussie, identifie plusieurs étapes.

Il souligne le besoin urgent de coordination entre les différentes autorités douanières, première mesure avant l’adoption et l’application de conventions internationales sur l’expédition et la manutention des biens, avec pour objectif final de déléguer certaines procédures douanières à des opérateurs du commerce régional autorisés. Les participants à l’atelier ont accueilli le programme avec enthousiasme et unanimement reconnu le rôle qui incombe à l’Union du Maghreb arabe, institution historique née des premiers efforts d’intégration, dans la coordination de la mise en œuvre de ce programme.

Des défis considérables

Si les preuves d’engagement et l’élan actuels sont indéniables, les défis à relever n’en demeurent pas moins considérables. Pour n’en citer que quelques-uns, l’Algérie va se voir contrainte de réorienter et de diversifier une économie aujourd’hui dominée par l’industrie du pétrole ; selon le ministre du Commerce algérien, Mustapha Benbada, cette préoccupation était déjà au cœur des derniers plans de développement du gouvernement.

La Mauritanie devra quant à elle se doter des capacités institutionnelles nécessaires pour s’aligner sur ses voisins, plus développés. Bien entendu, l’intégration contribuera à faciliter ces processus puisqu’elle offrira à des pays de niveaux de développement différents la possibilité de partager leurs connaissances technologiques et leur expertise.

Cohésion et coordination

Au-delà des défis, ce seront donc la cohésion et la coordination qui auront un rôle crucial dans toutes les initiatives destinées à faciliter les échanges commerciaux et à stimuler l’intégration. Comme l’a indiqué Abdemoula Ghzala, spécialiste principal des infrastructures à la Banque mondiale et responsable de l’équipe à l’origine du rapport :
« Une chaîne n’est jamais plus solide que son maillon le plus faible. »

Alors que, pour la première fois depuis près de vingt ans, un sommet des chefs d’État du Maghreb est prévu au mois d’octobre prochain, on peut anticiper un nouveau coup de pouce en faveur d’une intégration régionale renforcée. À l’instar de tout processus de réforme, celui-ci imposera d’adopter immédiatement un certain nombre de mesures, sans pour autant perdre de vue la nécessité d’amorcer des changements profonds et structurels dont les résultats ne seront visibles qu’à plus long terme.

S’il ne faut pas s’attendre à une amélioration instantanée de la situation en matière de création d’emplois, les avantages d’une croissance accrue et d’une meilleure intégration au sein de l’économie mondiale viendront toutefois récompenser un engagement inscrit dans la durée, à l’image de ce qui a été constaté dans d’autres régions du monde.Il serait bon de garder à l’esprit ces objectifs à long terme lorsque les pays du Maghreb se réuniront pour examiner le plan d’action, dans le but de trouver un accord sur l’exécution coordonnée du programme de mise en œuvre.

« Le facteur économique justifie aujourd’hui l’intégration, alors que ce n’était pas aussi évident par le passé », estime Jonathan Walters, directeur des programmes et partenariats pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord de la Banque mondiale.
« C’est le chemin à suivre pour mieux s’intégrer dans l’économie mondiale. Il présente le double avantage de développer les échanges commerciaux aussi bien au niveau régional qu’au niveau international. C’est une occasion unique pour le Maghreb. Il faut qu’il la saisisse. »

Auteurs

Will Stebbins

Chargé de communication

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