Pourquoi faut-il associer les communautés locales à la lutte contre Ebola ?

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Une semaine avant notre mission à Mambasa, un territoire situé dans la province de l'Ituri en République démocratique du Congo (RDC), un membre de la famille royale de la tribu locale, soupçonné d'être infecté par le virus Ebola, a été transféré dans un centre de traitement à Komanda, à environ 80 kilomètres de son domicile. Il n'était pas atteint d’Ebola, mais décéda et fut enterré à Komanda.

Or, dans son village, une tombe avait été préparée et laissée ouverte en prévision de l'arrivée du défunt. Selon la tradition, les morts de la tribu doivent être ramenés dans leur village d'origine pour y être enterrés. Lorsqu'ils ont compris que le corps n'allait pas leur être rendu, les membres du village ont été pris de panique, car une tombe vide est considérée comme une malédiction pour la récolte à venir, synonyme de famine et de maladie.

L'angoisse et la peur généralisées ont interrompu les interventions de lutte contre l’épidémie dans la région : les habitants se sont mis à refuser de laisser les intervenants entrer dans leur village par crainte de ne pouvoir récupérer leurs morts. Pour l'équipe d'intervention, la crise concernait Ebola, tandis que pour la population, elle concernait la tombe vide. Il était évident que si nous voulions protéger efficacement la santé de la communauté, nous devions tenir compte tout autant du bien-être que des croyances des villageois, et ne pas nous concentrer uniquement sur la riposte à Ebola.

La collaboration avec les chefs de village

Il fallait combler ce fossé et, pour cela, Julienne Anoko, anthropologue à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a demandé au chef du village de formuler des recommandations. Ce dernier, M. Puma, a insisté sur la nécessité de passer par les chefs coutumiers, qui servent de points d'entrée dans la communauté.

Les chefs coutumiers ont expliqué que pour garantir le respect des rites, il fallait acheter de l'huile, du sel, de la nourriture et une chèvre et les partager avec le village et d'autres chefs traditionnels. En outre, il convenait de remplacer le corps du défunt par le tronc d'un bananier pour procéder à une inhumation de substitution. Mme Anoko s'est attelée à la tâche et a mobilisé des ressources auprès de l'OMS pour que ces traditions puissent être respectées. Une fois le rite accompli et le tombeau refermé, le village a organisé une fête. C'était la première étape pour rétablir la confiance entre les intervenants Ebola et le village.

Puis, M. Puma a suggéré que le chef de la tribu Batwa se joigne à nous pour une réunion. Il a  observé que les Batwa, une tribu  vivant dans la forêt, sont souvent stigmatisés et marginalisés, et il voulait donc qu'ils puissent faire entendre leur voix. Le chef des Batwa a  souhaité que son peuple participe davantage à la riposte à Ebola.

 

Enseignements

À notre retour au centre des opérations d'urgence, Annie Mutombo, membre de l'équipe nationale de coordination, a fait part de notre expérience au coordonnateur Ebola de Mambasa et demandé que le chef coutumier et le chef du peuple autochtone soient officiellement associés à la lutte contre l'épidémie. Dès le lendemain, les deux chefs ont rencontré le coordonnateur de Mambasa, et  participent depuis lors aux activités de mobilisation communautaire.

Bien qu'il y ait beaucoup de leçons à tirer des actions de lutte contre Ebola, l'une des plus importantes est que le respect des rites funéraires traditionnels est nécessaire si l'on veut pouvoir soigner les survivants. Les équipes d'intervention doivent également collaborer avec les chefs traditionnels dès le début, car ils sont des points d'accès essentiels aux communautés.

Nous ne pouvons pas oublier de respecter les traditions fondamentales des populations que nous aidons. L'écoute et une meilleure compréhension des préoccupations de la communauté devraient demeurer la pierre angulaire de toute intervention.

En dépit de nombreux progrès, tels que la collaboration avec des anthropologues, il reste encore beaucoup à faire pour s'assurer que la construction d'une relation de confiance soit intégrée dans tous les aspects de l'intervention. Cette histoire n'est qu'un exemple parmi tant d'autres de la façon dont l'écoute peut améliorer l'efficacité de la lutte contre Ebola.

 

 

Auteurs

Linda Mobula

Technical Specialist on the World Bank Ebola response

Julienne N. Anoko

Social-anthropologist (PhD) from the Sorbonne University in France

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