L’enseignement supérieur en Amérique latine et aux Caraïbes est à la croisée des chemins

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Un étudiant universitaire au Pérou. (Photo: Dominic Chavez / Banque Mondiale)

Les jeunes de l’Amérique latine et des Caraïbes ont plus accès aujourd’hui à l’enseignement supérieur qu’à tout autre moment de l’histoire de la région. Tant il est vrai que l’accessibilité élargie est un résultat positif en soi, elle n’est pourtant pas garante de la qualité nécessaire pour que les pays puissent réellement en bénéficier. Les pays doivent aider les étudiants à maximiser leur potentiel, en créant des programmes diversifiés de bonne qualité qui préparent les jeunes à réussir leur insertion professionnelle. Pouvoir tracer le chemin qui mène à la croissance et à la prospérité – et assurer, par là, l’avenir économique de la région – en dépend.
 
Un « bon système » d’enseignement supérieur ne consiste pas en un modèle unique applicable à toutes les situations. On doit prendre en compte les intérêts des uns et des autres, leurs aptitudes innées et leur préparation scolaire. Le système doit être juste, de bonne qualité et suffisamment diversifié pour reconnaître que les différentes filières professionnelles nécessite des programmes de formation de durée variable. Un programme « cycle court » de deux années pourrait suffire pour former un auxiliaire administratif, tandis qu’à d’autres professions, comme celle d’ingénieur ou d’architecte, correspond un programme de niveau licence-master, qui, dans la région, court normalement entre cinq ou six années d’études.

En fait, notre économie mondialisée fait appel à des compétences de plus en plus diversifiées. Le rapport intitulé « At a Crossroads: Higher Education in Latin America and the Caribbean », publié récemment par la Banque mondiale, paraît donc à un moment opportun. Le rapport présente des renseignements détaillés sur la qualité, la diversité et l’équité de l’enseignement supérieur dans la région. Il ne fait aucun doute qu’il faut encore plus d’efforts pour assurer une formation de qualité qui permette aux étudiants, quelle que soit leur situation financière, d’acquérir les compétences nécessaires et, ce faisant, de réaliser leur plein potentiel. J’espère que ce rapport, comme ce blog, sera utile aux experts et décideurs, en leur proposant des recommandations concernant les stratégies innovantes qui aident à améliorer, et mieux, à transformer l’enseignement supérieur dans la région.

Tout d’abord, une vue d’ensemble :

La région Amérique latine et Caraïbes a connu une expansion fulgurante de l’enseignement supérieur depuis le début des années 2000.  Entre 2000 et 2010, le taux brut d’inscription a doublé – au-delà donc de la moyenne internationale – résultat en grande partie des effectifs croissants à la sortie de l’enseignement secondaire. L’augmentation des inscrits à l’enseignement supérieur s’accompagne d’une expansion de l’offre. Entre 2000 et 2013 ont été créés le quart des établissements d’enseignement supérieur et la moitié des programmes actuels.

L’accès à l’enseignement supérieur est devenu plus égalitaire pendant cette période d’expansion. En moyenne, la proportion d’étudiants appartenant à la moitié la plus pauvre de la population est passée de 16 à 25 pour cent entre 2000 et 2013. Cette poussée égalitaire s’est accompagnée aussi d’une plus grande diversité de l’offre : on a vu la création de nouveaux établissements (dont plusieurs privés) et de nouveaux programmes, y compris de nouveaux instituts universitaires de technologies proposant des cycles courts. Cette expansion a surtout donné naissance à un étudiant de type nouveau, qui appartient à une famille à bas revenu et qui était sous-représenté jusque-là dans l’enseignement supérieur. Il fréquentait des établissements scolaires de piètre qualité et, de ce fait, était mal préparé pour suivre des études supérieures.

Malgré les progrès, la région souffre de déficits en matière d’équité, de diversité et, le plus important, de qualité. L’accès aux études supérieures continue d’être inégalement réparti, car la proportion d’étudiants universitaires appartenant à la moitié la plus pauvre de la population est à 25 pour cent seulement. L’écart entre les étudiants issus d’un ménage à revenu élevé et ceux issus d’un ménage à revenu faible s’explique en grande partie par les disparités déjà présentes avant l’entrée à l’enseignement supérieur. Même si le choix de filières de l’enseignement supérieur s’est diversifié, il y a toujours dans la région une forte concentration d’effectifs dans quelques filières : un pourcentage élevé de diplômés en éducation, administration des affaires, sciences sociales et droit, et un pourcentage inférieur en sciences physiques et naturelles.
 
Il est certes difficile de mesurer la qualité de l’éducation, mais le taux d’obtention de diplômes suffit pour indiquer que les choses ne fonctionnent pas comme il faut : moins de la moitié des jeunes qui commencent leurs études universitaires sortent avec leur diplôme entre l’âge de 25 et 29 ans. Ce taux, à 46 pour cent, est de loin inférieur au taux de 67 pour cent des États-Unis, et, ce qui inquiète davantage, il est encore plus bas pour ces étudiants de type nouveau.
 
De la même manière, quoique le salaire moyen d’un diplômé de l’enseignement supérieur dépasse le double de celui d’un sortant de l’enseignement secondaire, notre rapport montre que le revenu varie énormément entre établissements, filières et programmes d’études. Pire, l’étudiant de type nouveau bénéficie le moins en termes financiers, au point que le rendement est parfois négatif si on prend en compte le coût de son programme, et ce, malgré un financement public important de l’enseignement supérieur dans toute la région.

Peut-on s’attendre à de meilleurs résultats ?

Au cours des derniers mois, j’ai voyagé à travers la région Amérique latine et Caraïbes pour la diffusion des résultats de cette recherche. En parlant avec décideurs politiques, universitaires, étudiants, représentants d’entreprises et d’industries, j’ai remarqué que les citoyens de cette région souhaitent, voire exigent, davantage de la part de leurs établissements d’enseignement supérieur.
 
Ceci étant, vouloir un autre bilan signifie promouvoir une autre stratégie, même à un moment où les conditions sont moins favorables, avec un ralentissement de la croissance économique et une politique fiscale plus restrictive. Par conséquent, il faut recourir à d’autres principes d’organisation lorsqu’on se met à concevoir et à exécuter une autre stratégie pour la région.
 
On doit collecter et disséminer des informations concernant la qualité des programmes. L’étudiant qui pense à suivre, par exemple, une licence en administration des affaires doit avoir accès aux informations sur le taux d’obtention de diplôme, le taux d’insertion professionnelle des diplômés, le salaire d’entrée moyen et, enfin, le coût du programme. Il doit pouvoir savoir aussi s’il a les prérequis nécessaires pour poursuivre ce programme. Lors de mes voyages, j’ai entendu dire, à plusieurs reprises, combien il était important que ces informations soient disponibles dès le passage au collège et au lycée, de sorte que le bachelier ne s’inscrive pas dans un programme auquel il est mal préparé et au cours duquel il risque en conséquence d’obtenir de mauvais résultats. Par ailleurs, la société, plus globalement, tirerait bénéfice d’avoir des informations identifiant, par exemple, les établissements qui parviennent à faire obtenir un emploi même à des étudiants qui, au moment de s’inscrire au programme d’études universitaires, y étaient pourtant peu préparés.
 
Les mesures financières peuvent améliorer taux d’obtention de diplôme et revenu.  Autant pour l’établissement que pour l’étudiant, le financement constitue un mode d’intéressement puissant. Un établissement dont le financement public ne dépend pas des résultats obtenus par ces étudiants – par exemple, taux d’obtention de diplôme, délai d’obtention de diplôme ou d’emploi – sera vraisemblablement peu enclin, ou pas du tout, à chercher à s’améliorer. De la même manière, un étudiant à qui on garantit une place universitaire gratuite ou, du moins, fortement subventionnée, quel que soit ses résultats académiques, sera vraisemblablement peu enclin, ou pas du tout, à chercher à obtenir son diplôme dans le délai normalement imparti.
 
Les étudiants méritent d’avoir des choix. L’étudiant devrait pouvoir choisir entre multiples établissements et programmes, afin d’éviter d’être pris dans un marché d’emploi qui ait peu de débouchés. Au moment de concevoir le régime de financement universitaire, les décideurs politiques se doivent de reconnaître que les universités gratuites ou hautement subventionnées bénéficient de manière disproportionnée aux étudiants issus d’un ménage à revenu moyen ou élevé, parce que ce sont ces étudiants qui ont le plus de chances d’obtenir leur diplôme universitaire, ayant été déjà mieux préparés aux études supérieures. Pour l’étudiant appartenant à une famille à faible revenu, même la gratuité des études est un stimulant insuffisant, car il devrait travailler pour payer ses dépenses de logement, transport et matériel. En essayant d’assurer un accès équitable à l’enseignement supérieur, les décideurs doivent déterminer quels profils d’étudiants seront prioritaires, dans un contexte où les ressources budgétaires sont forcément limitées.
 
Les établissements d’enseignement supérieur doivent faire l’objet d’un suivi continu. L’établissement qui reçoit d’importants financements publics ou qui accueille grand nombre d’étudiants de type nouveau est responsable du « produit » qu’il « vend », à savoir, un diplôme d’enseignement supérieur. Lors de mes déplacements, j’ai entendu parler de la nécessité d’un suivi continu qui se concentre sur des résultats telle l’insertion professionnelle des diplômés.  Tout établissement – privé comme public – doit faire preuve de transparence pour que ces renseignements soient facilement consultables.
 
Il est clair que, au fur et à mesure que les décideurs politiques cherchent à élargir l’accès, et à terme, à améliorer la qualité de l’enseignement supérieur au profit des jeunes, on a besoin de stratégies nouvelles et innovatrices. L’avenir de la jeunesse de l’Amérique latine et des Caraïbes, et en général, de toute la région, en est tributaire.

Pour plus d’informations sur l’éducation au Groupe de la Banque mondiale, visitez notre site web et notre compte Twitter.

SVP visitez notre site sur le thème « enseignement supérieur » et visionnez ce débat sur l’enseignement supérieur en Amérique latine et aux Caraïbes.

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