Accélérer le développement au Rwanda sur fond de crises multiples

|

Cette page en:

Image
Photo: Jean Claude Uwihoreye
Photo: Jean Claude Uwihoreye

Je suis ravie de retourner au Rwanda, où j'ai dirigé les opérations de la Banque mondiale pendant trois ans. C’était il y a une quinzaine d'années et le Rwanda a opéré depuis lors une transformation spectaculaire. Ce magnifique petit pays enclavé d'Afrique de l'Est va de l’avant avec sa stratégie de développement, en ambitionnant de rejoindre les économies à revenu intermédiaire d'ici à 2035, d'améliorer la qualité de vie de tous ses habitants et de devenir une nation résiliente face au changement climatique à l'horizon 2050.

Parmi les nombreuses avancées à son actif, le Rwanda a figuré pendant près d'une décennie parmi les économies les plus dynamiques du monde, avec un taux de croissance de 7,2 % en moyenne sur la période 2010-19. Davantage d’habitants ont désormais accès à l'électricité : en relativement peu de temps, les autorités rwandaises ont réussi à accroître rapidement le taux d'électrification, qui est passé de 6 % en 2009 à 61 % en 2022, avec pour objectif d'atteindre 100 % à l'horizon 2024.

Le Rwanda s'est également imposé comme un leader en matière d'innovation et de technologie. C’est l'un des premiers pays d'Afrique à avoir utilisé des drones pour la livraison de fournitures médicales essentielles, une solution d’avenir qui permet de surmonter les obstacles géographiques et d'accroître l'efficacité de la distribution.

Et si la pandémie de COVID-19 a posé des difficultés majeures au Rwanda, le pays a fait preuve de résilience, enregistrant un solide rebond économique en 2021. En 2022, le PIB réel a progressé de 8,2 % à la faveur de la reprise du tourisme et malgré l’impact d’une nouvelle série de chocs, comme la flambée des prix des denrées alimentaires due à l'invasion de l'Ukraine par la Russie et les conséquences du changement climatique.

Cependant, la croissance inclusive n'est toujours pas au rendez-vous, le pays affichant des niveaux élevés de chômage et de pauvreté. En 2016, 52 % de la population vivait encore sous le seuil international de pauvreté (2,15 dollars par jour, en PPA de 2017), après un recul qui avait ramené ce taux de 75,2 % en 2000 à 53,5 % en 2013. Une situation qui s'explique par le ralentissement de la croissance de la consommation des ménages, en particulier dans les zones rurales. En novembre 2022, le taux de chômage s'élevait à 24,3 %, selon les données de l’Institut national de la statistique du Rwanda (NISR). Le pays est en quête d’un modèle de croissance qui soit davantage tiré par le secteur privé et moins tributaire de l'investissement public. Il doit pour ce faire surmonter les obstacles structurels persistants qui empêchent l'investissement privé de devenir un véritable moteur de croissance et de fournir le nombre d'emplois de  qualité dont le pays a besoin. Sur les 220 035 entreprises que compte le Rwanda (NISR, 2020), 98 % sont des petites et moyennes entreprises (PME) et 93 % d'entre elles relèvent du secteur informel. L’informalité, la petite taille et le peu d’ouverture des entreprises vers l'extérieur freinent la productivité. L'augmentation de la productivité des entreprises, grandes et petites, nécessitera des interventions visant à accroître la participation du secteur privé à l'économie. Il faudra stimuler la concurrence et créer des conditions équitables, réduire les coûts de production, améliorer l'efficacité des subventions destinées à promouvoir les activités stratégiques, favoriser l'intégration régionale et faciliter des politiques industrielles proactives en matière d'innovation, d'entreprises publiques, d'investissements directs étrangers et de renforcement des compétences.

Le pays reste également en deçà de la moyenne des pays à faible revenu en ce qui concerne certains aspects cruciaux du capital humain comme l'éducation. Si la quasi-totalité des enfants rwandais ont accès à l'enseignement primaire, ce qui est une avancée à saluer, la plupart d'entre eux éprouvent des difficultés dans leurs apprentissages, notamment en ce qui concerne l'acquisition des compétences de base en lecture, écriture et calcul. De nombreux élèves abandonnent l'école avant d'avoir terminé le cycle d’enseignement secondaire, où le taux net de scolarisation était estimé à 35 % en 2021. L'accès aux études supérieures et aux formations professionnelles reste également faible, avec des taux d'inscription dans l'enseignement tertiaire avoisinant les 7 %, tandis que la qualité de l'éducation reste problématique.

Le Rwanda a su cependant tirer parti des opportunités qui s'offraient à lui. Pendant la pandémie, alors que les établissements scolaires étaient fermés, le pays a accéléré son action pour s'attaquer aux goulets d'étranglement qui réduisent le temps d’enseignement, comme les classes surchargées et les longues distances que les élèves doivent parcourir pour aller à l'école. Ainsi, plus de 68 000 enfants, qui devaient auparavant marcher plus de cinq à sept kilomètres pour se rendre en classe, peuvent désormais fréquenter des établissements situés dans un rayon de deux kilomètres. Le nombre d'élèves par classe a été fortement réduit, passant de 73 en moyenne en 2019 à 49 en 2021. Ces résultats ont été obtenus dans le cadre du projet pour l'accès à une éducation de base de qualité et le développement du capital humain au Rwanda (a), une opération financée par la Banque mondiale qui a contribué, entre 2020 et 2021, à la construction de 22 500 salles de classe et de 31 000 installations sanitaires. Le projet a prévu en outre la construction de rampes d'accès pour les fauteuils roulants et de toilettes séparées pour les garçons et les filles, de sorte que tous les élèves aient accès à l'éducation dans un environnement sûr et propre. Des investissements soutenus et des réformes audacieuses dans tous les domaines (refonte des programmes, formation des enseignants, amélioration de l'accès au matériel pédagogique et élargissement de l'accès à l'enseignement secondaire) seront essentiels pour garantir que tous les enfants rwandais aient l'éducation et les compétences nécessaires pour réaliser leur potentiel et participer à l'économie du savoir et des services que le Rwanda appelle de ses vœux.

Les récentes inondations qui ont frappé l'ouest du pays et entraîné la perte tragique de vies humaines et l'interruption des services de base nous rappellent douloureusement qu'il est urgent de renforcer la résilience pour mieux résister aux crises de plus en plus intenses et fréquentes provoquées par le changement climatique. Selon le Rapport sur le climat et le développement(a) produit par la Banque mondiale pour le Rwanda, ce pays est bien plus avancé que de nombreux autres dans la lutte contre le changement climatique grâce à ses mesures de riposte ambitieuses et novatrices conçues pour tracer une trajectoire de développement verte, inclusive, réactive et axée sur la croissance. La Banque mondiale s’emploie à aider le Rwanda à accélérer les progrès sur cette voie. Nous continuons à mobiliser des financements, des acteurs clés du développement et une assistance technique sur plusieurs fronts : résilience climatique pour les systèmes hydriques, irrigation pilotée par les agriculteurs pour les cultures à forte valeur ajoutée dans les régions les plus sèches du pays, pompage solaire de l'eau, assainissement et drainage dans les zones urbaines, efficacité énergétique, ou encore amélioration de la gestion des risques de catastrophe pour les routes et les transports.

La rapidité avec laquelle le Rwanda a réalisé des transformations majeures prouve à mes yeux qu'il est possible de faire bien davantage pour relever les difficultés qui subsistent et concrétiser ses ambitions de développement. Mon souhait est d’écouter l’avis des différentes parties prenantes et d’échanger des idées sur la manière dont nous pouvons collaborer afin de mieux accompagner le pays dans les efforts qu’il déploie pour atteindre une croissance rapide et inclusive, créer des emplois de qualité afin de réduire la pauvreté, accélérer le développement et améliorer la qualité de vie de tous ses habitants.

Countries
Régions

Prenez part au débat