Les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ne peuvent plus se permettre de laisser les femmes de côté

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Accélérer l'autonomisation des femmes est un impératif pour les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Sur les 450 millions d'habitants de la région, près des deux tiers, soit environ 300 millions de personnes, ont moins de 35 ans. Malheureusement, ce grand vivier de ressources humaines est largement inexploité, sachant que presque 80 % des femmes ne participent pas à la vie active.

Le coût de cette exclusion est colossal. Les femmes génèrent moins d'un cinquième du PIB de la région, ce qui représente moins de la moitié de ce qu'elles produisent dans le reste du monde. Résultat : selon l'OCDE, la région MENA perd près de 575 milliards de dollars par an.

Aider les pays de la région à développer pleinement leur potentiel économique en favorisant l'autonomie des femmes est une priorité absolue pour la Banque mondiale. En 2019, nous avons étoffé notre stratégie régionale pour cibler explicitement la création de débouchés économiques plus nombreux et de meilleure qualité pour les femmes, et, parmi elles, en particulier, les jeunes. Par nos activités de sensibilisation, de financement de projets et d'assistance technique, nous aidons les pays de la région MENA à ouvrir leurs marchés afin que les femmes entrepreneures puissent y participer sur un pied d'égalité. Nous mettons l’accent sur le développement des compétences nécessaires au XXIe siècle, dans les salles de classe et hors les murs des écoles. Enfin, nous élargissons l'accès à l’internet haut débit et aux nouvelles technologies pour soutenir la transition vers des économies de la connaissance.

Et nous constatons déjà des résultats tangibles et significatifs.

En Égypte, le programme Takaful et Karama, lancé en 2015 avec le soutien de la Banque mondiale, a profité à 2,26 millions de ménages. Près de 90 % des bénéficiaires sont des femmes. Elles reçoivent des cartes à puces préchargées qui favorisent leur inclusion financière et leur participation aux décisions pécuniaires, tout en améliorant la consommation de la famille.

En Jordanie, le deuxième financement à l’appui des politiques de développement en faveur de l’emploi et d’une croissance équitable appuie la suppression des restrictions légales au travail des femmes. Il s'agit notamment de modifier les dispositions législatives qui empêchent les femmes de choisir certains types et horaires de travail et de lutter contre le harcèlement dans les transports publics et sur le lieu de travail.

Au Yémen, le projet d'urgence pour l'accès à l'électricité contribue à atténuer les conséquences disproportionnées du défaut d'accès à l'énergie sur les femmes, tout en favorisant leur inclusion financière. Des milliers de femmes bénéficient désormais d'un service d'électricité nouveau ou amélioré, tandis que des actions sont en cours pour que les femmes qui n'y avaient pas accès puissent détenir un compte bancaire.

Les pays sont passés à l’action, comme en témoignent les avancées mises en évidence dans l’édition 2020 du rapport de la Banque mondiale sur les Femmes, l'Entreprise et le Droit (a) : six des dix pays les plus réformateurs au monde se situent dans la région MENA. Les changements introduits concernent l'égalité salariale et la représentation féminine dans les conseils d'administration des entreprises, la protection des femmes contre les discriminations à l'embauche et l'interdiction pour les employeurs de licencier une femme pendant la grossesse et le congé de maternité.

Il reste beaucoup à faire au cours des mois et des années à venir pour que ces réformes juridiques se traduisent par des changements de comportement. Les répercussions économiques de ces mesures sont importantes, tout comme le sont les femmes en âge de travailler aujourd'hui : elles ouvrent la voie aux filles (et aux garçons) de la région pour que toutes et tous puissent grandir avec les mêmes chances, la même capacité à se faire entendre et les mêmes espoirs.

Auteurs

Anna Bjerde

Vice President, Europe and Central Asia, World Bank

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