Plus près du soleil du Maroc et d'Égypte ou la vision d’un avenir solaire en Chine

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Une expérience de partage de connaissances Sud-Sud

Plus près du soleil au Maroc et en Égypte : la vision d’un avenir solaire en Chine

Le mois dernier, une délégation de représentants de la Chine et de professionnels chinois s’est rendue en Égypte et au Maroc dans le cadre d’un projet d’échange de savoir Sud-Sud, facilité par la Banque mondiale ; en effet, ces deux pays ont réussi à développer des projets d’énergie solaire concentrée, dont la Chine peut tirer des enseignements. Il était intéressant, et probablement étrange pour les Égyptiens et les Marocains, de voir un groupe de Chinois venus dans leur pays pour y apprendre des choses. Certains disaient : « D’habitude, c’est plutôt le contraire. »

La gestion de la demande énergétique dans un pays tel que la Chine, où des millions d’entreprises et de ménages ont besoin d’un approvisionnement constant, représente incontestablement l’un des plus grands défis que doit relever l’empire du Milieu. Une question épineuse se pose : comment le pays peut-il fournir de manière pérenne des sources d’énergie fiables à un marché aussi immense qu’exigeant ? Quelques réponses commencent à poindre à l’horizon, ou plutôt dans le ciel…

Une expérience de partage de connaissances Sud-Sud« Énergies renouvelables » : c’est la nouvelle expression à la mode, on l’entend partout ces temps-ci. Mais la Chine ne se contente pas d’en parler. Elle prévoit d’investir dans cette nouvelle tendance afin d’opérer sa mutation économique et d’assurer sa sécurité énergétique. Elle a déjà réalisé de belles avancées dans le développement des énergies renouvelables : en 2007, quelque 17 % de son électricité provenait de celles-ci.

Pourquoi ne pas exploiter encore davantage des sources naturelles et renouvelables telles que le vent et le soleil ? L’énergie solaire concentrée (CSP) est résolument une solution que le pays envisage de développer, en apprenant au fur et à mesure des expériences.

L’Égypte et le Maroc, deux pionniers du CSP dans la région

Le mois dernier, une délégation de représentants de la Chine et de professionnels chinois s’est rendue en Égypte et au Maroc dans le cadre d’un projet d’échange de savoir Sud-Sud, facilité par la Banque mondiale ; en effet, ces deux pays ont réussi à développer des projets d’énergie solaire concentrée, dont la Chine peut tirer des enseignements. Il était intéressant, et probablement étrange pour les Égyptiens et les Marocains, de voir un groupe de Chinois venus dans leur pays pour y apprendre des choses. Certains disaient : « D’habitude, c’est plutôt le contraire. » D’aucuns ont même demandé, incrédules : « Comptez-vous vraiment reproduire en Chine ce que nous faisons ici ? » Mais les Chinois ont bien conscience qu’ils ont beaucoup à apprendre de ces deux pionniers du CSP dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA).

Avec cette visite, les spécialistes aussi bien que les représentants des autorités chinoises escomptaient mieux cerner et mieux comprendre les problèmes posés par la mise en place d’une technologie pilote et sa transposition à une plus grande échelle. Les visites de terrain ont alterné avec les réunions techniques, auxquelles ont participé tous les acteurs du domaine du CSP dans ces deux pays de la région MENA.

Plus près du soleil : la vision d’un avenir solaire en ChineL’Égypte, notre première escale, est l’un des pays de la région disposant du potentiel solaire le plus important. Située dans la « Sunbelt » (ceinture du soleil) de la région MENA, et bénéficiant d’un ensoleillement de 9 à 11 heures par jour, elle entend générer 20 % de sa production électrique (soit environ 7 GW) à partir de sources renouvelables d’ici à 2020.

L’Autorité égyptienne des énergies nouvelles et renouvelables (NREA) a présenté à ses visiteurs le dispositif de développement des énergies renouvelables du pays, reposant essentiellement sur le solaire et l’éolien, ainsi que les questions institutionnelles et de politique publique qu’il convient de prendre en considération pour la mise en œuvre de projets de CSP. La délégation a visité le projet, financé par la Banque mondiale, de centrale solaire à cycle combiné (ISCC) de Kureimat, l’une des trois ISCC installées sur la planète, et l’un des premiers projets de CSP de la Banque mondiale. Kureimat, aujourd’hui devenu une jolie mer de miroirs, laisse espérer que les paysages désertiques seront à l’avenir une source de productivité et d’opportunités économiques. Les deux parties se sont dites très intéressées par la poursuite de cette coopération et de ces échanges.

Étape suivante : Ouarzazate, au Maroc. La ville accueillera l’un des plus grands complexes solaires au monde, avec une production totale attendue de 500 MW. Cependant, comme ce méga-complexe n’en est qu’aux débuts de sa phase de construction, la délégation s’est dirigée vers Ain Béni Mathar, une installation thermo-solaire implantée à environ 500 km de Rabat. Impressionnés par cette centrale si moderne, utilisant les techniques les plus avancées, les Chinois se sont montrés désireux d’en apprendre autant que possible de leurs homologues marocains ; ils ont notamment cherché à savoir comment il se faisait que le pays était à ce point à l’avant-garde du CSP. Des représentants du ministère marocain de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement ainsi que de la Moroccan Agency for Solar Energy (MASEN, agence marocaine pour l’énergie solaire) ont exposé l’ambition du Maroc de continuer à développer ses énergies renouvelables, en s’attachant plus spécifiquement au solaire. La MASEN en particulier joue un rôle crucial dans la création de synergies entre l’État, les institutions financières internationales et les promoteurs de projets, aux fins de favoriser l’énergie solaire au Maroc, ainsi que de coopérer et de partager des connaissances avec d’autres régions intéressées dans le monde.

« C’est là pour nous une occasion tout à fait unique d’apprendre auprès d’hommes du terrain comment évaluer les ressources, concevoir, construire et exploiter un site », observe Renli Xiao, vice-directeur général du premier promoteur de projet de CSP en Chine. Et Wenke Han, directeur général de l’institut de recherche national chinois sur l’énergie, d’ajouter : « Ce voyage d’étude a ouvert la porte à des échanges entre la Chine, l’Égypte et le Maroc. Il est important pour nous de tirer des enseignements d’expériences de CSP réussies dans la région MENA si nous voulons déployer notre programme de CSP à une échelle supérieure sur la base des connaissances acquises. »

La Chine prévoit de produire 1 000 MW d’ici 2015 à partir de sites de CSP, et d’atteindre une capacité totale installée de CSP de 3 000 MW d’ici 2020. La Banque mondiale aide la Chine dans cette réorientation prometteuse vers des énergies renouvelables, en apportant un appui technique et financier pour le développement de son premier projet pilote de CSP dans la région autonome de Mongolie-Intérieure.

Alors oui, la Chine veut atteindre les étoiles, et compte bien sur le soleil pour y parvenir !

Auteurs

Yanqin Song

Spécialiste de l’énergie

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